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Chronique du nickel : en Chine, les usines tournent à plein régime (et c’est bon pour le nickel)

chronique économique
NICKEL
Ouvriers chinois pendant la construction de l'usine du Nord en Nouvelle-Calédonie ©Alain Jeannin
Le secteur manufacturier Chinois surprend par son dynamisme. Les métaux industriels et le nickel réagissent par un regain d’optimisme. Malgré la nouvelle volte-face de l’Indonésie qui a repris certaines exportations de minerai…
 
Les cours à trois mois du nickel ont fini la semaine en légère hausse à la Bourse des métaux de Londres, à la faveur de l’accélération surprise de l’activité industrielle en Chine. L’indice manufacturier (PMI Caixin-Market) a atteint son meilleur niveau depuis février 2017. L’activité industrielle a notamment bénéficié d’une augmentation de la production et des exportations. Les derniers propos optimistes de Donald Trump indiquant que la Chine et les Etats-Unis pourraient signer un premier accord commercial ont également contribué à faire grimper les métaux industriels. Seule fausse note, la balance commerciale de la Corée du Sud, souvent considérée comme un baromètre du commerce mondial, a chuté de deux points.

Le nickel en grande forme
Accélération inattendue de l'activité manufacturière en Chine, léger vent d’espoir soufflant dans les relations commerciales, vendredi soir à Londres les clignotants du LME sont tous repassés au vert, à commencer par ceux du nickel. Et ce n’est pas le méli-mélo de l’Indonésie qui vient d’annoncer une reprise provisoire de certaines exportations de minerai – après avoir annoncé un embargo à effet immédiat 48 heures auparavant - qui y changera quelque chose. À ce sujet, on rappellera les propos d'un analyste français, en 2017 à Londres .

À la différence de bien des pays, la Nouvelle-Calédonie est considérée ici à Londres comme un important producteur fiable et transparent. C’est ce qui contribue aussi à sa crédibilité industrielle auprès des acteurs du LME. Le Territoire produit et livre son nickel. Pas de spéculation, pas de manipulation. 

Boris Mikanikrezai, expert en stratégie des métaux pour Fastmarkets 

Les aciers-nickel trés demandés
Le principal métal de l’inox et des batteries électriques a terminé le mois d’octobre en baisse de 2,4 %. Mais ce n’est pas un sujet d’inquiétude, les cours restent élevés. Les stocks de nickel pur dans les entrepôts du LME ont baissé de près de 60 % le mois dernier, ils s’établissent à 66.990 tonnes (source Marex Spectron-LME), soit le niveau le plus bas depuis décembre 2008. Les cours à trois mois de "l’ingrédient de l’acier inoxydable" - pour reprendre les termes d’Anna Stablum, correspondante du LME à Singapour - ont progressé de 34,4 % au troisième trimestre. Qui dit mieux ? SMM, la publication de référence du marché de Shanghai rapporte que la production chinoise d’acier inoxydable a été de 22,5 millions de tonnes pour les neuf premiers mois de l’année, en hausse de 10,5 % par rapport à 2018. Pour entrer dans le détail, "la production de série 300 (6 à 26 % de nickel) a augmenté de 14,7 % en glissement annuel pour atteindre 10,7 millions de tonnes" selon l’Association chinoise des producteurs d’aciers spéciaux.

Nickel et voitures électriques
Dans ce contexte porteur pour la demande de nickel, même la chute importante, de 34 % en septembre, des ventes de voitures électriques en Chine n’a pas eu d’effet ravageur. Pékin a réduit ses subventions à l’achat, mais les analystes de Bloomberg prévoient un net rebond des ventes d’ici la fin de l’année tout en réduisant un peu leurs prévisions de ventes au quatrième trimestre : 1,4 million, contre 1,5 million auparavant. Morgan Stanley estime que le marché des batteries, pour les véhicules électriques, ne représente que 4 % de la demande en nickel mondiale en 2019, contre 68 % pour l'acier inoxydable. Ce chiffre est toutefois attendu en forte hausse, à 19 %, d'ici 2025. "On a du mal à se passer du nickel," note Laurent Petizon, analyste au sein du cabinet AlixPartners "et son utilisation est de plus en plus importante au sein des nouvelles technologies de batteries".

Croissance et environnement
Interrogés en ouverture de la LME-Week, un parterre d'acteurs du marché a d'ailleurs plébiscité le nickel, le plaçant au même niveau que l'or dans les métaux susceptibles de s'apprécier dans les 12 prochains mois. Cependant, les considérations écologiques, à envisager sur l'ensemble de la chaîne de valeur du véhicule électrique, pourraient assombrir le tableau. "Si on regarde l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement, une tonne de nickel génère 1,4 à 1,6 tonne de déchets," constate Georgie Wilkes, analyste de Sucden interrogé par l’AFP. "C'est un vrai défi pour le marché."

Nornickel géant russe
Le métallurgiste qui venait du froid, premier métallurgiste mondial du nickel, projetait de construire une usine sur la côte-Est de la Nouvelle-Calédonie au pied des gisements miniers et des massifs de Nakety et de Bogota, mais le projet n’a pas abouti. C’était il y a vingt ans. Norilsk vient d'annoncer une augmentation de 7 % de sa production de nickel raffiné au troisième trimestre de 2019/2018 "principalement en raison de l’augmentation de la productivité". La production de son usine finlandaise d’Harjavalta, construite sur le modèle du projet calédonien, a augmenté de 9 %.


Cours du nickel à trois mois au LME de Londres à 16 H GMT : 16.720 dollars par tonne (7,58 $/l) +0,18 %
 
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