Les bourses du Zonta, coup de pouce méconnu mais bienvenu, témoigne une jeune Malgache, as de l’aéronautique

éducation
Narindra Ranaivomiarana
Narindra Ranaivomiarana à son bureau à l'Onera pendant son doctorat. ©Narindra Ranaivomiarana / Zonta Paris-Port Royal-Concorde
Le Zonta récompense chaque année des dizaines de jeunes femmes qui excellent dans des secteurs où les hommes sont largement majoritaires. Narindra Ranaivomiarana, ingénieure en aéronautique dans l'Hexagone et originaire de Madagascar, a reçu 10 000 dollars et encourage les jeunes femmes à postuler.
"Ce que je devais faire, c'est renforcer les structures des turboréacteurs pour que, même s’il y a des impacts d’oiseaux, on arrive à voler quelques temps pour essayer d’atterrir." Au bout du fil, Narindra Ranaivomiarana cherche ses mots. Par timidité et pour expliquer simplement un travail qui ne l'est pas. En 2015, elle a œuvré à réduire les accidents d'avion en cas d'impacts d'oiseaux contre les réacteurs.
 

Des secteurs encore très masculins

C'est lors de ce stage au sein du groupe Safran que l'étudiante-ingénieure se prend d'un grand intérêt pour l'aéronautique, "un domaine hyper intéressant avec des technologies impressionnantes".  Mais travailller dans l'ingénierie n'est pas simple, les femmes représentent 28% seulement des effectifs des écoles, d'après la Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs. Ce déséquilibre - qui se poursuit plus tard dans le milieu professionnel - n'a pas découragé Narindra. 

Elève brillante, la lycéenne quitte Madagascar en 2009, un bac scientifique en poche. Elle rejoint sa soeur à Lyon, avant d'intégrer une école d'ingénieurs à Bordeaux puis une formation doctorale à l'université Pierre et Marie Curie à Paris. "Je suis quelqu'un de curieux, qui aime bien creuser jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à trouver."  En mars 2019, à 27 ans seulement, elle boucle sa thèse en "optimisation de structures aéronautiques composites" à l’Onera, laboratoire de recherche aéronautique et spatiale qui collabore avec Stelia Aerospace, une filiale d'Airbus.  
 

Coup de pouce financier

Pendant quelques mois, la jeune femme s'en sort avec son salaire de doctorante. Jusqu'à ce qu'une collègue de l'Onera l'informe de l'existence des programmes d'aide du Zonta International. Fin 2017, elle décroche l'une des trente bourses "Amelia Earhart" d'un montant de 10 000 dollars.
Narindra
Remise du prix Amelia Earth de 10000 dollars à Narindra Ranaivomiarana le 5 décembre 2017, en présence de Julienne Morisseau, présidente du Zonta Paris Port Royal Concorde (à droite) et de Sigrun Christiansen, l'Ambassadrice de la Fondation du Zonta International. ©Julienne Morisseau / Zonta Paris-Port Royal-Concorde

"Ça a changé pas mal de choses pour moi, se rappelle Narindra. Avec cette bourse, je n’avais plus trop à m’inquiéter et ça, c’était vraiment un poids en moins. Et ça m’a permis de me concentrer vraiment sur ma thèse. Je savais que je n’aurais plus de problème en tant qu’étudiante. Il y avait aussi l’aspect d’acheter du matériel comme un ordinateur performant et aussi des livres." 
 

Encourager l'égalité et la parité

Julienne Morisseau se remémore avec fierté la remise du prix à Narindra en présence de membres du club Zonta Paris-Port Royal-Concorde qu'elle préside. Pourtant, la Guyanaise-haïtienne regrette le manque de visibité du programme des bourses qui distribue chaque année des centaines de milliers de dollars pour encourager l'égalité et la parité, à l'école comme dans l'entreprise. Les appels à candidatures pour 2020 sont lancés, mais les postulantes sont rares en Île-de-France. 
Julienne Morisseau
Julienne Morisseau et Narindra Ranaivomiarana lors d'une conférence au Sénat en mars 2018. ©Julienne Morisseau / Club Zonta Paris-Port Royal-Concorde

"On travaille à l’amélioration des conditions de vie d’une moitié de la population mondiale", s'enorgueillit Julienne Morisseau, et "l’accès à l’éducation nous semble le meilleur moyen pour obtenir l’égalité pour les générations à venir". Récompenser aujourd'hui de brillantes étudiantes, à l'image de Narindra ou d'Eva Borakiewicz elle aussi originaire de Madagascar et lauréate de la bourse en janvier dernier, afin "d’établir des modèles de réussite pour la génération suivante". 

Les candidatures doivent être adressées au club de sa région (domicile familial ou du lieu d'études). Or, en Outre-mer, seule la Guadeloupe dispose aujourd’hui d’un club Zonta. Des projets sont à l’étude en Guyane et en Martinique. En attendant, la présidente guyanaise-haïtienne du club parisien garde espoir de pouvoir aider des jeunes ultramarines. Le Zonta International a remis des bourses "Amelia Earhart" à des jeunes femmes originaires de Madagascar. "Je suis persuadée qu’il peut y avoir des lauréates qui sont originaires des Outre-mer et qui étudient ici à Paris ou ailleurs dans l’Hexagone."

 
Les bourses à pourvoir en 2020
♦ La bourse "young Women in Public Affairs" encourage des jeunes femmes à s’impliquer dans la vie publique, sociale et politique. Elle met à l’honneur des jeunes filles, âgées de 16 à 19 ans, qui font preuve de talents de leadership et d’engagement pour le service public et les causes civiques. "Les candidatures doivent être envoyées avant le 25 mai pour qu’on puisse les soumettre au district au niveau européen (1500 dollars) et au niveau international (4000 dollars)", précise julienne Morisseau.

♦ La bourse "women in technology" créée il y a 2 ans "pour donner aux jeunes femmes un rôle actif dans les nouvelles technologies. On a, en tout, 38 bourses : 32 bourses au niveau district (Europe) de 2000 dollars et six bourses de 8000 dollars au niveau du Zonta International." Les candiatures peuvent être envoyées jusqu'au 20 juillet. 

♦ La bourse "Jane M. Klausman" vise à encourager les jeunes femmes qui visent une carrière dans le domaine des affaires : gestion d’entreprise, finances, marketing, commerce, gestion des ressources humaines, entreprenariat…  Six bourses internationales de 8000 dollars sont à pourvoir, un niveau Master est requis. Date limite : le 1er août.

♦ Les bourses "Amelia Earhart" en l’honneur d’un ancienne membre du Zonta, célèbre aviatrice américaine. Le Zonta accorde au moins 30 bourses de 10 000 dollars aux jeunes femmes qui étudient dans l’astrophysique, l’ingénierie aérospatiale, la biologie moléculaire, l’astrophysique… Candidatures en juillet. 

♦ En France spécifiquement, la bourse "Performance" de 2000 euros vise à encourager les jeunes femmes, sans limite d’âge, qui œuvre dans l’entreprenariat.

♦ Le Zonta Paris-Port Royal-Concorde va lancer une bourse spécifique de 1 000 euros à destination d'étudiants en France et dans les Outre-mer dans le domaine du développement durable. Les appels à candidatures seront lancés d'ici quelques semaines. 

Pour plus d'informations : info@zontaparisportroyalconcorde.fr
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