Concours de plaidoiries : le 2e prix pour une lycéenne de Guadeloupe et les enfants esclaves d’Haïti

découverte
Séphora Joseph
Séphora Joseph a déclamé sa plaidoirie sur la scène du Mémorial de Caen vendredi 24 janvier. ©Chloé Borgnon
Séphora Joseph a remporté le 2e prix du concours national de plaidoiries des lycéens en dénonçant la situation des "restavek", enfants haïtiens défavorisés souvent victimes d'esclavage et d'abus sexuels. La lycéenne de Guadeloupe a défendu sa cause vendredi en finale au Mémorial de Caen. 

Mesdames, Messieurs,
aujourd’hui, je vous emmène dans la Caraïbe. Nous n’y allons pas pour visiter des plages de sable fin ou des paysages exotiques. Je vous emmène sur l’île la plus pauvre des Caraïbes, Haïti (…) En théorie, l’esclavage y a été aboli dès 1804 mais, si l’on regarde la définition qu’en donne l’ONU, on est en droit de se poser la question de sa réelle abolition en Haïti.


C’est par ces mots que Séphora Joseph a entamé son exposé sur la scène installée dans l’enceinte du Mémorial de Caen, le musée d’Histoire de la ville normande. Élève au Lycée Yves Leborgne à Sainte-Anne en Guadeloupe, la jeune femme représentait les lycées d'Outre-mer au concours national de plaidoiries pour les Droits de l'Homme. Avec son plaidoyer, intitulé "Haïti, l’esclavage une marque à vie", elle voulait "attirer l’attention des gens sur une cause qu’on croit oubliée, les 'restavek', et finalement qui persiste encore." En terminant à la deuxième place du concours, la jeune femme semble avoir atteint son but. 
   

Son travail récompensé

"J'avais entendu parler des 'restavek' mais je pensais que ça n'existait plus, explique la jeune femme de 17 ans. Mais mon frère m'a expliqué qu'il y en a encore aujourd'hui. Ça me paraissait tellement incompréhensible que je me suis dit qu'il fallait que j'en parle." Née en Guadeloupe d'une famille d'origine haïtienne, Séphora choisit donc de faire connaître la situation difficiles de ces enfants haïtiens confiés à une autre famille que la leur, comme domestiques. Une situation qui vire souvent à l'esclavage. 

Citant l'ONU, le Code Noir ou encore Frantz Fanon, la lycéenne rappelle qu'un enfant sur dix en Haïti est aujourd'hui encore concerné. Les deux tiers sont des filles, poursuit Séphora face au jury, présidé par le photographe de guerre Patrick Chauvel, et face aux centaines de spectateurs présents. Son plaidoyer fait mouche puisqu'elle repart de Caen avec un prix.


"Bienveillant, lucide mais sans complaisance"

"À travers toi, au travers de tous ceux et celles qui ont plaidé aujourd’hui, on voit une jeunesse engagée, une jeunesse exigeante qui porte un regard bienveillant, lucide mais sans complaisance sur notre monde. Et je pense que ça nous est très utile, lui a confié Eric Chenut, le vice-président délégué à la MGEN, en lui remettant le prix. Nous qui sommes engagés avec 'Solidarité Laïque' en Haïti depuis plusieurs années, on a retrouvé certains des sujets qui existent là-bas, qui sont portés. Et vraiment un grand merci pour ce que tu as dit pour eux!"

"Merci parce que j'ai voulu porter ce message de ces enfants qu'on oublie souvent parce qu'on se dit 'c'est fini' mais non, en fait, ce n'est pas fini", 
a conclu la Guadeloupéenne avant de remercier son professeur et son lycée. Elle remporte un week-end pour deux personnes dans une capitale européenne. 
 

Les Droits de l'Homme, pas de l'esclave

Le premier prix du concours revient à Sylvère Gaucher pour sa plaidoirie "Né sous XXY". Le lycéen de la Loire a remporté un séjour de 3 jours à New York où il pourra visiter l'ONU. 

Le prix Reporter sans frontières est allé au Brestois Jean Franco Fernandez Leonarte pour sa plaidoirie "Lybie, la situation chaotique des migrants esclaves". Alia Ijioui remporte le prix du jury lycéen et celui d'Amnesty Internationale pour "Une usine à bébés nigérienne".
 
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