Bouna Ndiaye, l'agent du basketteur Rudy Gobert a imposé son style et ses convictions en NBA

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Bouna Ndiaye, l'agent de basketteurs numéro un en France.
Bouna Ndiaye, l'agent de basketteurs numéro un en France. ©BN.

Son style ? Un sourire. Ses convictions ? L'humain avant tout. Avec son agence Comsport, Bouna Ndiaye accompagne la majorité des basketteurs français en NBA. Grâce à lui, le Guadeloupéen Rudy Gobert a signé un contrat historique. Au pays du roi dollar, Bouna court pourtant après autre chose.

La vie de Bouna Ndiaye ressemble à un enchaînement de marathons. Non-stop. Installé à Dallas au Texas depuis 2007, l'agent de basketteurs est en mouvement perpétuel. Quelques chiffres pour le démontrer ? En 2019, Bouna a pris l'avion tous les trois jours en moyenne. Cette même année, il a dormi 228 nuits à l'hôtel. Les vacances ? Huit jours par an. Pas plus. Du repos ? Une journée par semaine. Maximum.

"Malgré cette vie trépidante, je n'ai jamais manqué le moindre anniversaire de mes trois enfants. J'ai toujours été là pour eux. Quant à mon épouse, nous venons de fêter nos vingt-six ans de mariage. L'amour est intact."


Bouna Ndiaye a aujourd'hui 55 ans. Réussite professionnelle indéniable. Comme la revanche sur un destin qui semblait le condamner. Son adolescence commence dans la cité de la Grande Borne à Grigny dans l'Essonne. "J'ai vu le pire de la banlieue. Heureusement que je travaillais bien et que ma mère a fait le forcing pour que j'aie ma chance dans les bonnes écoles."

Ce sera un Deug puis une maîtrise de gestion à la Sorbonne. L'élève Ndiaye se révèle brillant. Mais les stéréotypes ont la vie dure. "Je me souviens une fois être arrivé en retard à un cours. Le professeur m'a demandé ce que je faisais dans cet endroit. Avec ma casquette à l'envers, je passais pour un intrus."

Les raccourcis vont perdurer encore quelques années. Jusqu'aux premiers contrats en NBA. Première reconnaissance. "C'est un monde de requins mais ils ont fini par m'accepter. Désormais je suis l'agent frenchy qui s'habille avec la french touch. Vous imaginez un peu ?"

Bouna Ndiaye, l'agent de basketteurs numéro un en France.
Avec son associé Jérémy Medjana. Des débuts sans moyen sur les routes de France à la fin des années 90 jusqu'aux parquets de la NBA à partir de 2005. ©Comsport.

À l'assaut de l'Amérique

À l'origine de Comsport, il y a deux hommes. Deux amis. Deux passionnés de basket : Bouna Ndiaye et Jérémy Medjana. Le succès est rapide. Dès 2005, l'agence propulse ses premiers joueurs français en NBA. Les fameux rookies. Les novices. Grand prestige pour Comsport. Grand danger aussi pour les finances.

"Un jeune joueur en NBA coûte plus d'argent à son agent qu'il n'en rapporte. Résultat : nous avons passé six ans en redressement judiciaire. Avec Jérémy, on s'est accrochés. Nous n'avons jamais cru en l'impossible. Notre horizon a fini par s'éclaircir en 2012 lorsque Nicolas Batum a resigné avec son club de Portland pour plus de 46 millions de dollars."


Ceux qui ont vu le film Jerry Maguire de Cameron Crowe avec Tom Cruise comprendront certainement ce qui va suivre. Car pour Jérémy et Bouna, l'argent ne doit pas être le premier moteur de ce métier d'agent. La valeur humaine prime sur tout le reste. "Lorsque Rudy Gobert a signé son dernier contrat avec Utah Jazz, confie Bouna, il nous a dit ceci : 'Je suis un gamin de St Quentin dans l'Aisne. Toi d'Afrique. Jérémy est un chti de St Amand-les-Eaux. Vous avez cru en moi. L'histoire ne fait que commencer. On va continuer à l'écrire !' J'en avais les larmes aux yeux…"

Bouna Ndiaye, l'agent de basketteurs numéro un en France.
De gauche à droite : Jérémy Medjana, Rudy Gobert et Bouna Ndiaye. ©Comsport.

