Arnaud Montebourg, candidat du « Made in local » en Outre-mer

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Arnaud Montebourg
Arnaud Montebourg, mardi matin, lors d'une visite au Palais de la femme, centre d'accueil pour femmes de l'Armée du Salut, à Paris. ©Serge Massau
Candidat à la primaire du parti socialiste, Arnaud Montebourg propose de "transformer radicalement les Outre-mer" pour en faire des "territoires de prospérité" et atteindre un niveau d’emploi équivalent à la moyenne nationale à l’horizon 2025. Interview.
Jusqu'à présent, on vous a peu entendu parler des Outre-mer. Est-ce que vous estimez que c'est un sujet secondaire que vous traiterez après la primaire, si vous gagnez, ou bien considérez-vous que votre programme économique a vocation à s'appliquer aussi bien dans l'Hexagone qu'en Outre-mer?

"Pour moi, la France des Outre-mer est tout à fait importante. Ce sont des pointes avancées de ce qu’est notre pays et une présence dans le monde qu’il faut soutenir encore plus fortement. Ma vision du développement, du retour de la croissance en France est pour moi à la fois métropolitaine mais aussi ultramarine. Mon plan de relance des infrastructures doit s’appliquer également aux Outre-mer. Il y a beaucoup à faire pour rattraper les retards. C’est un plan à 20 milliards sur cinq ans. Je considère qu’il y a des projets à développer, des infrastructures portuaires, routières, d’équipements y compris numériques qui doivent être déployés outre-mer. Il y a aussi la question du développement de ces territoires. Je suis pour que l’on libère les freins constitutionnels et que l’on permette, comme beaucoup d’élus l’ont demandé, la créativité des territoires d’outre-mer."

Votre slogan est le "Made in France". Pour les Outre-mer, comment est-ce que cela se concrétise ? Est-ce un "Made in local", en quelque sorte ?
"Oui, je crois que les territoires, départements d’Outre-mer doivent mieux être intégrés dans les relations avec les pays voisins. Et donc, ces relations de voisinage doivent être cultivées, encouragées. Nous y avons intérêt. Pour moi, le Made in France d’outre-mer peut parfaitement s’appliquer et se décliner. Les marchés publics peuvent parfaitement aider les PME locales. Nous avons besoin de créer de la croissance dans ces territoires et de bâtir des lignes de prospérité. Pour moi, ce qui marche en métropole marche également dans les Outre-mer."


"L’économie doit être une priorité dans ces territoires"
 

Le système économique repose actuellement beaucoup sur la défiscalisation. Etes-vous pour ou contre la poursuite de ce système ?
"Je crois qu’il a beaucoup servi, je crois qu’il faut le doubler maintenant d’une politique d’investissement en plus, pour que naissent les projets, qu’ils se développent. L’économie doit être une priorité dans ces territoires, donner du travail à nos compatriotes d’Outre-mer, leur permettre de se sentir aussi en pleine possession des clefs de leur avenir."

Lors du deuxième débat de dimanche dernier, vous avez dit que vous vouliez lutter contre les "puissants". Est-ce que dans les Outre-mer aussi, il faut lutter contre les "puissants" ?
"Il faut susciter, comme cela existe dans beaucoup de territoires du monde, la possibilité de créer la nouvelle économie et d’offrir aux ultramarins le soin de ne pas vivre seulement sur les héritages du passé. Ils existent, s’ils sont un point positif, conservons-les. Mais il faut maintenant se porter vers l’avenir et libérer les possibilités de le faire dans ces territoires."

Quelle est votre proposition phare pour les Outre-mer ?
"Pour moi, le plus intéressant, c’est le "Made in local". Dans l’agriculture, dans l’industrie de proximité, nous avons besoin de soutenir les circuits courts. C’est une manière de vouloir reprendre le chemin de la croissance dans ces territoires que nous aimons beaucoup."

