Conflans-Sainte-Honorine : les enseignants ultramarins de région parisienne se mobilisent

terrorisme
Manif place de la République, enseignant décapité
De nombreux professeurs étaient présents dans la manifestation dimanche, place de la République à Paris ©Michel Stoupak / NurPhoto / NurPhoto via AFP
À la suite de l’attaque terroriste perpétrée à Conflans-Sainte-Honorine, un enseignant de 47 ans a été décapité, de nombreux collègues lui ont rendu hommage. En région parisienne, certains d’entre eux sont originaires des Outre-mer et se sentent pleinement solidaires. Témoignages.
L’ensemble du corps enseignant est encore sous le choc à la suite de l’attaque terroriste perpétrée vendredi 16 octobre aux abords du collège de Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines. Cette attaque, perpétrée par un terroriste islamiste de tout juste 18 ans, visait Samuel Paty, 47 ans, qui enseignait l’histoire et la géographie. L’assaillant l’a décapité à la sortie du collège, en guise de représailles, car le professeur avait montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves, dans le cadre d’un cours d’enseignement moral et civique. 

À la suite de cette attaque, de nombreux rassemblements à la mémoire de Samuel Paty ont été organisés dans toute la France. Elèves, parents, anonymes… La mobilisation est grande. En tête de cortège : les enseignants, qui appellent à la solidarité.
 

“Nous faisons exactement le même métier”

Pour Keiran Ducteuil, lui aussi originaire de Martinique, qui enseigne l’histoire et la géographie au lycée, cette attaque terroriste “aurait pu toucher n’importe quel enseignant”. Il sort tout juste d’un rassemblement en hommage à Samuel Paty organisé ce lundi à Cergy et dit être “sidéré”. “J’ai appris la nouvelle vendredi, à la radio, alors que j’étais sur la route. Evidemment, ça a été immédiatement l’horreur. Et aujourd’hui encore, on est dans l’horreur”, déclare-t-il.

Ce sentiment d’horreur est partagé par la Martiniquaise Coralie N. (nom d’emprunt). Elle aussi enseigne l’histoire et la géographie dans un lycée de région parisienne. “Samuel Paty et moi faisons exactement le même métier et j’ai réalisé avec horreur ce qu’il s’est passé vendredi. C’est très déstabilisant parce qu’on se dit que ça aurait pu être n’importe lequel d’entre nous”, témoigne Coralie.


Parler de la liberté d’expression pour “former des futurs citoyens” 

Pour ces deux enseignants, il est plus que jamais important de pousser les élèves à se questionner sur la liberté d’expression. Que ce soit lors de débats en classe ou d’ateliers qui s’inscrivent dans le cadre de l’enseignement moral et civique (EMC). Mis en place en 2015, l’EMC regroupe un ensemble d’enseignement d’éducation civique, juridique et sociale destinés aux élèves de la seconde à la terminale. 

Quand on fait ce métier, qu’on enseigne cette matière, on forme des futurs citoyens. Alors on doit continuer à travailler avec eux sur ces questions. C’est important, ils en ont besoin pour qu’ils comprennent tous que l’on est dans une démocratie, dans une société où l’on a le droit de parler, de s’exprimer même quand on n’est pas d’accord”, affirme Coralie. 

Bon nombre de mes élèves sont au fait des questions autour de la liberté d’expression, comprennent ses enjeux et ses limites. Et on continuera à enseigner, on continuera à utiliser tous les documents nécessaires et autorisés dans les limites de la loi, y compris des caricatures, pour qu’ils puissent encore s’y intéresser”, martèle Keiran Ducteuil.
 
C'est quoi, l'enseignement moral et civique ?
Entré en vigueur lors de la rentrée scolaire de 2015, l'enseignement moral et civique, dit "EMC", est enseigné au collège et au lycée. Créé sous l'impulsion de François Hollande qui souhaitait "réaffirmer les valeurs de la République" , l'EMC doit permettre aux élèves de questionner et comprendre les "principes qui fondent la République et la démocratie". Liberté d'expression, droits civiques, citoyenneté, vivre ensemble... Ces notions sont dispensées, la plupart du temps, par un enseignant d'histoire et géographie. 
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