Attentats du 13 novembre : "les leçons n’ont pas été tirées" déplore Sylvie, aide-soignante d’origine martiniquaise à l’AP-HP

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Le 13 novembre 2015, aux abords du Bataclan après les attentats. ©MARTIN BUREAU / AFP
Un an après les attentats, La1ère.fr donne la parole aux héros de cette nuit d’horreur. Sylvie*, aide-soignante d’origine martiniquaise raconte "l’après 13 novembre" dans un hôpital parisien. "Les leçons n'ont pas été tirées", déplore-t-elle.
"L’hôpital était froid, glacial même", se souvient Sylvie* (le prénom a été modifié*) qui travaille à l’assistance publique (AP-HP) depuis une vingtaine d’années. Aide-soignante d’origine martiniquaise dans un hôpital parisien, elle revient sur ce 14 novembre 2015, lendemain des attentats.

"En allant à l’hôpital, je n’avais qu’une peur : apprendre qu'un des collègues était touché, raconte Sylvie. On avait l’habitude de fréquenter certaines terrasses visées, on y buvait des verres parfois". Arrivée à l’hôpital, l’aide-soignante est accueillie par la direction. "Ils étaient tous là !, s’exclame-t-elle. Pour une fois, on s’est senti soutenu".

Un champ de ruine

L’aide-soignante pénètre d’abord dans la partie "administration" de son service, puis dans la salle de soin. "Il y avait partout cette forte odeur de sang, se souvient-elle. J’avais l’impression de progresser dans un champ de ruines. Des brancards étaient là, du sang encore. Il fallait avancer et continuer à nettoyer". Mécaniquement, sans s’attarder, Sylvie se met au travail : "je me disais que les collègues avaient tellement assurés cette nuit-là. Je devais poursuivre".

L’angoisse et la solidarité

Toute la journée du 14 novembre, Sylvie va rencontrer des familles paniquées à la recherche de leurs proches. "Elles nous laissaient parfois des affiches avec des photos, se souvient l’aide-soignante. Lorsqu'on leur annonçait que leur proche n’était pas ici, l’angoisse montait. Ces familles craignaient le pire". En ce lendemain d’attentats, Sylvie découvre aussi "un magnifique élan de solidarité". "Les collègues qui ne travaillaient pas sont revenus, des personnes qui habitaient près de l’hôpital sont venues pour nous proposer de l’aide, donner leur sang, c’était beau".

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Le 8 novembre dernier, le personnel hospitalier a manifesté à Paris. ©JACQUES DEMARTHON / AFP

"On n’a pas tiré les leçons"

Un an après le drame, Sylvie y repense parfois. "Le temps passe, on ne vit pas H 24 avec ces souvenirs, mais je me rappelle de chaque détail, poursuit-elle. Je n’ose pas imaginer que cela se reproduise". Face à cette crainte, l’aide-soignante met aussi en garde. "Les leçons de ces attentats n’ont pas été tirées. Pire encore, aujourd’hui, on se moque de nous", déplore l’aide-soignante qui dénonce la politique de Martin Hirsch, actuel directeur général de l'Assistance publique – Hôpitaux de Paris. 

Des robots

Le 8 novembre dernier, une grande manifestation du personnel hospitalier a eu lieu à Paris pour dénoncer les conditions de travail et le manque de moyens. "On nous change nos horaires, on nous sollicite davantage et zéro salaire en plus. C’est de l’ingratitude, poursuit Sylvie. On ne décompresse plus, nous sommes des robots". Dans un tel contexte, l’aide-soignante d’origine martiniquaise "n’ose pas imaginer de nouveaux attentats. Pourtant, l’hôpital a fait un travail remarquable en novembre 2015".