La belle histoire de Gobert et Séraphin

Il serait en effet dommage de réduire le pivot guadeloupéen Rudy Gobert à un montant stratosphérique : 205 millions de dollars sur cinq ans. Le nouveau contrat avec la franchise mormone donne certes le tournis. Mais il récompense aussi et avant tout, un joueur d'exception. "L'exigence est son leitmotiv, s'extasie Bouna. Il faut le voir s'investir dans tous ces petits détails qui font la différence. Rudy va sûrement être élu défenseur de l'année. Et je pense qu'une première bague NBA l'attend en juillet."

Bouna Ndiaye s'occupe de superstars en activité : Rudy Gobert, Nicolas Batum, Evan Fournier ou encore Ian Mahinmi. Tout en gardant un contact étroit avec les joueurs qui ont raccroché. C'est le cas du Guyanais Kévin Séraphin, drafté NBA en 2010. "Kévin a dû arrêter sur blessure. Mais il était bien assuré. Aujourd'hui, notre rôle de conseil continue. Nous nous parlons régulièrement. Kévin met des projets en place. C'est intelligent. Réfléchi. Chapeau !"

Une dimension humaine affichée. Des liens forts mais sans contrat d'exclusivité entre le joueur et son agent. Choix de départ de Comsport. Choix risqué et douloureux quand certains champions décident d'aller voir ailleurs sans même se justifier. Ce fut le cas du Martiniquais Ronny Turiaf. Dans ces moments-là, Bouna Ndiaye s'effondre.

"Je me retrouve à pleurer comme un gosse sur mon canapé. La plupart du temps, je ne reçois même pas un message de la part des déserteurs. Heureusement que mon épouse est psychologue de profession. Elle me dit que quand je perds un joueur, c'est de l'énergie en plus pour les autres. Ceux qui croient en moi."

Bouna Ndiaye, l'agent de basketteurs numéro un en France.
Draft NBA 2010. De gauche à droite : Jérémy Medjana, Kévin Séraphin et Bouna Ndiaye. ©Comsport.

Plus qu'un agent, un guide

Bouna Ndiaye a presque du mal à se définir comme agent. Il se voit plutôt comme un éducateur. Il prépare d'ailleurs un livre à ce sujet. Bouna y parlera des cinq règles à respecter scrupuleusement : "Cela commence par l'entourage. C'est capital. Un jeune doit savoir bien s'entourer. Ensuite, il y a le mental. Ça se travaille. Encore et encore. Troisième point : le physique. Savoir le sublimer. Puis l'apprentissage. Répéter les gestes jusqu'à épuisement. Et enfin, la curiosité. Il faut être curieux de tout. Laissez-moi vous dire que ces cinq règles peuvent s'appliquer à n'importe quelle profession. Succès garanti."

L'agent-éducateur veut également tendre la main au Sénégal, ce pays d'Afrique dont il est originaire et où il a passé sa petite enfance. "Je veux impacter les autres." Pour cela, Bouna Ndiaye a monté la Why-not-me Foundation. "En plus des camps de basket que l'on organise régulièrement sur place, je compte créer un centre éducatif. Les jeunes pourront y apprendre un métier, tout en pratiquant le basket ou le foot. Chacun doit avoir une chance."

Bouna Ndiaye, l'agent de basketteurs numéro un en France.
L'agent de basketteurs Bouna Ndiaye à droite de la légende vivante Michael Jordan, six titres NBA au compteur ! ©BN.

Le Guadeloupéen Rudy Gobert en NBA. La Martiniquaise Iliana Rupert en Ligue féminine et bientôt en WNBA. Le Martiniquais Louis Labeyrie en Espagne. Le Guadeloupéen Juhann Begarin en Pro-B… L'agence Comsport est partout. Incontournable. Et pour Bouna, il n'existe pas de championnat plus noble qu'un autre. "Il ne faut pas négliger le fait de pouvoir réussir sa carrière en Pro-A, Pro-B, N1 ou dans les championnats espagnol ou italien. Chacun peut être champion. Tout le monde n'ira pas en NBA ? Et alors ? Ce n'est pas un drame. Si les clubs tricolores font confiance aux jeunes joueurs français, tout le monde peut trouver sa place."