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Ce qu’il faut retenir de la visite d’Emmanuel Macron aux Antilles [SYNTHESE]

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Emmanuel Macron en Guadeloupe
Emmanuel Macron en Guadeloupe ©Eliot BLONDET / AFP / POOL
La presse nationale et les réseaux sociaux auront retenu la fameuse photo du président avec un jeune faisant un doigt d’honneur à Saint-Martin. Mais pendant ces trois jours de visite, Emmanuel Macron a aussi fait des annonces sur le chlordécone, les sargasses, l’eau et Saint-Martin.
 
La photo aura beaucoup fait parler. On y voit le président entouré de deux jeunes dans un appartement à Saint-Martin. L’un fait un doigt d’honneur, l’autre dont la tête est couverte d’un bandana est récemment sorti de prison pour braquage.
 
Dans un tweet, Marie Le Pen a dénoncé une image "impardonnable". Emmanuel Macron a tenté de relativiser la portée de cette photo en déclarant qu’il aimait "chaque enfant de la république, quelles que soient ses bêtises".

Mais au-delà de cette controverse dont les réseaux sociaux et les chaînes tout info se sont emparés avec force, à quoi a servi cette visite présidentielle aux Antilles ? Quels ont été les annonces ? La1ère revient sur les thèmes abordés pendant ce déplacement officiel du président.


#1 Chlordécone : maladie professionnelle ?

C’est le premier thème qu’Emmanuel Macron a abordé lors de son voyage aux Antilles. L’attente était forte. En effet, selon l'agence Santé publique France, "plus de 90% de la population adulte" en Guadeloupe et Martinique est contaminée par le chlordécone. Le pesticide est de plus soupçonné notamment d'être responsable d'une explosion des cancers de la prostate aux Antilles.

Au premier jour de son déplacement, en Martinique, Emmanuel Macron a annoncé que l'État devait "prendre sa part de responsabilité" dans la pollution au chlordécone et "avancer sur le chemin de la réparation" de ses ravages.
 
Il a ainsi annoncé qu’il était possible "d'avancer davantage sur la question des maladies professionnelles pour les personnes particulièrement exposées à la molécule."

La procédure d'ouverture du registre des maladies professionnelles sera engagée par le gouvernement dès le 2 octobre pour le régime général (de la Sécurité sociale) et le 9 octobre pour le régime agricole", a-t-il déclaré.


Regardez ci-dessous le reportage de Martinique la 1ère :
 
©guadeloupe

C’est malgré tout la première fois que l’Etat reconnaît les possibles ravages sur la santé de la molécule de chlordécone et ouvre la voie des réparations pour les personnes particulièrement exposées. 

Le chlordécone, interdit dès 1977 aux États-Unis mais utilisé jusqu'en 1993 aux Antilles par les producteurs de bananes, est toujours présent dans les sols où il peut persister environ 600 ans et se retrouver dans certaines denrées végétales ou animales et certains captages d'eau.


#2 Sargasses : moyens confirmés

Depuis 2011, les algues sargasses affluent de manière irrégulière sur les côtes de la Guadeloupe, de la Martinique et parfois de Guyane. Ces algues envahissent non seulement les côtes mais provoquent aussi au bout de deux jours des émanations de gaz toxiques. Les Antillais sont excédés par ces sargasses dont il est bien difficile de se débarrasser.

En Guadeloupe, à Goyave, Emmanuel Macron a confirmé le plan annoncé en juin par son ancien ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot.

L'Etat s'est engagé à co-financer un plan d'équipement des territoires à hauteur de 4 à 5 millions d'euros sur 2018-2019 au sein d'un plan global d'équipement qui s'élèvera à 12 millions d'euros", a-t-il insisté.

 
©guadeloupe

Compte tenu de son caractère expérimental pour l'ensemble de la Caraïbe, l'Etat participera au fonctionnement des barges de collecte (sorte d'aspirateurs à sargasses, ndlr) en voie d'acquisition par la région Guadeloupe à hauteur de 500.000 euros par an pendant 3 ans", a-t-il ajouté.


Ecoutez Emmanuel Macron interrogé par notre confrère de Guadeloupe la 1ère :
 
©guadeloupe

"Le plan anti-sargasses" comprend aussi le déploiement le d'observations satellitaires, de radars et de capteurs, pour mieux anticiper l'arrivée des algues.


#3 Eau : où est passé l’argent ?

Une grande majorité des Guadeloupéens n'a pas d'eau tous les jours à cause d'un défaut d'entretien des canalisations. Le réseau perd entre 60% à 90% de son rendement avant que l'eau n'arrive au robinet.

Pour pallier ce réseau de distribution hors service, des coupures sont organisées en "tour d'eau", un calendrier censé alimenter les communes en alternance et permettre aux habitants d'organiser leur vie en fonction de l'heure des coupures.

Face à cette incongruité, le président s’est rendu dans le quartier de Caraque dans les Grands Fonds en Guadeloupe où la population est confrontée à ces coupures d’eau.
 
