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"Colère de Flic" : le témoignage exceptionnel d'un policier réunionnais en poste en banlieue parisienne

Un policier raconte ouvertement son quotidien de flic dans une brigade anti-criminalité de banlieue parisienne. Dans un livre, le Réunionnais Guillaume Lebeau dénonce le malaise qui grandit dans sa corporation, au risque de se faire révoquer. "Colère de Flic" sort ce mercredi. Témoignage.

"Colère de flic", le livre coup de poing du Réunionnais Guillaume Lebeau
  • Par Angélique Le Bouter
  • Publié le , mis à jour le
Il est rare qu'un policier en poste prenne la parole publiquement. Devoir de réserve, loi du silence, dans la profession tout semble fait pour étouffer les voix discordantes. Guillaume Lebeau, brigadier réunionnais, est l'un des porte-paroles des "Policiers en colère", un collectif de flics qui dénonce, depuis un an, le malaise qui grandit au sein de la profession. 

"Je vous livre ici ma vérité. Mon quotidien de policier à la BAC de Gennevilliers."


© Flammarion

Liberté d'expression et loi du silence

Après avoir demandé, à de nombreuses reprises au nom du collectif, à rencontrer les autorités, le ministre de l'Intérieur ou encore le président de la République - à chaque fois sans succès - le Réunionnais a choisi de se confier dans un livre.

"C'est une façon de plus d'attirer l'attention de la hiérarchie, des autorités, sur notre problème, explique-t-il. Et d'attirer l'œil du public sur le métier de policier."

Lanceur d'alerte

Dans "Colère de flic", Guillaume Lebeau ose s'exprimer ouvertement sur sa profession. Il raconte les bons et les mauvais moments qu'il a vécus au sein de la police nationale. Un témoignage fort et sans tabou.

À 32 ans, le brigadier réunionnais se considère comme un lanceur d'alerte. "On est là aussi pour donner l'alerte, pour dire que la profession va mal, que la profession est en danger." Après 12 ans dans la police, il tente d'attirer l'attention sur les difficultés des commissariats français, en dénonçant un manque constant de moyens, d'effectifs et de formations. 
Le 8 novembre 2016, lors d'une manifestation, des policiers regrettaient d'être devenus des cibles. © MIGUEL MEDINA / AFP
© MIGUEL MEDINA / AFP Le 8 novembre 2016, lors d'une manifestation, des policiers regrettaient d'être devenus des cibles.

Les raisons du malaise

Guillaume Lebeau regrette aussi que, dans les commissariats, les hiérarchies ne jurent que par les statistiques des procès-verbaux, des interpellations et des garde à vue. "Il y a quelque chose qui nous semble très important, c'est d'arrêter la politique du chiffre […] Ça crée un climat pas très sain au niveau de la population."

"Les personnes honnêtes ont toujours l'impression de payer pour ceux qui ne le sont pas", déplore le brigadier. Les conséquences sont perceptibles sur le terrain : la violence à l'encontre des policiers grandit. Insultes, agressions… les policiers se sentent mal-aimés, menacés.

Le drame de Viry-Châtillon

À Viry-Châtillon, le 8 octobre 2016, deux voitures de police sont attaqués par un groupe d'individus cagoulés, munis de cocktails Molotov. Les véhiculent s'embrasent. Coincés à l'intérieur, deux des quatre policiers sont gravement brûlés, les deux autres sont plus légèrement blessés.

Dans les jours qui suivent, la grogne monte. Des centaines de policiers descendent dans la rue pour crier leur colère contre la haine anti-flic et leurs conditions de travail. C'est la naissance du mouvement des "Policiers en colère" dont Guillaume devient l'un des porte-paroles.
Le 26 octobre 2016, pour leur dixième manifestation consécutive, des policiers se sont rassemblés devant l'Assemblée nationale, afin de dénoncer l'attaque des quatre de leurs collègues à Viry-Châtillon, quelques jours plus tôt. © Simon Guillemin / Hans Lucas
© Simon Guillemin / Hans Lucas Le 26 octobre 2016, pour leur dixième manifestation consécutive, des policiers se sont rassemblés devant l'Assemblée nationale, afin de dénoncer l'attaque des quatre de leurs collègues à Viry-Châtillon, quelques jours plus tôt.

Les menaces de la police des polices

Les conséquences ne se font pas attendre. Pour avoir osé dénoncer les problèmes dans les commissariats, le Réunionnais est convoqué par l'Inspection Générale de la Police Nationale. Pourtant, "on ne parle pas d'enquête, d'affaires en cours, on ne fait pas de diffamation, on n'attaque pas les politiques, regrette Guillaume Lebeau. On ne fait que dénoncer le malaise dans notre travail!"

L'audition dure 6h et aboutit au classement sans suite de son dossier. "Je n'ai fait l'objet d'aucune sanction. Au contraire, le rapport reconnaît que je suis un fonctionnaire bien noté, un 'élément de valeur, très investi dans l'exécution de ses missions, qui lui tiennent particulièrement à cœur', que je fais preuve 'de maturité' lors des interventions et que je suis 'discret et respectueux de la hiérarchie'."
Guillaume, le porte-parole réunionnais des policiers en colère, avait été entendu par l'IGPN en novembre 2016. © LP
© LP Guillaume, le porte-parole réunionnais des policiers en colère, avait été entendu par l'IGPN en novembre 2016.

"Colère de flic" (Flammarion) sort le 1er octobre 2017.  L'ouvrage est co-écrit par David Ponchelet (rédacteur en chef à La1ere.fr). Pour aller plus loin, regardez le reportage de France Ô et Outre-mer 1ère : 
"Colère de flic", le livre coup de poing du Réunionnais Guillaume Lebeau

 

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