À la nuit tombée, le stade Issa Madi Daoulab de M’zouzia, plonge dans l’obscurité et reste silencieux. Le cuir des ballons ne résonne plus. L’éclairage est hors d’usage. Le cyclone Chido a emporté tous les projecteurs, le portail et les grilles. Le terrain de football n’est plus praticable, l’équipe des séniors ne peut plus s’entraîner. Seules les sections jeunes peuvent répéter leurs gammes durant les après-midi.
Un dernier match de championnat de R1, était programmé après la catastrophe naturelle du 14 décembre. La ligue départementale décide de l’annuler et de mettre un terme à la saison 2024-2025.
Les Violets se classent à la 4ᵉ place.
Les Jumeaux symbole de la solidarité du village de M’zouazia
Un supplément d’âme plane sur le village de M’zouazia. La fraternité fait la fierté de ses habitants. L’ADN du club demeure la cohésion sociale et la vie communautaire.
" À la création, l'idée était d'unir les trois quartiers du village et faire un bloc tels des jumeaux. Nous voulions montrer au monde entier que nous sommes des frères et que nous sommes semblables. Il faut vraiment qu'on reste ensemble, qu'on joue ensemble et qu’on évolue ensemble", précise Kami Alonzo, président de l’association sportive de 2021 à fin 2024. Une similitude avec la célèbre maxime qui a mené l’équipe de France de Thierry Henry, Lilian Thuram et Zinedine Zidane à la finale de la Coupe du Monde 2006 : "On vit ensemble, on meurt ensemble."
Ces valeurs ont été portées par les Jumeaux de M’zouazia dans l’Hexagone jusqu’en 32ᵉ de finale de la Coupe de France en 2021.
Un parcours historique et triomphal
Pour l’ensemble du village de la commune de Bouéni, 2021 demeura la saison de tous les exploits. Les Jumeaux remportent le doublé, championnat et coupe de Mayotte. C’est le premier sacre régional 1 de leur histoire. Ils représentent l’archipel au 7ᵉ tour de la Coupe de France.
Le 13 novembre, ils s’imposent 1 à 5 contre le CS Plédran à Saint-Brieuc. Lors du 8ᵉ tour, les supporters mahorais se déplacent en nombre pour les encourager. Ils affrontent Plancoët-Arguenon au stade du Roudourou, l’enceinte du En Avant Guingamp, club de Ligue 2. Score final 3 à 1 pour les hommes de Djamaldine Ali. De retour dans l’île natale, ils sont accueillis comme des héros par toute la population. En décembre 2021, l’AJM dispute les 32ᵉ de final face aux Girondins de Bordeaux, pensionnaire de la Ligue 1 et sextuple champion de France. Les violets s’inclinent sur un score lourd de 10 à 0. C'est la deuxième formation mahoraise en deux années consécutives à atteindre ce stade de la compétition, après Le FC M'tsapere. Ces qualifications historiques exposent enfin le potentiel du football local.
Le développement du football en terre mahoraise s’accélère après l’arrivée de la « Royal Air Force »
Près de 30 ans après la première introduction du ballon rond dans l’île par les fonctionnaires malgaches, le club des Jumeaux de M’Zouzia est créé. A marée basse, la plage de Foungoujou, à Petite Terre se transforme le week-end, en terrain de football. L’équipe de Madagascar affronte régulièrement un groupe composé de jeunes de Labattoir. Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1943, le foot prend un véritable essor après l’arrivée de la « Royal Air Force », l’armée britannique. De plus en plus d’adolescents mahorais pratiquent ce sport.
À la fin de la guerre, des clubs fleurissent à Pamandzi, à Combani, à M’tsaperé. En 1950, les équipes de La Grande Comores, Anjouan et Mayotte disputent le tournoi "triangulaire" sur l’île hippocampe, dans l’objectif de développer le football et les relations amicales entre les jeunes. Cette compétition née d’une décision politique, ne durera qu’une dizaine de saisons. Les tensions sont vives entre les différents participants.
Le football devient un sport populaire à partir des années 1980. Des terrains de jeu sont construits dans chaque commune, puis dans tous les villages. À compter de 2002, Mayotte intègre la Coupe de France, au 7ᵉ tour. Quelques années plus tard, 120 clubs sont affiliés à la FFF.
L’association sportive socioculturelle des Jumeaux de M’zouazia se dote d’équipement pour améliorer les conditions d’entraînement des jeunes et se concentre sur la formation. Selon Kami Alonzo, au début des années 2000, le retour de certains jeunes au village, après leurs études supérieures dans l’Hexagone, permet de développer la formation. L’une des premières écoles de foot est construite dans le village de la commune de Bouéni. Toutes les générations, à partir des années 82 et jusqu'à aujourd’hui ont pu bénéficier de cet apprentissage qui nous a permis de prendre un peu d'avance sur les autres clubs."
L’actuel président de l’AJM, Mohamed El Djabar Mihidjay corrobore les propos d’Alonzo. "Le club a remporté 3 coupes départementales, consolidant sa position dominante dans la région… Les jumeaux ont mis en place des programmes pour les jeunes afin d’assurer un vivier de talents et de contribuer au développement du football mahorais."
Le club compte près de 250 licenciés. Il vise 300 adhérents cette saison et un titre départemental. Perturbée par les dégâts du cyclone Chido, la date du début du championnat n’a toujours pas été fixée par la ligue de Mayotte. Elle devrait être annoncée à la fin du Ramadan début avril.