Coronavirus: la polémique monte autour des tarifs du fret outre-mer

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Fret avion
©Martin BUREAU / AFP
La polémique enfle en Outre-mer sur l'augmentation des prix du fret de la compagnie Air France, la seule à maintenir des rotations avec les Antilles et la Guyane pendant la crise du coronavirus, que beaucoup jugent trop élevés.
Pour Jean-Claude Florentiny, président du Syndicat des commissionnaires en douane et transitaires de Martinique (SCDTM), "la situation est très préoccupante sur le fret aérien sur la destination Antilles/Guyane, puisque le coût du fret a été multiplié par deux, voire même par trois sur certaines destinationsDu coup, les produits alimentaires, dont le frais, n'échappent pas à cette augmentation", explique-t-il à l'AFP.
    
"Autre produit qui a subi une forte hausse, le matériel médical pour lequel on a constaté le même rapport en termes d'augmentation. Ce qui pose de gros soucis dans la mesure où ce sont des frais qui ne sont pas forcément répercutables en termes de ventes", ajoute M. Florentiny.
 

Des tarifs prohibitifs

Le surcoût est tel que la grande distribution n'a plus recours au fret aérien et se repose désormais entièrement sur la production locale et le fret maritime. "Ca ne sert à rien d'importer des produits qu'on ne pourra pas revendre", explique une source qui ne souhaite pas être citée. "Mais du coup, on a du mal à remplir les rayons ultra-frais" avec des produits comme les yaourts, le fromage ou la charcuterie, déjà moins disponibles et plus onéreux qu'en métropole en temps normal.
    

La colère des élus

Plusieurs élus des Antilles et de Guyane se sont émus de cette situation. Le député de Martinique Serge Letchimy a jugé, dans une lettre à la ministre des Outre-mer, "urgent de réguler cette situation qui doit exclure tout profit abusif", appelant à une grille tarifaire du fret "raisonnable et arrêtée".
    
L'ancien ministre et sénateur de Guadeloupe PS Victorin Lurel et deux autres parlementaires de Guadeloupe, Hélène Vainqueur Christophe et Victoire Jasmin, ont également demandé "que l'État puisse permettre d'assurer, par réquisition compensée, un plus grand nombre de liaisons aériennes qui permettraient de faire baisser les tarifs ou qu'il subventionne ces acheminements".

    
"Pas économiquement viable"

La région Guadeloupe a aussi regretté les "tarifs très augmentés" d'Air France, qui ne permettent pas, selon elle, l'exportation des melons de Guadeloupe et de Martinique. 
    
Dans un communiqué, Air France a rappelé qu'elle était "la seule compagnie" à avoir maintenu quatre vols réguliers entre la France hexagonale et les Antilles, "sans aucune réquisition d'État", "permettant le transport de passagers et de fret, dans le cadre de la continuité territoriale". "Sur ces quatre vols hebdomadaires, en dépit de la réduction de la capacité, nos tarifs pour le transport de fret sont restés stables depuis le début de la crise, en particulier concernant les marchandises de première nécessité, au premier rang desquels les équipements et le matériel médicaux", assure la compagnie.

Mais "afin de répondre à la forte demande", Air France a mis en place des vols supplémentaires avec "des appareils utilisés habituellement pour le transport de passagers, dont seules les soutes sont utilisées. L'utilisation de ces appareils uniquement à des fins de transport de cargo n'est pas économiquement viable en pratiquant les tarifs en vigueur sur les vols réguliers. Air France a dû par conséquent revoir ses tarifs à la hausse pour couvrir ses coûts sur ces vols", justifie la compagnie.
    

La réponse du gouvernement

Jeudi, le député GDR de Guyane Gabriel Serville a une nouvelle fois déploré lors d'une audio-conférence de la commission du développement durable de l'Assemblée qu'Air France "profite abusivement de sa situation de monopole pour augmenter le coût du fret aérien y compris de manière scandaleuse sur du matériel médical et paramédical". 
"Les prix pratiqués par Air-France s'agissant de l'affrètement des avions sont trois fois inférieurs aux prix actuellement pratiqués sur le marché", lui a répondu le secrétaire d'État chargé des Transports Jean-Baptiste Djebbari, précisant que ces prix avaient "été négociés par le gouvernement très en amont".

 
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