Ecoutez cette entretien en version audio:

ITV Arnaud Montebourg



Les 10 priorités d’Arnaud Montebourg pour les Outre-mer
Depuis la départementalisation, la France a conduit pour ses Outre-mer une politique attentive permettant peu à peu un rattrapage des structures et une égalité sociale. Les conditions de vie Outre-mer, l'éducation, le logement, les infrastructures ont atteint un niveau globalement comparable aux standards nationaux. Néanmoins, les politiques conduites n'ont toujours pas permis de résoudre un niveau de chômage élevé ni de permettre un véritable développement économique dépassant le modèle de système hérité directement des modèles coloniaux. Ces handicaps économiques et sociaux lourds ont des effets dévastateurs sur les sociétés ultramarines. Certains territoires connaissent des flambées de violence, la plupart vivent dans un contexte de renoncement social.

Ces cinq dernières années, une attention manifeste a été portée par le gouvernement à ses Outre-mer. Du combat contre la vie chère à l'ambition d'atteindre l'égalité réelle, des décisions importantes ont été prises. Toutefois, il faut regretter qu'aucun grand texte d'orientation économique et social inscrivant les Outre-mer dans une véritable trajectoire de progrès n'ait été pris. Dans une société mondialisée, les Outre-mer, par leur situation géographique, par le niveau de formation de sa population, par leur multiculturalisme mais aussi par leur lien indéfectible avec l'hexagone ont pourtant des atouts très solides à faire valoir.

Aussi, si le système de solidarité nationale est encore nécessaire il apparaît fondamental que la France du XXIe siècle favorise le décollage économique et social de ses Outre-mer dans une optique gagnant-gagnant. C'est donc une transformation radicale qu'il faut conduire afin que les Outre-mer deviennent des territoires de prospérité et que les ultramarins se réapproprient leur destin.


Objectif : Transformer radicalement les Outre-mer pour en faire des territoires de prospérité.

A l’horizon 2025 :
- atteindre un niveau d’emploi équivalent à la moyenne nationale
- faire de chaque territoire d’Outre-mer un pôle de rayonnement économique dans son aire géographique
- faire des Outre-mer les avant-postes de la France dans le monde

1) Libérer les collectivités territoriales des freins constitutionnels afin qu’elles puissent définir, conduire et orienter des politiques de développement spécifiques et des relations diplomatiques déléguées propres,

Alors que la question du lien avec l'hexagone est globalement dépassionnée et que les aspirations sécessionnistes sont maintenant marginales, la question d'une plus grande liberté d'action des collectivités locales peut se poser. Chaque territoire connait des réalités économiques et sociales particulières, souvent bien différentes de la perception depuis l'hexagone. De plus, les territoires ultramarins assurent une position de la France sur chaque continent. Une liberté plus grande, une reprise de contrôle des ultramarins sur leur propre destin par une décentralisation renforcée permettraient aux territoires ultramarins de devenir de véritables leaders régionaux au bénéfice de ses populations mais aussi au bénéfice de la France dans son ensemble.

2)     Décliner dans chaque territoire le "made in France" : Contractualiser entre l’Etat et les CT des trajectoires de développement propres à chaque territoire pour créer un « made in guadeloupe », "made in Réunion" ...
- Consolider les dispositifs spécifiques de solidarité (défisc /contrats aidés)
- Définir des secteurs « ultra-prioritaires » pour lesquelles des dispositifs de soutien public renforcés seront déterminés (nouvelles technologies, tourisme, agroalimentaire, économie de la mer)

Dans un cadre où une plus grande liberté est un objectif, les Outre-mer ne pourront valoriser leurs atouts sans le soutien constant de l'Etat. La transition d'une relation de solidarité et de dépendance vers une société performante et prospère en mesure de gagner des parts de marché dans les économies des pays émergents voisins ne saura être que progressive et maîtrisée dans un cadre. La déclinaison d'un made in France est pour les Outre-mer d'autant plus impérieuse que ces territoires se retrouvent souvent confrontés à une concurrence régionale de pays où les normes sociales et fiscales génèrent des situations déséquilibrées

3) Créer une nouvelle élite locale administrative et économique
- consacrer la régionalisation de l’emploi et des responsabilités
- régionaliser la formation
L'émergence de sociétés développées conduits par des personnalités responsables, conscientisées et ambitieuses pour leur territoire  repose sur l'émergence d'une véritable élite locale. Disposer en nombre des cadres de l'administration, des ingénieurs, des techniciens, des économistes en situation de contribuer collectivement aux  évolutions nécessaires requiert de doter les territoires de structures de formation adaptées. Ce sont donc des Ecoles de cadres, des IUT ... des formations adaptées aux réalités et aux projets locaux qu'il convient de soutenir ou de créer.

