Coronavirus : une malédiction pour le sucre brésilien et le pétrole vénézuélien

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Un entrepôt de sucre de canne destiné à la production d'éthanol au Brésil ©Andrew Alvarez AFP
Les cours du pétrole et du sucre sont au plus bas. Et ils sont liés par la production d'éthanol, un biocarburant intégré à l'essence. Conséquence du coronavirus, le Venezuela et le Brésil, les deux géants du secteur sont pris dans la spirale baissière des deux matières premières.
La chute des prix du pétrole, conséquence de la pandémie de Covid-19 et de la récession mondiale qu’elle a déclenchée, entraîne les cours mondiaux de l’éthanol et du sucre dans son sillage. Le cours du pétrole renouait avec ses démons et plongeait lundi, au point de lâcher près de 30 %, lesté par une offre pléthorique, sur fond de pandémie de coronavirus. La chute du pétrole est catastrophique pour le Venezuela et elle entraîne le sucre brésilien.

Canne à sucre, éthanol, pétrole…
Le taux d’incorporation de l’éthanol dans l’essence, un biocarburant issu du sucre de canne, constitue le principal levier pour ajuster le débouché énergétique de la canne à sucre brésilienne. L’effondrement de la demande et des cours du pétrole, auquel s’ajoute celui de la monnaie brésilienne renforce la baisse des cours du sucre de canne. 55 % de la production du Brésil sert à produire de l’éthanol qui est mélangé à l’essence.
 
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Usine de production d'éthanol à partir de canne à sucre au Brésil ©Vanessa Carvalho AFP
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Dans la nuit de lundi à mardi, le baril de pétrole brut WTI (159 litres) valait 12,91 dollars à  New-York, en baisse de 23 %.

Le Venezuela et la malédiction du pétrole
Avec un baril de pétrole tombé à son plus bas niveau depuis 1998, la profonde crise économique au Venezuela va empirer au moment où le pays doit affronter la pandémie du coronavirus.
Selon le ministère du Pétrole à Caracas, le prix du brut vénézuélien (extra-lourd et de faible valeur) est descendu à 9,9 dollars le baril entre lundi et vendredi, du jamais-vu depuis 1998. Une telle situation peut se transformer en "Armageddon" pour le Venezuela, extrêmement dépendant des exportations d'or noir, relève un expert, interrogé par l'AFP. "C'est une situation particulièrement extrême". Le Venezuela a besoin normalement de cours supérieurs à 30 dollars pour que ce soit intéressant de continuer à forer. 

Crise et désastre économique
La baisse des cours depuis 2014 n'a cessé d'aggraver la crise économique qui frappe le Venezuela et qui a provoqué le départ de quelque 4,9 millions d'habitants depuis 2015, selon l'ONU. En six ans, l'économie s'est contractée de moitié. Et le niveau extrêmement bas des cours du pétrole assène un coup supplémentaire à une économie exsangue. Or, le pays sud-américain détient les plus grandes réserves pétrolières au monde. Mais le secteur est victime de la corruption et du manque d'investissements, selon les analystes et l'opposition vénézuélienne. Les raffineries sont délabrées et le brut vénézuélien est de piètre qualité si on le compare à celui qui a été découvert au large du Guyana. D’où les tensions territoriales entre les deux pays sous l’œil de la 7e flotte américaine qui veille sur le Guyana et le sécurise face aux visées de son grand voisin du nord, tout en protégeant aussi les gisements guyaniens exploités par…Exxon Mobil. "Le Brut du Guyana est de très bonne qualité, léger et pur, on est pas dans le cas très particulier du brut extra-lourd et polluant du Venezuela" a estimé Francis Perrin, directeur de recherches à l’IRIS sur les questions énergétiques.
 
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Raffinerie de pétrole à l'arrêt sur le lac Maracaibo au Venezuela ©Frederico Parra AFP

Une économie dépendante et affaiblie
En 2019, autour de 80 % des revenus du Venezuela provenaient du pétrole, d'après la société de conseils Ecoanalitica. Paradoxe, les pénuries de carburant se sont aggravées dans le pays ces dernières semaines et les pénuries de biens de première nécessité et de médicaments sont installées dans la durée. Le Venezuela, en confinement à cause du coronavirus, a connu jeudi dernier une deuxième journée consécutive de troubles dans des villes de province liés au manque de produits alimentaires. Sept personnes ont été blessées lors de manifestations qui, elles aussi, ont tourné aux pillages dans l'Etat de Sucre. 

Le cours du sucre fond
Le Brésil est le premier producteur mondial de sucre. Plus de 70 % du sucre échangé sur le marché mondial est brésilien. La baisse du real brésilien et les doutes sur la consommation, dans un contexte de confinement généralisé, sèment le doute sur l’état du marché. Les prix mondiaux du sucre, fixés à New-York, sont en chute libre. Les cours du sucre roux non-raffiné ont chuté d’environ 22 % en un mois, ils ont franchi un nouveau record à la baisse en douze ans, sous les 10 cents la livre de sucre brut, fortement pénalisés par la chute historique des cours du pétrole et la cherté du dollar.

Le cours du sucre brésilien lié au cours du pétrole
Les cours au plus bas du pétrole exercent une très forte pression sur les cours du sucre, car ils encouragent les raffineries à limiter l'utilisation de canne à sucre pour la production d'éthanol, ce qui a pour effet d'augmenter la disponibilité du sucre sur le marché mondial. La faiblesse du réal brésilien "qui s'échange toujours à un niveau proche du plus bas historique contre le dollar américain" accentue la pression sur le prix du sucre, a expliqué Michaela Helbing-Kuhl, analyste de Commerzbank.

A New York, le 27 avril sur le marché du NYMEX, la tonne de sucre de canne brut  pour livraison en juillet valait 317 dollars.
 
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Plantation de canne à sucre au Brésil destinée à la production d'éthanol pour l'essence ©Neslson Almeida AFP

 
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