L’Afrique du Sud veut plus d'actionnaires noirs dans les entreprises minières

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Trader Nickel Londres Alain Jeannin
Séance de cotation du nickel au London Metal Exchange ©Alain Jeannin
Au siège des sociétés multinationales, la nouvelle charte minière dévoilée par l'Afrique du Sud a fait l’effet d’une douche froide. Les compagnies minières se défendent, affirmant ne pas être contre une transformation de l'économie mais elles rejettent une mesure unilatérale.
Les compagnies minières et métallurgiques présentent en Afrique du Sud affirment ne pas avoir été consultées, pour elles, les objectifs du gouvernement sud-africain ne sont pas réalistes sur une aussi courte période. La modification du code minier intervient alors que le pays est entré en récession, une première depuis 2009. Jacob Zuma, le chef de l’Etat est la cible de nombreuses critiques en Afrique du Sud pour son implication supposée dans diverses affaires de corruption.

30 % d'actionnaires et 60 % de dirigeants noirs

Le gouvernement sud-africain veut monter le seuil de l'actionnariat noir dans les sociétés minières de 26 % à 30 %. Et ce, d’ici la fin de 2017. L'objectif est de s'assurer que les recettes tirées des ressources naturelles du pays qui produit du platine, de l'or, du charbon, du manganèse et du nickel, profitent à la majorité noire, a expliqué le ministre des Ressources minières Mosebenzi Zwane. L’Afrique du Sud, est l’un des premiers producteurs mondiaux de matières premières.
Le pays est en concurrence avec le Gabon pour l’exportation de manganèse pour l’acier. Ce nouveau code minier répond à la volonté exprimée par le président Jacob Zuma de transformer « radicalement » l’économie du pays, qu’il déplore être toujours largement détenue par la minorité blanche, un quart de siècle après la chute de l’apartheid.

"Si la plupart des compagnies implantées en Afrique du Sud ont atteint le niveau de 26 %, beaucoup d'investisseurs issus de la majorité noire sud-africaine ont ensuite revendu leurs parts" souligne l'agence Bloomberg. Si ces mouvements d’actionnaires ne sont pas pris en compte par la nouvelle réglementation minière, des groupes comme Glencore et Anglo American, pourraient devoir céder des participations non-négligeables pour respecter le nouveau seuil de 30 % qui sera imposé par le gouvernement sud-africain.

L'Afrique du Sud, un géant des matières premières

Le nouveau code minier prévoit également que 1 % du chiffre d'affaires annuel des sociétés soit versé aux communautés locales, et que 60 % de la direction soit noire. Le secteur minier a contribué en 2016 à hauteur de 7 % au produit intérieur brut (PIB) et employait près de 460.000 personnes, soit près de 6 % de sa population active. « En termes d'investissement, la charte aura des retombées négatives » estime la banque américaine Citigroup, investisseur majeur du secteur des matières premières. « Les coûts sociaux associés aux investissements dans l'industrie minière en Afrique du Sud vont continuer à monter au fil du temps. » avertit Citigroup. Selon le Financial Times et le Metal Bulletin de Londres, les groupes miniers internationaux envisagent de poursuivre le gouvernement sud-africain en justice. La Chambre des mines, qui représente 90 % des entreprises du secteur, a également rejeté « la modification unilatérale du code par le ministère ».
 
La présentation de ce nouveau code minier a provoqué une réaction immédiate des marchés financiers. Le rand sud-africain a perdu 2 % de sa valeur face au dollar, tandis que la plupart des compagnies minières et les prix des métaux industriels faisaient du sur-place. Longtemps considérée comme le moteur de l’économie la plus industrialisée du continent, l’industrie minière sud-africaine a vu son importance décliner, victime notamment de la chute mondiale des cours des matières premières.
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