La danse, "un pont entre l’Afrique, la Caraïbe et l’Europe"

Maïthé Zinga est à la tête de MDF Studio, une association belge qui promeut les cultures afro-caribéennes. Née à Bruxelles d’une mère martiniquaise et d’un père angolais, cette professeure de danse s’échine à enseigner beaucoup plus que des pas de dancehall ou de Kuduro. Rencontre.
Au cœur de Schaerbeek, l’un des quartiers cosmopolites et populaires de Bruxelles, l’énorme bâtiment ne paie pas de mine. Aménagé en lofts au charme industriel et à la déco dépouillée, c’est ici que Maïthé Zinga donne ses cours de danse, dans cet espace que son père a acquis et où il vit désormais.
Avec son sol en béton ciré et des miroirs au mur, le "salon cuisine", au 1er étage, accueille ce lundi soir un cours de capoeira. Il est "donné par un maître brésilien, explique Maïthé Zinga. La capoeira, on la connait venant du Brésil mais en fait, elle vient d’Angola!" Ce soir-là, Maïthé est élève. Ses spécialités à elle sont tout autres. De la Caraïbe, elle puise une passion pour le dancehall. En Angola, elle est tombée amoureuse du kuduro et de l'afro house.
 

Riche de son métissage

La culture angolaise, c’est l’une des facettes de cette "entrepreneuse". Elle, qui est née et a grandi à Bruxelles, puise ces racines dans cette république du sud-ouest de l’Afrique d’où est originaire son papa. Mais aussi aux Antilles françaises, l’archipel qui a vu naître sa maman.

Et même si "c’est pas évident tous les jours, parce qu’on n’est pas très bien accepté dans une communauté, puis dans l’autre", la jeune femme de 32 ans a trouvé son équilibre : "je me sens vraiment aujourd’hui comme une afro-caribéenne parce que les deux font partie de moi. Une afro-caribéenne qui vit en Europe !"
 

Consommation facile

Ancienne responsable commerciale pour une marque de vêtements allemande, la Bruxelloise a choisi de se consacrer pleinement à sa passion et de s’investir à fond dans son association : MDF Studio pour "Maïthé Dance Family".

Au total, six profs assurent neuf cours par semaine avec l'objectif de se démarquer des écoles traditionnelles que Maïthé connaît bien. Elle les fréquente depuis toute petite et y donne également des cours aujourd’hui. Mais pour elle, la culture afro-caribéenne "nécessite un apprentissage bien plus profond que juste aller prendre une heure de cours."
 

Centre culturel

"Je me suis rendue compte qu’il n’était pas possible de promouvoir la culture dans une école traditionnelle, analyse-t-elle avec le recul. Donc c’est lié à un constat : il y a beaucoup de consommation facile et ça fausse la compréhension de la culture et de l’histoire."

En plus des cours de danse, Maïthé Zinga assure également des ateliers pour partager "le contexte politique ou historique" dans lequel les danses ont été créées. "Ma touche, c’est de pouvoir amener aux gens, à côté de leur activité physique (…), des ateliers culinaires, techniques, des panels de discussion sur des sujets…"
 

On dit souvent en Afrique "c’est en sentant l’odeur du poulet qui cuit qu’on comprend mieux certains mouvements de danse"

- Maïthé Zinga

 

Aller à la source

Cuisine congolaise, débat autour de l’appropriation culturelle dans le milieu de la danse…, les activités sont nombreuses. La prof veut aller plus loin que "de simples mouvements", elle veut "aller à la source". Désormais, la trentenaire compte partager son temps entre l’Angola, la Jamaïque et la Belgique, avant d’étendre son projet "à toute la Caraïbe et toute l’Afrique".

En juin, Maïthé Zinga a rendez-vous en Angola, avec l’objectif à termes d’y ouvrir une école et de structurer l’enseignement de la danse. En novembre, puis décembre, elle emmènera des groupes en Jamaïque, la terre du dancehall à la découverte des racines de ce style, mais aussi des difficultés rencontrées par les danseuses de ce pays un brin "machiste".

"J'ai beaucoup de passion à partager!" Cette passion, Maïthé Zinga entend aussi la partager en Martinique d'ici quelques mois. 
 
La 1ère à Bruxelles
À quelques semaines des élections européennes, La1ere.fr a posé ses valises à Bruxelles, à la rencontre des Ultramarins qui y résident. D'abord peu nombreux, leur nombre croit au fil des ans et des initiatives se mettent en place.

Située à seulement 1h20 de Paris en train et à peine 30 minutes de Lille, la capitale belge n'a souvent été qu'une étape dans la vie des originaires des Outre-mer. Aussitôt les études terminées, ils regagnent l'Hexagone pour travailler. Mais de plus en plus d'Antillais, de Guyanais, de Réunionnais... y viennent désormais avec l'intention d'y passer quelques années de leur vie.

Beaucoup d’entre eux sont étudiants ou jeunes salariés et cherchent à renouer avec leurs racines. Dans la capitale de l’Union Européenne, ils parviennent à faire vivre une partie de leur culture. Ils côtoient les Ultramarins qui travaillent aux sein des institutions européennes, notamment la Commission et le Parlement, mais aussi au sein des lobbies qui défendent les intérêts des Outre-mer.
 
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