4) Transformer la continuité territoriale en un dispositif de soutien à la mobilité internationale
Le dispositif de continuité territoriale a été une avancée majeure dans la construction du lien solide entre l'hexagone et les ultramarins. Toutefois, dans un contexte de mondialisation positive et toujours dans cette ambition de construire les Outre-mer du XXIe siècle, il convient de permettre aux ultramarins de sortir d'une relation de quasi exclusivité avec l'hexagone. Le multiculturalisme et l'ouverture sur toutes les régions du monde doivent devenir des atouts majeurs qu'il faut favoriser.

5) Etablir un plan massif de développement des infrastructures
La qualité des infrastructures est d'un bon niveau dans les Outre-mer mais il demeure encore insuffisant. Axes routiers congestionnés, aéroports sous-dimensionnés pour développer le tourisme, activités portuaires anecdotiques, problèmes d'assainissement, d'accès à l'eau ... les Outre-mer devront avoir une place centrale dans les projets de l'Etat.

6) Décentraliser les attributions de lignes aériennes : ouvrir le ciel
Pour les Outre-mer, l'industrie touristique est un secteur majeur, le plus évident vecteur de développement à très court terme. Or comment imaginer développer le tourisme quand les autorisations d'ouverture de lignes aériennes sont décidées et surtout très limitées par une DGAC, déconnectées des enjeux locaux, en proie à des intérêts propres.
ex : Quand l'île Maurice accueille 35 destinations  pour plus d'un million de touristes, La Réunion n'accueille que 5 compagnies pour au mieux 300000 touristes annuels.
En outre, une concurrence accrue aura des effets immédiats sur le prix des liaisons aériennes.

7) soutenir la filière agricole dans sa mutation en adoptant dès juin 2017, un plan de soutien d’urgence de 200 millions pour l’agriculture, gérés par les chambres d’agriculture.
La fin des quotas sucriers décidés par l'UE en 2017 imposera naturellement une mutation de la filière canne. Diversification, spécialisation sur des marchés de haute qualité, développement de l'agroalimentaire, l'Etat doit accompagner la transformation inéluctable du secteur agricole.

8) prendre avant juin 2017 tous les textes permettant l’entrée en vigueur effective des CIMM dans les critères de mutation des fonctionnaires
La question de l'affectation des fonctionnaires d'Etat originaires des Outre-mer sur des postes dans leur territoire d'origine est un problème récurrent. Dans la plupart des administrations, le critère de l'ancienneté prime et fait en sorte (particulièrement dans la police) que de nombreux ultramarins sont contraints de rester en poste parfois plus de 20 ans avant de pouvoir obtenir leur mutation. L'entrée en vigueur du critère prioritaire du "centre des intérêts matériels et moraux", déjà inscrit dans la loi, est une mesure particulièrement attendue.

9) déconcentrer l’ensemble des procédures d’agrément de la défiscalisation à partir de 2018
La procédure d'agrément centralisée au niveau de Bercy et du Ministère des Outre-mer est trop longue et ralentit considérablement l'activité économique. Demande récurrente des organisations patronales une déconcentration des procédures d'agrément permettrait assurément un traitement plus proche, plus avisé et plus rapide des dossiers. Il s'agit d'un élément de dynamisation essentiel de la vie économique.

10) doter le Fonds exceptionnel d'investissement (FEI) de 150 millions chaque année
Créé par la LODEOM de 2009, ce dispositif permettant le financement des projets d'infrastructures de proximité portés par les communes a fait ses preuves. D'un montant de 40 M€ dans le PLF 2017, il est proposé de le porter à 150M€ dès le PLF 2018.