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Si le bout du monde existe, il est peut-être sur l'île française d'Amsterdam, dans le sud de l'océan Indien. C'est sur ce petit caillou de 58 km² qu'ont été recueillis deux marins rescapés de la Golden Globe Race. Sur cette île, une base française où vivent 24 personnes. Découverte.
 

Deux marins secourus

Mardi 25 septembre 2018, le quotidien des 24 personnes qui vivent en ce moment sur l'île d'Amsterdam a été marqué par un événement extraordinaire : le patrouilleur maritime français Osiris a acheminé deux marins rescapés de la Golden Globe Race. L'un d'eux, le skipper indien Abhilash Tomy, est sérieusement blessé. 

© Taaf

Contacté par La1ere.fr, Luc Lauverjat, le chef de district des îles Saint-Paul et Amsterdam, ne veut pas s'étendre sur l'état de santé du marin. Il explique qu'il est "sérieusement blessé, même s'il n'y a pas d'inquiétude pour sa vie. Il est en tout cas soulagé d'être sur la terre ferme".  

Luc Lauverjat / marins secourus

© Chloé Tonton

"Simplicité"

Jeudi 27 septembre, une frégate australienne doit arriver au large d'Amsterdam afin de prendre en charge et rapatrier en Australie les deux marins sauvés des eaux. Une extraordinaire parenthèse de quelques jours se refermera pour les 24 hivernants d'Amsterdam. "Nous sommes tous heureux de porter assistance. J'ai été surpris de la simplicité avec laquelle l'accueil des deux rescapés a eu lieu sur la base", raconte Luc Lauverjat.

Les vrais héros, ce sont les marins de l'Osiris, qui ont mis leur petit Zodiac à l'eau dans des conditions de mer extrêmement difficiles pour aller récupérer Abhilsah Tomy, allongé dans son bateau.

Ensuite, l'Osiris est venu jusqu'à Amsterdam. Les deux rescapés ont été transférés en Zodiac. Puis Habilash a été pris en charge à l'hôpital de la base, par le médecin. Il faut savoir qu'ici, sur l'île, tout le monde est formé aux gestes de secours,afin d'assister le médecin. Chacun, qu'il soit à l'origine botaniste ou spécialiste de maintenance mécanique, est appelé à intervenir en cas de besoin, ce qui s'est produit, mardi.

Cela s'est fait  avec simplicité. Ils ont été accueillis naturellement dans notre petite communauté.


- Luc Lauverjat, chef de district de Saint-Paul et Amsterdam

© Chloé Tanton

Une île au bout du monde

Amsterdam est une île de 58 km² administrée par les Terres Australes et Antarctiques Françaises, sur laquelle, depuis les années 1950, la France assure une présence permanente. La durée moyenne de séjour des personnels sur place est de douze mois. En ce moment, 24 personnes vivent sur la base Martin de Viviès. Comme l'explique le chef de district, certains sont scientifiques, ils effectuent des recherches sur la qualité de l'air, Amsterdam étant l'une des îles les plus éloignées de tout continent, ils s'intéressent également à la flore et à la faune comme les Albatros d'Amsterdam, une espèce endémique en voie de disparition. D'autres assurent la logistique sur la base : il y a notamment un cuisinier et un médecin. Enfin, des militaires assurent la souveraineté française tout en prenant en charge certaines missions logistiques.Les âges, les profils sont très variés. Aujourd'hui, le plus jeune est âgé de 23 ans, le plus vieux a 57 ans. C'est une petite communauté très soudée, explique Luc Lauverjat.

Luc Lauverjat : Amsterdam, une communauté très soudée

© Léa Gest

Comme un bateau immobile

Le climat d'Amsterdam est moins rude qu'à Kerguelen ou Crozet, qui sont dans les 50è rugissants. "Mais ici, il y a souvent énormément de vent. Le temps change très rapidement. En altitude, (l'île volcanique culmine à 880 mètres), les conditions peuvent être très rudes. C'est comparable aux conditions qu'on peut rencontrer en mer. 

Isolés, mais pas de solitude

Arrivé sur place il y a un mois, lors de la dernière rotation en date du Marion Dufresne, Luc Lauverjat, explique que contrairement aux idées reçues, on ne ressent pas de solitude, sur cette île du bout du monde.

Luc Lauverjat : au bout du monde, on se sent bien

"Les conditions de vie sont confortables. Nous prenons les repas ensemble et lorsqu'on effectue des missions à l'extérieur de la base, cela se fait toujours à plusieurs, pour des questions de sécurité, afin de pouvoir donner l'alerte en cas d'accident. La première expérience ici, c'est l'aventure humaine. On est isolé, mais ensemble. Notre point commun à tous à tous, ce qui nous soude, c'est le côté exceptionnel de ce que nous vivons. Nous avons tous choisi, et avons été choisis, pour vivre quelque chose d'exceptionnel dans un endroit exceptionnel".

© Chloé Tanton

Pas de télé, ni de téléphone portable

Pour les 24 hivernants, "la seule différence avec la vie normale, c'est que nous n'avons pas la télé, ni de téléphones portables. En revanche, même si le débit est très faible, nous envoyons beaucoup d'e-mails pour communiquer avec l'extérieur", dit le "Disams" (l'acronyme pour "chef de district d'Amsterdam). Durant douze mois,Luc Lauverjat assure cette fonction de représentant de l'autorité sur ce minuscule territoire. Il est tout à la fois maire, douanier, officier de police judiciaire. "Au delà de toutes ces missions, la principale est de veiller au bon fonctionnement de la base et de l'équipe", explique-t-il. "Bien sur, dans une petite communauté avec des profils très différents, des tensions peuvent apparaître. Pour l'instant, il n'y en a pas. Nous sommes soudés".

Luc Lauverjat : la vie en communauté

En temps normal, dans la vie ordinaire, Luc Lauverjat est responsable d'un service municipal dans une petite commune du nord de Grenoble. "Etre ici, c'est pour moi un rêve d'enfance, j'avais envie d'aller au bout du monde, je rêvais de pôle nord et de pôle sud. Il y a aussi cette dimension d'un boulot exceptionnel parce qu'on fait quelque chose d'extraordinaire au sens littéral du terme. Et puis, depuis mon arrivée il y a un mois, je découvre une nature incroyable. Je ressens un émerveillement de tous les instants".

© Chloé tanton

Prochaine visite

La prochaine visite qu'attendent les 24 hivernants, c'est à la fin du mois de novembre, celle du Marion Dufresne, le navire ravitailleur qui effectue quatre rotations par an. Ensuite, un bateau qui pêche la langouste sera de passage. Puis, de mars jusqu'à la fin du mois d'août, ce sera un océan de solitude et d'isolement, le véritable hivernage pourra débuter pour ces îliens du bout du monde. 

© Chloé tanton

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