Cuba : les transferts d’argent des Etats-Unis menacés

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Dollars Cuba
©YAMIL LAGE / AFP
Sept nouvelles sociétés cubaines, contrôlées par les militaires, sanctionnées par Washington. En particulier Fincimex, le partenaire des compagnies de carte de crédit et de Western Union à Cuba. Les Cubains pourraient éprouver des difficultés à recevoir des dollars de leurs proches résidant aux USA.
La liste des Interdits Cubains recense les entreprises sanctionnées depuis Novembre 2017. Elle comprend des dizaines, de sociétés et holdings, surtout des hôtels, qui appartiennent à l’armée cubaine. La loi US interdit toute activité entre des individus ou sociétés américains et les entreprises de cette liste. Malgré l’hostilité croissante, selon les sondages, de l’opinion publique, l’administration Trump a rajouté sept entreprises de l’île sur la liste. En particulier Fincimex, partenaire local des compagnies de cartes de crédit et de Western Union, spécialiste des transferts de fonds.
 

Un renforcement de l’embargo

La mise à l’index de Fincimex pourrait entraver la circulation des dollars sur l’île et en conséquence  renforcer l’embargo en cours depuis 1962 contre le seul pays communiste de la zone américaine. En 2019, Western Union aurait transféré plus de trois milliards de dollars à Cuba via Fincimex. L’administration Trump veut ainsi contraindre les autorités cubaines à effectuer des réformes démocratiques et à mettre fin à leur soutien au régime de Nicolas Maduro au Venezuela.

Ces entreprises sont utilisées par la dictature Castro pour opprimer le peuple cubain et pour financer l’ingérence du régime au Venezuela, au frais du peuple et des petites entreprises cubaines,” accuse le secrétaire d’état américain, Mike Pompeo.  “La présence de Fincimex sur cette liste va réduire le contrôle des devises par l’armée, puisque tout cet argent appartient au peuple cubain.”


“Trouvez une autre entreprise non-affiliée à l’armée!”

Washington affirme sommer la Havane de trouver ou créer une autre compagnie non affiliée aux militaires, avec laquelle des sociétés américaines pourraient travailler. “Si Cuba refuse de trouver une autre entreprise, l’administration Trump est prêt à mettre fin aux versements,” prévient John Kavulich, président du Conseil Economique et Commercial américano-cubain.

Il y a urgence. Les transferts de l’étranger et le tourisme sont les deux sources majeures de devises pour l’île. Et tout passait jusqu’à présent par Fincimex.
 

Situation déjà difficile avec la suspension du tourisme

L’allègement de l’embargo, des restrictions aux voyages et aux échanges par Barack Obama, avait facilité l’arrivée de dollars à Cuba.
Auparavant, déjà, la possibilité de louer des logements aux touristes avait constitué une sorte de mini privatisation partielle du tourisme. Elle a largement amélioré la vie de nombreux Cubains. Ainsi, jusqu’à une époque récente, Marie Ochoa-Gallego louait des chambres dans sa maison familiale de Trinidad, une localité proche de la mer, au sud de l’île : "J’arrivais à mettre de l’argent de côté avec Airbnb, des dollars" confie-t-elle à Outre-mer la 1ère.

Mais après 2017, les restrictions de Donald Trump ont affaibli le tourisme, notamment par l’interdiction des croisières de voyagistes américains. Et l’activité a subi un coup d’arrêt avec le covid-19, comme le regrette la propriétaire : "Depuis le ralentissement du tourisme ici, suite aux pressions de  Donald Trump et puis la mort de l’activité à cause de la pandémie, de nombreuses personnes souffrent déjà à Trinidad".
 

Inquiétude et réactions à la nouvelle sanction

La nouvelle sanction l’inquiète : "Je reçois de l’argent de temps en temps par Western Union de ma fille à Miami… Va savoir ce qui va se passer avec les versements…Maintenant cette histoire… va nous faire encore plus de mal".

En attendant, assise à son piano, au milieu de ses livres, de ses tableaux, et de ses vieilles photos, vestiges d’une époque où l’argent ne manquait pas, Marie est fataliste  "Je vis avec mes économies…Avec mes petits-enfants, on survit au jour le jour, grâce à Dieu".

La décision de l’administration Trump a été prise notamment pour séduire les dirigeants d’associations cubaines de Miami. Reste à savoir comment elle sera perçue par leurs membres qui envoyaient de l’argent à leurs familles restées dans l’île.

 
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