Casting lancé pour un court-métrage sur les gangs anti-skins dans les années 1980

cinéma
Affiche soldat noir
Un casting sauvage est en cours pour trouver les comédiens de Soldat Noir, le court métrage du Guadeloupéen Jimmy Laporal-Trésor qui parlera des gangs anti-skins dans les années 80. Un jeune homme d'origine antillaise est recherché pour incarner le personnage principal.
L'annonce a été postée la semaine dernière sur les réseaux sociaux : "Pour le court-métrage SOLDAT NOIR sur les bandes de chasseurs de skins dans les années 80 à Paris réalisé par Jimmy Laporal-Trésor (...), nous recherchons (...) des hommes de 16 à 25 ans d'origine antillaise parlant créole, un homme de 40 à 45 ans d’origine antillaise parlant créole."
 

Le parcours initiatique d'un jeune Antillais

Ce court-métrage se passera en 1986 et racontera l'initiation d'un jeune Antillais de 17-18 ans qui intègre un gang de chasseurs de skins inspiré des Black Dragons. L'objectif de ce casting sauvage est de trouver la perle rare - et donc, pas forcément un comédien professionnel - pour incarner Hughes, lycéen de Terminale, en pleine crise de conscience sur sa place dans la société."Je cherche un gamin qui a une gueule, une présence, qui a un profil de sport de combat, qui a fait de la boxe", nous indique Jimmy Laporal-Trésor, le réalisateur du film.
 

Le contexte : les violences racistes des années 80

Le mouvement des Black Dragons se forme en 1983 dans la banlieue parisienne autour de la figure du Haitien Yves Le Vent, sur le modèle des Black Panthers aux Etats unis. C'est une réponse aux actes racistes perpétrés par des groupuscules d'extrême droite issus de la mouvance skinhead au début des années 80.

Pour rappel, avant de virer gang au sens strict du terme dans les années 90, les Black Dragons s’illustraient par leur discipline et leur rigueur dans les arts martiaux. Une discipline qu’ils opposaient à la violence aveugle des skinheads.

Des souvenirs d'enfance pour Jimmy Laporal-Trésor

Le réalisateur d’origine guadeloupénne est né à Paris en 1976. Il nous raconte : "J’ai grandi dans les années 80. On avait ces conversations au collège, on parlait des bandes de chasseurs de skins. Ce sont des souvenirs d’enfance."

Des souvenirs ravivés à la lecture de Vikings et Panthers de Gilles Elie Cohen qui revient, entre autres, sur l'apparition dans les années 80 à Paris des premiers gangs de blousons noirs constitués uniquement d’Antillais.
 extrait du court-métrage FURIE ROCK de Jérôme de Missolz (1988)
Court-métrage FURIE ROCK de Jérôme de Missolz (1988) ©Capture d'écran
Mais pour Jimmy Laporal-Trésor, pas question de retracer l’histoire des Black Dragons. "Je ne veux pas m’emprisonner dans un biopic ou être bloqué par une espèce de censure." Soldat Noir sera bien une fiction sur le parcours initiatique de ce jeune Antillais qui entre dans "une bande imaginaire, mais avec un mode opératoire dans l’esprit de l’époque."

Ce qui m’interessait, c’était de raconter la société des années 80.
Jimmy Laporal-Trésor


De cette période, Jimmy Laporal-Trésor a gardé en mémoire des images précises, symboles des clichés véhiculés par une époque. Il y a par exemple cette publicité pour une chaîne de fastfood que l'on pouvait voir affichée dans le métro dans les années 80, "une affiche de 86 pour Freetime qui montre un noir grimé en cannibale avec comme slogan "À quelle sauce je vais le manger le blanc ?" : voilà dans quel univers grandit Hughes, mon personnage."
tweet pub freetime
©DR

Pour le Guadeloupéen, une citation résume l’esprit du film, elle est tirée d'un ouvrage de James Baldwin,  La prochaine fois, le feu :

Tu étais né dans une société qui affirmait avec une précision brutale et de toutes les façons possibles que tu étais une quantité humaine absolument négligeable. On n'attendait pas de toi que tu aspires à l'excellence. On attendait de toi que tu pactises avec la médiocrité.
- James Baldwin, écrivain

 

Un projet de long-métrage lancé

Jusqu’ici, Jimmy Laporal-Trésor ( petit cousin du footballeur Marius Trésor, ndlr, “mais je ne l’ai jamais rencontré", sourit le Guadeloupéen) a surtout écrit pour le cinéma et la télévision. Il a aussi réalisé des documentaires. Alors, pour préparer ce film - son deuxième court-métrage - il s’est documenté pendant un an, aidé par deux amis scénaristes.
Jimmy Laporal-Trésor
Jimmy Laporal-Trésor ©Thomas Creveuil
Un travail essentiel puisque le réalisateur envisage aussi de tourner un long-métrage sur le même thème. Ce dernier, en passe d’obtenir les financements nécessaires, se déroulerait en 1984.


Tournage en octobre

"Vu les conditions actuelles, les castings auront lieu dans un premier temps à distance", explique Marine Albert, directice de casting sur le court-métrage. L'équipe du film espère en tout cas trouver les bons comédiens pour le projet d’ici fin juillet.
Le père doit absolument parler créole : des scènes sont prévues dans cette langue. Mais selon le réalisateur, pour le role du fils, c'est plus ouvert : "ce n'est pas essentiel qu' Hughes parle créole, mais il faut qu'il le comprenne." Le tournage est prévu sur Paris et en région parisienne au mois d'octobre.

► En bonus, ce reportage réalisé par France Ô autour d'anciens Black Dragons :
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