Amérique latine : le coronavirus ne doit pas faire oublier la dengue

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Un membre des services de santé boliviens pulvérise du produit contre les moustiques porteurs de dengue.
Un membre des services de santé boliviens pulvérise du produit contre les moustiques porteurs de dengue. ©MARCELO PEREZ DEL CARPIO / ANADOLU AGENCY / ANADOLU AGENCY VIA AFP
Endémique en Amérique latine, la dengue est souvent négligée à cause du coronavirus qui absorbe beaucoup d’attention et de moyens. Les deux maladies constituent un risque important pour le continent.
Le coronavirus fait passer au second plan toutes les autres maladies. Pourtant, en Amérique Latine comme ailleurs dans le monde, elles sont toujours nombreuses à sévir. “Il y a toujours des problèmes avec la dengue, la dengue classique, la dengue hémorragique, le paludisme, la maladie de Chagas,…”, rappelle Jaime Gomez médecin à l’hôpital de Floridablanca en Colombie.
   

La dengue fortement présente en 2020

Propagée par les moustiques, l’épidémie de dengue sévit depuis fin 2018 en Amérique Latine. L’an dernier, elle y a touché (en incluant la Caraïbe), 3,1 millions de personnes. Plus de 1 500 sont mortes de ce mal qui peut provoquer de fortes fièvres et des douleurs articulaires. Des symptômes peuvent être persistants comme la fatigue, la perte de poids ou la dépression.

Tout semble indiquer que la maladie se développe. Au Paraguay, elle exploserait avec officiellement, 42 710 cas confirmés et 64 décès pour les 18 premières semaines de l’année, contre 384 cas et six décès pour la même période l’an passé. La situation est grave aussi en Bolivie. “On pourrait dépasser le record historique de 2009, qui a été l'année de la pire épidémie que la Bolivie ait connue, toutes maladies confondues, avec quatre-vingt mille cas nationaux, dont soixante et un mille à Santa Cruz”, explique Virgilio Prieto, le responsable national de l’épidémiologie.

L’Amérique Centrale n’est pas mieux lotie. Au Costa Rica, par exemple, nombre de cas recensés au 1er mai, aurait presque triplé par rapport à la même date l’année précédente.
   

Une maladie parfois sous-évaluée

Pourtant dans certains pays, il semblerait que la dengue ait fortement régressé. Ce n’est qu’une apparence, comme à Guayaquil, en Équateur, où, en fait, les hôpitaux ont été submergés par le coronavirus : "Il est clair que la dengue est sous-déclarée. Le nombre de cas n'a pas diminué, le nombre de diagnostics de cas a diminué, ce qui confirme que le système s'est totalement effondré, explique Esteban Ortiz, chercheur en santé mondiale à l’université des Amériques de Quito. Ces personnes qui souffrent de fièvre ne sont pas allées à l'hôpital. Elles ne répondaient sûrement plus aux exigences cliniques afin d’être diagnostiqué pour la Covid-19. Elles n'étaient donc pas une priorité du système de santé et sont rentrés chez elles. De nombreux cas de dengue ont été camouflés au sein de la communauté."
 
Pourtant, le gouvernement équatorien affirme que le pays n'est pas plus exposé que tout autre Etat de la région au double impact de la Covid-19 et de la dengue. Il disposerait de suffisamment de fournitures pour traiter les cas de maladies transmises par les moustiques.
   

Des patients qui rechignent à se rendre à l’hôpital

Ailleurs, la situation peut être inverse de celle de Guayaquil. Malgré la possibilité d’être traités c’est la peur du coronavirus qui a tenu des malades éloignés des hôpitaux. Des hôpitaux qui dans certains endroits ont vu leur fréquentation diminuer, parfois de moitié. C’est le cas dans certaines région de Colombie. Cette attitude est partagée dans d’autres pays. Sonia Fernandez, une avocate paraguayenne, et ses deux filles, ont contracté la dengue début avril :  
 

La première chose que j'ai pensé était "Je veux rester à la maison avant de m'exposer (au Covid-19), je ne vais pas (à l'hôpital)". Mes amis m'ont recommandé d'aller à l'hôpital, mais pas question, je préfère traiter les symptômes à la maison et en cas de problème, aller à l'hôpital.

 
Sonia et ses filles ont guéri. Mais dans les formes sévères de la dengue, il faut pratiquer des injections intraveineuses qui se font en milieu hospitalier, d’où l’importance de se faire suivre.
   

Décroissance prévue à partir du second semestre

 Avec quatre souches de dengue en circulation, il est possible de contracter la maladie plusieurs fois. La deuxième est plus susceptible d’être grave. L’organisation panaméricaine de la santé prévoit des taux élevés de dengue en 2020. Ils pourraient remplir les services de soins intensifs, et tuer des patients. Même la sans pression du coronavirus. Heureusement, selon l’organisation, le nombre de cas devrait commencer à décroître à partir du second semestre. Les épidémies de dengue se succèdent généralement tous les trois à cinq ans.
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