L'autonomiste polynésien Pouvanaa A Oopa sera-t-il réhabilité ?

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Arrestation Pouvana'a
©Arrestation Pouvana'a
La condamnation en 1959 du député autonomiste polynésien Pouvanaa A Oopa, accusé d'avoir exhorté ses partisans à incendier Papeete, était-elle fondée ? Saisie d'une demande d'annulation, la Cour de révision se prononce ce jeudi 25 octobre 2018, 41 ans après le décès du parlementaire.
Estimant qu'il existait "des faits nouveaux de nature à faire naître le doute" sur la culpabilité de Pouvanaa A Oopa, condamné à huit ans de prison et à l'exil il y a près de soixante ans, l'avocate générale avait préconisé lors de l'audience le 5 juillet l'annulation de cette condamnation. Selon elle, Pouvanaa A Oopa, de son vrai nom Pouvanaa Tetuaapua, n'avait pas eu "un procès équitable".
 

Audience publique

La Cour de révision des condamnations pénales, siégeant en audience publique à la chambre criminelle de la Cour de cassation, peut soit rejeter la demande, rendant difficile la possibilité de déposer un nouveau recours, soit réhabiliter le défunt, et un nouveau procès serait très peu probable. 
 

Décision symbolique

La décision sera donc avant tout symbolique. "Si sa condamnation pour complicité d'incendie volontaire et détention d'armes est annulée, (...) la Cour va décharger la mémoire du mort. C'est comme s'il n'avait jamais été condamné", explique Me Emmanuel Piwnica, désigné curateur à la mémoire de Pouvanaa A Oopa par la Cour de révision. 
  

"Ce qui est important, dans une affaire politique comme celle-ci, c'est de reconnaître qu'il n'avait rien à se reprocher. (...) C'était un coup monté. On avait annoncé son arrestation 48 heures avant qu'elle n'ait lieu. Il fallait le mettre à l'écart"

-Me Piwnica


Essais nucléaires    

Considéré comme le père de l'autonomie et du nationalisme polynésien, Pouvanaa A Oopa était un fervent opposant aux essais nucléaires français en Polynésie selon l'historien Jean-Marc Regnault. 
 

Retour à Tahiti en 1968

Déchu de son mandat de député en mai 1960, il était rentré à Tahiti en novembre 1968 après avoir bénéficié d'une grâce, puis avait été amnistié l'année suivante et élu sénateur en 1971. 
 

Recours rejeté

L'ancien exilé a toujours nié les faits et avait tenté en vain de faire réviser son procès, avant son décès en janvier 1977. En 1995, la Cour de cassation avait rejeté un recours déposé par ses descendants. 
 

Christiane Taubira

C'est finalement le ministère de la Justice qui, sous Christiane Taubira en 2014, avait initié ce processus de révision, répondant à une demande de l'Assemblée de Polynésie qui avait voté à l'unanimité une motion en ce sens. 
 

Témoignages de gendarmes

La commission d'instruction avait jugé le dossier suffisamment solide pour saisir la Cour de révision après un supplément d'information. Parmi les éléments nouveaux figurent les témoignages de gendarmes qui ont reconnu que l'accusation s'était fondée sur des témoignages fabriqués ou extorqués par la menace ou la violence.

Pour en savoir plus :
©la1ere

 
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