Emmanuel Macron aux Grands Fonds en Guadeloupe
Emmanuel Macron aux Grands Fonds en Guadeloupe ©Eliot BLONDET / AFP / POOL


Emmanuel Macron a rappelé que l’eau n’était pas "une compétence de l'État", et a déploré la mauvaise gestion du réseau, par les opérateurs et collectivités. "L'argent est bien passé quelque part, mais pas dans les canalisations", a-t—il ironisé.

Le chef de l'État note aussi que "36% des gens ne payent pas l'eau". Contre 15% des habitants qui n'ont pas d'eau au robinet. "Il faut améliorer le service et il faut que tout le monde joue le jeu, il n'y a pas de miracle", a-t-il déclaré.

Un peu plus tard, devant quelques dizaines d'usagers et élus, Emmanuel Macron a ajouté:

Plusieurs milliards d'euros sont sortis du système. Je souhaite qu'on puisse établir toutes les responsabilités, qu'elles soient financières ou pénales", a-t-il dit.


"Il faudra de la pédagogie, et qu'on ramène tout le monde à payer l'eau de manière normale", a-t-il ajouté. Ecoutez Emmanuel Macron interrogé par notre confrère de Guadeloupe la 1ère :
 
©guadeloupe

En janvier, un plan d'urgence, financé par l'Etat et des collectivités à hauteur de 71 millions d'euros, a été voté. Il doit aboutir à la fin des tours d'eau d'ici deux ans.
 

#4 Saint-Martin : les bailleurs pointés du doigt

D'une intensité sans précédent sur l'Atlantique, avec des vents de plus de 350 km/h, Irma a fait 11 morts à Saint-Martin et endommagé 95% du bâti les 5 et 6 septembre 2017.

Un an après après la catastrophe, le président a du faire face aux impatiences de la population qui trouve que la reconstruction ne va pas assez vite.      

Beaucoup a été fait pour rétablir l'eau, l'électricité, le téléphone, commencer à reconstruire de manière durable et exemplaire et sans perdre de vue la responsabilité qui est collectivement la nôtre de ne pas reproduire" les erreurs, a –t-il déclaré.


Pour accélérer la reconstruction, le chef de l'Etat a demandé à "tous les bailleurs d'avoir réalisé les travaux d'ici le 31 décembre". Sinon "le préfet pourra enclencher une procédure pénale considérant qu'ils relèvent de la catégorie des marchands de sommeil". Il a par ailleurs dénoncé les pratiques de bailleurs qui parfois triplent le loyer des locataires car "ils sont quelques-uns à tenir l'île".
 
En avril 2019, un comité de la reconstruction "fera le point de l'avancement du chantier" de reconstruction. "Juste avant ce comité, la ministre reviendra pour voir les avancées sur le terrain et constater ce qui a fonctionné et ce qui n'a pas fonctionné".
 
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Concernant la couverture des sinistres par les assurances, "une concertation sur la refonte des dispositifs de catastrophes naturelles en vue d'un système plus rapide, plus généreux mais aussi plus incitatif" sera organisée d'ici l'été 2019.

Les entreprises vont, elles, bénéficier d'une prolongation de mesures d'aides économiques mises en place après Irma, comme le moratoire sur les charges sociales.

Il faut "que les assurances soient bien au rendez-vous et ne majorent pas les primes indûment"; ou que "les entreprises ne triplent pas, car c'est leur bon vouloir, le prix de la réparation d'un toit ou d'une fenêtre", a-t-il déclaré Emmanuel Macron.
 
"Nous lancerons des contrôles, des sanctions seront prises, et la justice sera saisie chaque fois que nécessaire. C'est ce que nous vous devons", a aussi lancé le chef de l'Etat.

Concernant la gestion des risques naturels, l'Etat présentera les nouvelles cartes des risques tsunami, séisme et cyclone d'ici la fin de l'année. Pour l'ensemble des Outre-mer, un "plan d'action spécifique pour les risques naturels sera traduit dans un projet de loi".


#5 Abattement fiscal : la grogne des élus d’Outre-mer

Instauré en 1960, cet abattement fiscal Outre-mer  est destiné à atténuer les effets du coût de la vie. L’abattement sur le montant de l’impôt est de 30 % en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion, et de 40 % en Guyane et à Mayotte.

Dans le livre bleu remis au président fin juin 2018, une réforme de cet abattement fiscal est prévue. Le président de la république a tenté de faire le service après-vente de cette réforme en déclarant qu’elle n’allait "concerner que les 4% les plus riches".

Les 70 millions d'euros que cette réforme permettra de dégager "seront intégralement réinvestis dans des projets en Outre-mer", a-t-il assuré.
 
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#6 Hôpital : pose de la première pierre en Guadeloupe

Emmanuel Macron a annoncé le déblocage de 40 millions d'euros pour l'hôpital de Martinique, tout en insistant sur la nécessité d'une mutualisation de certaines spécialités avec la Guadeloupe.

En Guadeloupe, le président a posé la première pierre du nouveau CHU. Il y a moins d’un an, l’hôpital historique a été ravagé en partie par un incendie. Le personnel hospitalier s’organise pour continuer à assurer les soins dans des conditions difficiles. Le président a dû faire face à la colère des soignants. Regardez le reportage de Guadeloupe la 1ère ci-dessous :
 
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