Archives d'Outre-mer - Journée internationale des droits des femmes : hommage aux déportées noires dans les camps nazis

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Femme déportée
Statue prisonnière camp de concentration de Terezín en République tchèque, 2009 ©AFP/CHRIS DER GROSSE / PHOTONONSTOP
A l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le Panthéon rend hommage aux femmes engagées et au combat des femmes déportées. Les archives d'Outre-mer vous font revivre l'histoire oubliée des femmes noires envoyées dans les camps de la mort nazis. 
C'est un aspect méconnu de la Seconde Guerre mondiale : la déportation des Noirs dans les camps de concentration et d'extermination de l'Allemagne hitlérienne. Africains, Antillais, Noirs Américains ont eux aussi été pris dans la tourmente, arrêtés et envoyés dans ces camps où ils étaient sujets à toutes les humiliations. Le nombre des déportés noirs dans les camps de concentration reste inconnu : les populations originaires des colonies sont comptabilisées comme françaises. 
 

Des femmes noires déportées à Ravensbruck

Des milliers de femmes de toutes nationalités ont été déportées à Ravensbrück. Située à 80 km au nord de Berlin, le régime nazi y a établi de 1939 à 1945 un camp de concentration spécialement réservé aux femmes, dans lequel vécurent aussi des enfants. Parmi ces prisonnières, il y avait des femmes noires.  
 

Il y a eu des femmes de couleurs à Ravensbrück, d'ailleurs peu importait la couleur de la peau, mais elles étaient peu nombreuses parmi la masse de détenues.
Renée Hautecoeur, déportée parisienne

 

Certains étaient déportés parce qu'ils étaient noirs, il n'y avait pas un programme précis pour eux. Ils n'avaient pas d'étoile jaune puisque la couleur de leur peau servait d'étoile. Pour les Blancs, il fallait différencier les races et les nationalités, pour les Noirs c'étaient les "sous-hommes".
Michelle Maillet, écrivaine

 
Répertoriés par les Allemands comme Français, il est encore très difficile de retrouver la trace de ces déportés. Selon les historiens, 2000 personnes "de couleur" auraient péri dans les camps d'extermination nazis, un épisode douloureux de la mémoire de la communauté noire.  
 
Regardez ce reportage émouvant et rare d'Alexandre Rosada pour RFO Paris datant de 1999 :  
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Un roman pour sortir les femmes noires déportées de l'oubli

En 1990, l'ancienne présentatrice de télévision Michèle Maillet, d'origine martiniquaise, publie un roman intitulé "L'étoile noire", préfacé par Simone Veil. Inspiré d'une histoire vraie, le livre relate le destin de Sidonie, une Martiniquaise et ses jumeaux déportés à Auschwitz puis à Ravensbrück.
 

Cette femme a existé, Sidonie pour les besoins du roman, mais c'était Blanchette à l'origine (...). A partir de ce fait historique, quand j'ai découvert que le chanteur John William avait lui-même été déporté à Neuengamme, qu'il y avait 21 nationalités dans le camp de Ravensbrück, et quand j'ai découvert qu'il y avait des enfants métis à Łódź (..) je me suis dit : il ne faut pas que ces gens restent anonymes.
Michelle Maillet, écrivaine

 
Ecoutez Michelle Maillet dans cette interview accordée à RFO Martinique en 1990 :  
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"L'étoile noire" récompensé par le prix de la LICRA en 1991 

En 1991, Michelle Maillet reçoit le prix de la LICRA (Ligue Internationale Contre le Racisme et l'Antisémitisme) pour son livre "L'étoile noire". 
 
Revivez cette cérémonie dans ce reportage de RFO diffusé le 22/02/1991 : 

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Pour aller plus loin :
En 1995, le journaliste et auteur Serge Bilé réalise un documentaire "Noirs dans les camps nazis" qui réunit des témoignages. Continuant à creuser le sujet, il en recueille d’autres dont il fait un livre, portant le même titre, paru en 2005. 
 

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