Avec le confinement, la sprinteuse mahoraise Nasrane Bacar se transforme en coach sportif 2.0

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Nasrane Bacar
Nasrane Bacar by herlself ©Nasrane Bacar
La Mahoraise partageait déjà sa vie entre l’athlétisme de haut niveau et le coaching sportif. Le confinement rend juste les choses plus compliquées. Nasrane Bacar s’adapte. Elle est devenue athlète de salon et coach en ligne.
Le confinement obligatoire n’a en rien altéré son moral d’acier. Nasrane Bacar est d’une nature optimiste. Positive. La sprinteuse mahoraise, volontiers casanière, a accepté toutes les mesures imposées avec philosophie : "Je ne me prends pas la tête. Puisqu’on ne sait pas quand ça va pouvoir reprendre, pourquoi chercher à tirer des plans sur la comète ? Je me maintiens en forme. Je fais un maximum d’entraînement à la maison. Je m’autorise une séance en extérieur un jour sur deux. Tout ce que je fais, je le fais vraiment à fond. Que voulez-vous faire de plus ?"

Depuis belle lurette, la championne de France en salle sur 60 mètres en 2019 avait compris que l’athlétisme ne pourrait pas la faire vivre. L’adaptation, elle connaissait. Les solutions, elle sait les trouver. Comme cette activité de coach sportif que Nasrane a développée chez ProFeel à Bordeaux. Une activité rémunératrice… jusqu’au 16 mars 2020 : "Je ne vais pas me plaindre car j’ai droit au chômage. Mon seul regret, c’est que pendant l’hiver, j’avais vraiment réussi à développer le nombre de mes clients. Ça commençait à bien marcher. Avec le coronavirus et ses conséquences, j’espère ne pas vivre pas un retour à la case départ."
©Nasrane Bacar
 

Coach toujours, tu m’intéresses !

Adaptation un jour. Adaptation toujours. Pas question pour Nasrane Bacar, 28 ans de céder à la sinistrose ambiante. Si la coach sportif ne peut plus côtoyer ses clients, elle vient à eux virtuellement. Certains chefs d’entreprise ont accepté la proposition. Vive le télétravail physique. Merci Zoom. Merci Skype. Même si l’ambiance est parfois particulière : "Dans l’ensemble, je les sens hyper-dépassés," confie la Mahoraise. "La situation est inédite et l’inconnu se révèle angoissant pour eux. Ce que je peux tout à fait comprendre."

Comme la pratique sportive collective ne devrait pas être autorisée avant plusieurs mois, Nasrane Bacar muscle sa présence sur le web. Elle propose ainsi de courtes séquences vidéo gratuites. Ceux qui en veulent plus ont ensuite la possibilité d’entrer en contact avec elle et de s’offrir de vrais programmes d’entraînement.

Mayotte n’est pas oubliée. À partir de la semaine prochaine, Nasrane fournira des vidéos d’une quinzaine de minutes au site Web de la Délégation Mayotte à Paris. Une animation réalisée en alternance avec un autre champion mahorais, l’ancien handballeur professionnel Bavou : "Je suis très heureuse de participer bénévolement à cette opération. La communauté mahoraise fait preuve d’une belle solidarité."
©Facebook Nasrane Bacar
 

Et l’avenir sportif dans tout ça ?

Coach 2.0 confinée mais qui ne se prend pas la tête, Nasrane Bacar n’en oublie pas pour autant le monde de l’athlétisme. Un jour ou l’autre, les compétitions reprendront. En 2020 ou après : "Étant donné la situation sanitaire à l’échelle planétaire, je pense qu’il serait plus sage de ne repartir qu’en 2021. Les Jeux Olympiques ont d’ailleurs montré la voie. Ça donne plus de temps aux athlètes pour bien se préparer. Sportivement parlant, il faut voir ça comme quelque chose de bénéfique. Profitons-en pour reposer les organismes."

La planète athlétisme est à l’arrêt. Les Championnats d’Europe au Stade Charléty à Paris sont toujours annoncés à la fin du mois d’août (du 25 au 30) mais leur tenue demeure hypothétique. Si les athlètes vont sortir reposés du confinement, la situation économique des plus modestes risque d’être alarmante : "C’est la plus grosse incertitude," reconnaît la Mahoraise. "Les sponsors pourraient réduire sévèrement leur budget marketing. Et j’ai peur que les équipementiers en profitent de leur côté pour baisser les contrats des athlètes." 
©Nasrane Bacar