Cérémonie du 10 mai : le silence d'Emmanuel Macron est "d'une grande violence"

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Macron 10 mai
Emmanuel Macron a assisté à la désormais traditionnelle cérémonie du 10 mai 2021 dans le jardin du Luxembourg, sans prendre la parole. ©Ian LANGSDON / POOL / AFP

Le président de la République a assisté ce lundi à la cérémonie du 10 mai, journée nationale des mémoires, de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions. Comme annoncé sur le programme, le chef de l'État n'a pas prononcé de discours à cette occasion, provoquant des réactions d'indignation.

Absent en 2020, Emmanuel Macron a assisté ce lundi à sa troisième cérémonie du 10 mai depuis son élection en 2017. Une commémoration d'une vingtaine de minutes au cours de laquelle le président de la République ne s'est pas exprimé. Plusieurs personnalités ont partagé leur colère face à ce silence du chef de l'État, alors que l'événement marque les 20 ans de la loi Taubira qui a fait de l'esclavage un crime contre l'humanité. 

Un silence "édifiant"

Interrogée par la journaliste Kessi Weishaupt au terme de la cérémonie, Christiane Taubira a exprimé sa colère en direct, surprise que le chef de l'État ait décidé de ne pas s'exprimer. "Un silence peut être solennel. Ceci étant, il est quand même édifiant que le président de la République n'a rien trouvé à dire sur plus de deux siècles de l'Histoire de la France, alors qu'il y a cinq jours il faisait des gammes sur Napoléon Bonaparte, s'est étonnée l'ancienne garde des Sceaux, alors que le chef de l'État avait pris la parole à l'occasion du bicentenaire de la mort de Napoléon le 5 mai dernier. On a le droit d'avoir les fascinations qu'on veut. Ceci étant, lorsqu'on a le culte des héros, c'est une époque qui ne manque pas de figures héroïques." Christiane Taubira a ensuite quitté, visiblement agacée, le plateau de Guyane La 1ère d'où elle était en direct, alors que l'émission touchait à sa fin. 

 

"Une mémoire de droite et une mémoire de gauche?"

Rappelant, lui aussi, le récent discours d'Emmanuel Macron à l'occasion de la commémoration du bicentenaire de la mort de Napoléon, qui a rétabli l'esclavage en 1802, l'historien François Durpaire s'interroge :"Est-ce que ça veut dire que dans l'esprit du chef de l'État, il y a une mémoire de droite qu'il faudrait flatter à un an de la présidentielle? Et il y aurait une mémoire de gauche ou des Ultramarins qui est celle de l'esclavage? C'est un peu dommage parce que là on est sur une mémoire républicaine, et c'est surtout les 20 ans de la loi Taubira." 

Ce 10 mai 2021 marque en effet les 20 ans de la loi qui, en france, a fait de l'esclavage un crime contre l'humanité. Portée à l'époque par celle qui était alors députée de la Guyane, Christiane Taubira, elle a été votée à l'unanimité par le Sénat, en deuxième lecture. François Durpaire rappelle également les discours des anciens chefs de l'État lors des précédentes commémorations, notamment celui de Jacques Chirac lors de la première cérémonie en 2006 quand il disait "il faut regarder le passé en face".

"Guerre civile mémorielle"

Également invité de l'émission spéciale, Emmanuel Gordien craint que l'attitude du chef de l'État ne provoque "une guerre civile mémorielle". "Il ne faudrait pas que l'État fasse des actes qui soient perçus comme une insulte à la mémoire des victimes de l'esclavage." Le président du Comité Marche 98 invite Emmanuel Macron à "honorer le 23 mai", date de commémoration des victimes de l'esclavage. "Je ne me satisferai pas que l'on m'explique que les deux dates sont trop rapprochées, je ne me satisferai pas que l'on me dise qu'il y a l'emprise de la Covid, je la connais très bien, c'est l'objet de mon métier, tempête le virologue. Je souhaite que notre pays ne soit pas que le pays des déclarations !"

Je pense que nous faisons fausse route sur la question de la mémoire de l'esclavage. Je crois qu'il y a un formidable moyen ici d'éduquer toute notre société, de lutter de façon extrêmement claire et précise contre le racisme anti-nègre, il y a le moyen de développer la fraternité, sans quoi nous allons tout droit vers une guerre civile mémorielle.

Emmanuel Gordien, président du CM98


L'artiste martiniquaise Marie-José Alie a, elle aussi, réagit avec indignation au silence du président de la République : "Je suis consternée et je trouve que le silence du président de la république est d'une grande violence. Tous les présidents qui l'ont précédé se sont exprimés. Si le président ne s'exprime pas alors qu'il s'exprime au sujet de Napoléon Bonaparte, ça a un sens, ça veut dire quelque chose !" Revenant sur la cette date symbolique de 2021 et les 20 ans de la loi Taubira, elle s'étonne : "C'était ça l'expression au niveau suprême de l'État? Il y a un problème."