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Comment préserver le patrimoine culturel subaquatique ultra-marin ?

Les vestiges historiques et archéologiques engloutis au fond de l’eau seraient plus de 3 millions dans le monde selon l'Unesco, dont 200 000 dans les eaux françaises, notamment au large des territoires d’Outre-mer... Et il faut veiller à leur préservation.

Michel L'hour est le directeur du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM) © FRED TANNEAU / AFP
© FRED TANNEAU / AFP Michel L'hour est le directeur du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM)
  • Par Julie Straboni
  • Publié le
Pour protéger les biens culturels immergés, il faut d'abord les inventorier. C'est le travail entrepris par le DRASSM, le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, qui a été créé en 1966. Si la France s'est d'abord intéressée à ses frontières maritimes hexagonales, à la mer Méditerranée puis à sa façade atlantique, elle a décidé au début des années 2000 de mettre un accent particulier sur la protection, la valorisation et l'étude du patrimoine subaquatique des territoires d'Outre-mer.
 

"95% des espaces maritimes français se trouvent en Outre-mer. Cela veut dire qu'il y a, à la fois un patrimoine géographique immense et nécessairement un patrimoine culturel subaquatique très important, logé, localisé dans les mondes ultra-marins"

- Michel L'hour, président du DRASSM

 

Un patrimoine qui attire les convoitises

Débris d'aéronefs, objets isolés, épaves de bateaux, restes de constructions portuaires : qu'ils dorment au fond des océans, de grottes, de lacs ou de rivières, ils intéressent ce service qui dépend du ministère de la Culture. Des vestiges menacés par les destructions liées au pillage de certaines sociétés qui récupèrent les cargaisons, ainsi que par l'activité industrielle comme la pêche au chalut. Et en l'absence de témoins occulaires, la menace a peu de chance d'être rapportée.

En 2001, l'Unesco conviait les états à signer la Convention pour la protection du patrimoine culturel subaquatique. 61 pays l'ont ratifié, ce qui leur a permis de se doter d'une législation et d'avoir accès à des instruments pour poursuivre les navires qui se livreraient à des prélèvements.

"La France n'est pas à l'abri du pillage mais elle a des services spécialisés, et nous formons les gendarmes et les douaniers. On a des actions de lutte régulières avec les services de police, et des dossiers en contentieux devant la justice. Mais à l'échelle de la planète je dirai qu'on est l'un des pays où le patrimoine immergé est le mieux protégé."

- Michel L'hour, président du DRASSM

Relevé en 2018 sur l'épave Sud Barachois 2 à Saint-Pierre et Miquelon, un navire de commerce ou de pêche de la fin du XIXe siècle © Teddy Seguin/DRASSM
© Teddy Seguin/DRASSM Relevé en 2018 sur l'épave Sud Barachois 2 à Saint-Pierre et Miquelon, un navire de commerce ou de pêche de la fin du XIXe siècle

Cinq projets ultra-marins retenus en 2019

Tous les ans une centaine de projets d’expertise, de recherche et d’étude sont menés en France par le DRASSM. En 2019, cinq sites ont été retenus en Outre-mer.

Aux Antilles : L’arc antillais est l’objet d’attentions régulières. Une étude est en cours aux Saintes, en Guadeloupe. Cela se passe dans la rade de Terre-de-Haut, avec la suite des fouilles de l'épave de L'Anémone, une goélette de la Marine royale coulée au XIXe siècle lors d'un cyclone.

En Guyane : Michel L'hour se rendra dans l'ouest du territoire courant septembre, où l'on recherche l'épave du Leusden à l'embouchure du fleuve Maroni. Ce navire négrier était parti du Ghana pour rejoindre le Surinam. Il a sombré en 1738 avec 700 Africains réduits en esclavage à son bord. 684 ont perdu la vie.

A Mayotte : Le projet s'intéresse aux pièges à poisson se trouvant sur le littoral. Un travail d'identification, de géolocalisation, de catégorisation et de contextualisation qui complète l'étude ethnologique réalisé par le Service départemental du patrimoine.

A la Réunion : Travaux d’archéologie préventive à la nouvelle entrée ouest de Saint-Denis (recherche de vestiges de pièces métalliques, de restes de débarcadère…).

A Saint-Pierre et Miquelon : Le travail initié en 2016 se poursuit. La campagne 2019 est consacrée à Miquelon pour la recherche de sites sous-marins, tant sur le littoral de l’isthme de Miquelon-Langlade qu’au sein des étangs et lagunes de Grand Etang et du Grand Barachois.

Deux épaves suscitent l'intérêt du DRASSM

La Monique en Nouvelle-Calédonie et Le Ravenel à Saint-Pierre et Miquelon sont "des naufrages relativement récents (respectivement 1953 et 1962) mais qui sont extrêmement présents dans la mémoire locale, assure Michel L'hour. Nous les considérons comme des sites historiques importants. La Monique c'est une disparition mystérieuse, il y avait beaucoup de passagers, cela a marqué l'histoire de la Nouvelle-Calédonie. Tout comme la disparition du chalutier Le Ravenel est inscrite dans les esprits à Saint-Pierre et Miquelon. Quand on arrive dans l'archipel et qu'on prononce le mot "épave", 100% des Saint-Pierrais et des Miquelonais vous répondent "Le Ravenel". On a dans nos cartons des projets de recherche."

Quand le SHOM (Service hydrographique et océanographique de la Marine) mène des campagnes sur ces zones, le DRASSM attire l'attention des équipes sur la possibilité de retrouver ces bateaux. La Nouvelle-Calédonie et la Polynésie gèrent leurs espaces maritimes, mais le DRASSM peut intervenir sur demande spéciale des gouvernements locaux.

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