Archives d'Outre-mer : 23 mai, Journée nationale d’hommage aux victimes de l’esclavage

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Marche du 23 mai 1998
Paris, 23.05.1998 ©Alfred Jocksan/Archives/AFP

Il a fallu des nombreux combats pour arriver à cette journée nationale. Le 23 mai 1998, une marche à Paris rend visible les revendications. Des discussions, des manifestations et une grève de la faim aboutissent en 2017 à cette commémoration officielle. 

"Tous nés en 1848"

En avril 1998, la France célèbre les 150 ans de l'abolition de l'esclavage. Une grande opération est proposée par l'Unesco, "La Route de l'esclave", il y aura entre autres, une mission interministérielle pour donner plus de poids à la commémoration. 

Jacques Chirac est alors président, Lionel Jospin son Premier ministre de cohabitation fait alors un discours avec un phrase qui "ne passe pas", comme explique Serge Romana. Comme si l'esclave n'existait pas, ni sa souffrance, ni les luttes d'émancipation. Toute l'aberration et l'inhumanité de l'esclavage paraissent dissoutes dans une commémoration officielle lisse.

Une marche pour briser le silence 

"Tous nés en 1848". Cette phrase de Lionel Jospin, poussera des collectifs ultramarins à s'inviter dans les rues de Paris, le 23 mai 1998. Des personnalités, comme Yannick Noah, des élus, également parmi la foule. Tous vont marcher en silence, de la place de la République à Nation. Pas de slogan, quelques banderoles affichant les revendications, et une foule d'environ 40 000 personnes, qui surprendra les Parisiens, les poussant à venir discuter. Dans un calme empreint de dignité, les manifestants, descendants d'esclaves des anciennes colonies françaises, refusent de laisser l'héritage de leur histoire dans les seules mains du récit officiel. Un récit qui ne reflète pas l'esclavage, ni ses implications, ni ses conséquences. Une position qui ne permet pas de reconstruire le  passé, encore moins d'envisager un futur, comme une promesse non tenue. Comme si cette mémoire ne rentrait pas dans le récit national de l'esclavage et ses abolitions, construit par le pays des Droits de l'homme. 

Ecoutez et regardez les marcheurs de 1998, dans ce reportage de RFO - Paris, d'Anne-Christine Roth, diffusé dans le Journal Martinique Caraïbes, le 24 mai 1998

 

La création du CM98

Cette journée et l'impressionnante participation qu'elle a générée ont été aux sources de la création du "CM98", le Comité Marche du 23 mai 98, en novembre 1999. Elle est aussi l'un des ciments de la proposition de loi de Christiane Taubira, reconnaissant l'esclavage comme un crime contre l'humanité, qui aboutit en 2001. Ainsi, l'enseignement de l'esclavage sera inscrit dans les programmes de l'Éducation nationale. Il devient évident que pour soigner des blessures du passé il n'y a pas d'autre voie que de les regarder en face, et cela passe par la reconnaissance du crime et la dénonciation du système qui l'a rendu possible.

On ne peut oublier sans réparer. 150 ans après, on peut passer une pommade sur un bobo, mais lorsqu'on n'applique pas le bon médicament, et bien le bobo un jour ou l'autre se met à suppurer et la plaie béante s'ouvre dans votre corps.

Serge Romana, 23 mai 2005

 

En 2005, le rassemblement organisé place du Trocadéro rend compte de cette volonté de ne pas oublier le passé. L'accent est mis sur la reconnaissance de ces vies volées, exploitées et le système inhumain qui a permis que cela existe.

Reportage de RFO Paris, le 23 mai 2005, sur le Parvis des Droits de l'homme, place du Trocadéro à Paris, signé Nella Bipat et diffusé dans le Journal Martinique Caraïbes 

 

10 et 23 mai

En 2006, sous la présidence de Jacques Chirac, la date du 10 mai est choisie pour marquer la Journée des mémoires et de réflexion sur la traite, l'esclavage et leurs abolitions. L'association CM98 et d'autres continueront à demander une journée qui commémore en France la mémoire des victimes de l’esclavage colonial. Au début de l'année 2017, Serge Romana, alors président de CM98, installe une tente devant le Sénat pour y entamer une grève de la faim.  

Il dénonce la suppression de l'article 20A de la loi égalité réelle en Outre-mer. Un article qui instaure notamment le 23 mai, en plus du 10 mai, comme date officielle de commémoration de l'esclavage. "Le 10 mai doit être une arme politique et le 23 un hommage aux victimes. Ces deux dates sont fondamentales", estime le président de CM98.

Le 23 mai reconnu en 2017

En février 2017, sous la présidence de François Hollande, le 23 mai est officiellement instauré. Une des actions principales qui accompagne la journée du 23 mai est la possibilité donnée aux descendants d'esclaves d'accéder à leur généalogie.  "Retrouver ses aïeux esclaves", au travers d'ateliers de généalogie et d'histoire des familles antillaises. C'est le coeur du travail de CM98, qui a également construit un site, anchoukaj.org, avec les noms de famille de la Guadeloupe et de la Martinique. 

En 2017, à Paris, c'est sur la place de la République que l'on fête le 23 mai. Une journée pour transmettre une histoire. Sur la place, des stands et des animations, mais surtout de gigantesques stèles sont plantées, avec les noms des esclaves. Des nombreux musiciens feront de cette journée chargée d'émotion un moment d'espoir et de souvenir, de vie, de joie.

Voyez cette journée dans ce reportage de Nathalie Sarfati et Massimo Bulgarelli, diffusé sur France Ô, le 24 mai 2017 :