"Arcadia" : enfin un rapport sur les matières premières dédié au continent africain !

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Chargement de balles de coton au Cameroun (photo d'archives). ©Yvan Travert/Photononstop/AFP
L’Afrique, vaste continent de 30,3 millions de km2 et riche de 59 pays, possède une géologie très diversifiée à l’origine de sa grande richesse minérale. Sa diversité  géologique évoque celle de l’Australie et du Canada, mais son patrimoine minier est beaucoup moins exploré. 
L’Afrique est la région du monde qui a reçu le moins d’investissements en exploration minière au cours de la période 1991-2016, trois fois moins que le Canada et l’Australie. Les économies africaines dépendent de leurs matières premières, et doivent "s'adapter" pour en tirer une source de croissance préconise la revue Cyclope, véritable référence, dans son rapport annuel en libre lecture « Arcadia » consacré à l'Afrique. 

Le cobalt du Congo

Parmi les trente matières premières référencées se trouve un petit métal à forte valeur, le cobalt.
« Un métal à forts enjeux stratégiques, vu les perspectives du marché des véhicules électriques » souligne Yves Jégourel, maître de conférences à l’université de Bordeaux et spécialiste de la finance des matières premières. Le Cobalt entre dans la composition des batteries Li-ion nécessaires à ces véhicules. Le cobalt est un sous-produit du cuivre et du nickel. Le Congo en produit 66.000 tonnes sur un total mondial de 123.000 tonnes. Dans la zone Pacifique, la Nouvelle-Calédonie en produit 3.300 tonnes et occupe tout de même la dixième place.

Les matières premières africaines se "sont plutôt bien comportées en 2016", certaines d'entre elles affichant même, à l'image de nombreux minerais et métaux, un "important rebond" sur les marchés, souligne Philippe Chalmin, coordinateur du rapport Arcadia sur les matières premières africaines, rédigée par une trentaine d'experts internationaux sous l'égide des analystes et des experts marocains de l’OCP Policy Center. M. Chalmin, également professeur à l'université Dauphine à Paris, a regretté mardi que « l'Afrique, à l’exception du Maroc, ne sache pas toujours très bien gérer la rente de ses matières premières". Le rapport Arcadia détaille, minerai par minerai ou production agricole par production agricole, l'année 2016, en lien avec le contexte macro-économique et géopolitique du continent.

L'OCP Policy Center,un think tank africain, une expertise marocaine

Pour Karim El Aynaoui, directeur général de l’OCP Policy Center, l'Afrique "a besoin de pouvoir améliorer ses ressources". "Les Africains sont riches de leur sous-sol, mais ne peuvent emprunter sur cette base, et se retrouvent à exporter des matières premières brutes sans valeur ajoutée". "L'enjeu fondamental pour la plupart des économies africaines est de faire des matières premières une source de croissance, ce qui est un vrai défi" a-t-il ajouté.
Pour Yves Jégourel, co-auteur d’Arcadia, « nous allons assister à un doublement de la consommation annuelle de matières premières en Afrique, cela s’accompagnera d’un développement phénoménal des infrastructures ».

S'il ne profite pas assez des bienfaits de ses matières premières, le continent subit en revanche inévitablement et immédiatement les conséquences négatives d'une baisse de prix ou de production. Ainsi en 2016, avec la chute des prix du pétrole, le Tchad "a été obligé d'initier une politique d'austérité qui n'a pas tardé à entraîner des remous sociaux dus en grande partie au non-paiement des salaires des fonctionnaires de certains secteurs et à la réduction des primes dans d'autres secteurs" précise Arcadia.

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Amandes de moabi (arbre du Cameroun) utilisées dans l'industrie bio-équitable des cosmétiques. ©Lionel Astruc/Biosphoto/AFP

Cacao, vanille et banane...

En Côte d'Ivoire et au Ghana, la paix sociale est menacée par la chute des prix du cacao, dont les deux pays sont les principaux producteurs mondiaux. "Sur l'année 2016, le cacao a perdu 22% de sa valeur sur le marché de Londres et 34% sur le marché de New York", relève Arcadia.
Dans une crise, la seule chose prévisible est l’incertitude qui suit et rien ne semble plus vrai pour la filière de la vanille à Madagascar. Les prix ont flambé, la qualité n’a pas toujours été au rendez-vous, alors que la demande s’est maintenue. Dans un contexte de quasi-monopole détenu par Madagascar, les exportateurs s’attendent à ce que la bulle « explose » mais la question reste quand ? questionne Arcadia.

En ce qui concerne la banane dessert, avec un chiffre d’affaires de plus de 300 millions de dollars et un volume de près de 650 000 tonnes, l’Afrique est un important acteur du marché européen avec 10 % de parts de marché. Trois pays seulement exportent des bananes vers l’Europe : la Côte d’Ivoire, le Cameroun et le Ghana. Arcadia note que la superficie en Côte d’Ivoire consacrée à la banane d’exportation pourrait doubler en cinq ans. Ce qui conforterait la politique d’investissement des producteurs français des Antilles.

Ne pas diaboliser les multinationales

En matière agricole, Jean-Christophe Debar, directeur de la Fondation pour l'agriculture et la ruralité dans le monde (Farm), auteur du chapitre consacré à l'alimentation et aux politiques agricoles, souligne- les "progrès" paradoxaux réalisés par l'agriculture sur le continent. "
Les gouvernements africains se sont engagés à dépenser au moins 10% de leurs budgets sur l'agriculture, ce qui est une bonne chose, mais seulement 5 pays sur 54 membres de l'Union africaine, y sont parvenus (hors Maroc). "Force est de constater que l'agriculture africaine n'a pas décollé autant que l'accroissement de la population" a-t-il ajouté, en préconisant une "relance" de la production, de la productivité, ainsi que de la recherche et du développement. Il a néanmoins mis en garde contre les gros investissements privés internationaux. Pour Karim El Aynaoui de l’OCP « il ne faut pas caricaturer ni diaboliser les sociétés et les investisseurs internationaux qui apportent aussi des réponses concrètes aux besoins de l’Afrique ».

Selon Arcadia, en avril 2016, les achats de terres agricoles en Afrique par des investisseurs étrangers (entreprises, fonds de pension, pays..) portaient sur une "superficie cumulée de 10 millions d'hectares, équivalente à 4% de la surface cultivée". 
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