La Réunionnaise Angélique Spincer sort de son confort parisien et met le cap au sud

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Angélique Spincer
Angélique Spincer ©Kevin Domas
Elle a tout connu à Paris. Angélique Spincer a construit sa carrière de joueuse de haut niveau dans la capitale. Entraîneure depuis trois saisons à Saint-Maur, elle prend la direction de Plan-de-Cuques, près de Marseille. Elle devient la première entraîneure ultramarine d'une équipe pro. Entretien

Outre-mer la 1ère : Angélique pourquoi quitter Paris où tu as fait l'essentiel de ta carrière et de ta vie ?

Angélique Spincer : Quand j'ai quitté Issy Paris pour la Stella Sport de Saint-Maur, les blessures à répétition au tendon d'Achille m'ont fragilisé. C’était prévu que je devienne entraîneuse, mais quand le club est descendu de la D2 à la N1 le contexte a poussé les dirigeants à chercher quelqu’un d’autre et le choix s’est porté sur moi. J’ai entrainé trois ans à Saint-Maur où j’avais succédé à Franck Andretti, qui avait lui-même succédé au Guadeloupéen Olivier Orfèvres, avec qui je m'entendais très bien.

J’ai démarré à l'automne 2017 directement sur trois saisons. On est remonté en 2018 en D2, on s’est maintenu l’année suivante et la troisième année alors que nous étions qualifiées en poule haute, le Covid a tout arrêté. On était sur une super dynamique, qualifiées en Play Off et finalement on a été classées 4èmes à la fin de la saison. Je devais rester une saison de plus pour emmener le club en D1, et des opportunités se sont présentées. Saint-Maur voulait me garder mais j’ai décidé à 36 ans de partir, de sortir de mon confort parisien que je n'ai jamais vraiment quitté.

 

Qu'est ce qui t'a plu dans ce challenge provencal de Plan-de-Cuques Handball ? 

Changer d’environnement, changer d’équipe, ça va être nouveau pour moi. Et puis c’est très attirant d’entraîner en LBE (Ligue Butagaz Energie). On était adversaire avec Plan-de-Cuques et elles sont montées, donc je connais un peu les filles. C'est un groupe solide.
Le projet sportif est de péréniser la présence du club en LBE, il y a des choses à structurer, c'est intéressant.

Je ne vais pas le cacher aussi, il y a le côté méditerranée qui m’attire même si je demeure une Parisienne. Ce climat qui ressemble à celui de La Réunion aide forcement à choisir et aura un impact important pour moi dans ma vie de tous les jours, en tout cas je m'appuierai là-dessus. 
 
Angélique Spincer
Elle a fait l'essentiel de sa carrière à Issy Paris ©FB Angélique Spincer
 

Spincer entraîneuse, c'est une marque de fabrique familiale déposée ? 

J’ai peut-être ça dans les gènes, c’est vrai mais c'est venu progressivement. Quand j’ai arrêté, je ne pensais pas avoir cette volonté de le faire. Mais ma carrière de joueuse s'est finie brutalement, pas comme je le souhaitais. Cette opportunité s’est présentée vite et je n’ai pas trop hésité car le handball c'est dans mes gènes. 

J’en ai parlé avec mon père d'abord, ça le rend fier de voir que ses enfants suivent son chemin mais si j’avais voulu devenir professeur d’espagnol il m’aurait tout aussi encouragé. Il me donne régulièrement des conseils quand je lui en demande, idem pour mon frère ainé Christophe, qui entraine une équipe de garçons en N1 à Saint-Cyr-sur-Loire près de Tours.

 

Quelle sera ta philosophie de jeu, ta ligne directrice ? 

Ma philosophie c’est rester soi-même. Je m’inspire d'abord des entraîneurs que j'ai eu dans ma carrière. Philippe Germain mon tout premier qui m’a lancé et m'a permis d'avoir la carrière de joueuse que j’ai eu. Il y a aussi Daniel Vilain à Fleury- les-Aubrais, Arnaud Grandais et Pablo Morel à Issy Paris, sans oublier Olivier Krumbholz en équipe de France. J'y ai vécu sans doute le moment le plus fort de ma carrière avec, au Brésil, cette finale mondiale qu'on rate devant les Norvégiennes en 2011. 

Je me suis inspirée de tout ce qu'ils m'ont appris, mais je ne copie pas, j'apporte ma touche personnelle et j'apprend mon métier. Ce que j’aime ce sont les remontées de balles rapides et la défense. Je vais débarquer dans un groupe qui ne va pas changer et qui avait cette vraie force. On va essayer de progresser ensemble et de s’améliorer pour viser plus haut.

 

Angélique Spincer
En équipe de France, Angélique survolait les défenses adverses ©Damien Meyer AFP

 

La reprise est prévue quand ? 

Là je viens juste de poser mes valises. Actuellement je suis logée à Marseille, dans le 13ème arrondissement, qui touche Plan-de-Cuques. De toutes façons il faut d'abord que je découvre les filles. On va les tester pour le Covid-19 à partir du 6 juillet. Puis on démarre ensuite la réathlétisation sur un protocole de trois à quatre semaines. Ça va être long mais on n’a pas le choix. On devrait toucher du ballon fin juillet, et démarrer de vrais entraînements handball à ce moment-là. Enfin il y a une reprise du championnat prévue début septembre, mais rien n'est encore officiel.  

 

Tu as un double message symbolique à délivrer avec cette prise de fonction ? 

C‘est une certaine fierté, voire un symbole pour moi, d'être la première entraîneuse de couleur à évoluer en pro. Mais ce qui est important aussi est qu'on sera trois femmes aux commandes d'une équipe pro, sur les quatorze équipes présentes, et c'est la première fois que cela va arriver. Il y aura Raphaëlle Tervel à Besançon et Florence Sauval à Saint-Amand-les-Eaux. Ça doit pouvoir inspirer certaines à se lancer, c’est un beau symbole. Si de mon côté ça peut créer des vocations à La Réunion pourquoi pas. En tout cas j’en serais aussi fière, j’ai déjà eu plein de retours de mon ile.
 
Angélique Spincer
A l'écoute de son groupe, ici avec les filles de la Stella Saint-Maur ©JC Mantey


L'avis de son père Maxime "Bud" Spincer
Arrivé en 1980 dans l'Hexagone, 40 ans passés à entraîner les autres depuis qu’il est arrivé de La Réunion, Bud Spincer est devenu une référence. Il a commencé à la Stella Sport de Saint-Maur, puis Asnières, avant d’aller dans le grand bain à Paris. Il est toujours responsable du centre de formation du PSG Handball, où il fait venir régulièremnt des jeunes espoirs de La Réunion.
"Oui j’en suis fier, Angel ne m’a pas demandé mon avis. C'est sa décision. Mais je la conseille régulièrement, je lui donne des petits trucs sur les entrainements et sur la préparation physique. Elle est rigoureuse dans sa tête, disciplinée, elle insiste sur les détails et l'organisation, c’est son truc. Mais surtout, comme elle l’était sur le terrain en tant que joueuse, elle est proche des gens, elle est humaine, je suis sûr qu'elle va réussir à Plan-de-Cuques."