De l’Amazonie à la Polynésie, la théorie de l’évolution selon Darwin à la Cité des sciences

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Le scientifique et naturaliste Charles Darwin (1809-1882). ©DR
Plus que trois jours pour s’y rendre ! Une exposition, « Darwin l'original », est présentée jusqu’au 31 juillet inclus à la Cité des Sciences à Paris. L'occasion de se pencher sur les découvertes d'un des plus grands savants de l'histoire. 
Darwin a révolutionné les sciences naturelles avec sa théorie de l'évolution, qui a notamment remis en cause le mythe de la création. L'équivalent de Copernic, qui montra que c’est la terre qui tournait autour du soleil, et non l'inverse. On sait que Charles Darwin a découvert plus de 100 espèces. On sait moins que ce fut aussi un grand géologue, qui  étudia notamment les récifs coralliens, et perça le mystère, par exemple, de la formation des atolls. C’est en Polynésie qu’il commença cette étude. Son œuvre intéresse largement l’Outre-mer, mais semble aussi fortement d’actualité, à une époque où les dogmes religieux, peuvent parfois redevenir  mortels.
 

Le tour du monde en cinq ans et la découverte de la formation des atolls

L'exposition de la Cité des Sciences retrace une Odyssée de la connaissance. En 1831, Darwin entame un tour du monde de cinq ans, à bord du HMS Beagle. Il en rapportera une quantité phénoménale d'échantillons et d'observations en sciences naturelles. En géologie, d'abord, il confirme que les évolutions sont lentes, contrairement aux croyances du passé. Il étudie notamment les îles volcaniques. Et dans l'Océan Indien, aux Keeling, il achève l'observation débutée en Polynésie des récifs coralliens, plus précisément, des atolls. Il découvre que leur formation est liée, justement, à l'effondrement d'îles volcaniques.

Comme l’explique Patrick Tort, directeur de l'Institut Charles Darwin International et chercheur au Museum d’Histoire Naturelle : « A mesure que l’île, après avoir surgi, s’enfonce par un mouvement de compensation, en quelque sorte, lentement dans la mer, les coraux eux, vont pousser en hauteur. Et chaque génération de corail va pousser sur une épaisseur de plus en plus grande de corail mort. » Toutefois, le phénomène s’étale sur plusieurs dizaines de millions d’années. Les habitants des îles concernées, comme la Réunion, n’ont pas de souci à se faire dans l’immédiat…

REGARDEZ le reportage à la Cité des Sciences de Bruno Sat et Bruno Gabetta. Montage : Yasmina Kherfi

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La théorie de l’évolution, la découverte fondamentale et révolutionnaire de Darwin

Si Darwin est fasciné par la population tahitienne, par celle de l'île Maurice, ou encore par la végétation amazonienne, c'est en Argentine, et surtout ensuite aux Galapagos, qu'il effectuera des observations biologiques majeures. D'une île à l'autre les becs des pinsons diffèrent, tout comme la nourriture disponible. Alors que visiblement, ces oiseaux descendent de la même espèce continentale. C'est l’un des exemples dont il déduira, bien plus tard, la théorie de l'évolution. Le vivant, y compris l'homme, est donc l'objet d'une évolution par le biais de la variation, et de la sélection naturelle, liée à l'environnement. Les plus adaptés survivent.
 
Une page est bien tournée, car comme Patrick Tort le rappelle, « Darwin a donc la preuve que les espèces ne sont pas, comme on le prétend dans la théorie théologique, des entités sorties toutes formées de la main du créateur, mais qu’elles peuvent effectivement varier, jusqu’à produire des groupes qui sont entre eux non interféconds. C'est-à-dire qu’ils ne peuvent pas produire entre eux, de descendance, dans les conditions naturelles. »

 

Comme Copernic

C'est une véritable bombe que lâche ainsi le savant, notamment parce qu’il remet en cause le dogme religieux de la création. Sa théorie sera combattue par les religieux de toutes confessions. Mais elle a bouleversé et réorienté durablement la connaissance de la nature. On l’a même comparée, par son ampleur, à la révolution copernicienne. En 1510, Nicolas Copernic, le premier, avait émis l’hypothèse que la Terre tournait autour du Soleil et non l’inverse. Ce qui devait chambouler la vision de l’astronomie, fondée sur la cosmologie biblique et les théories des penseurs grecs. Mais cette nouvelle conception ne fut acceptée que très tardivement, car elle se heurta elle aussi à un  violent tir de barrage. En 1633, Galilée, l’un de ses plus brillants adeptes,  fut même contraint de l’abjurer. L’acceptation générale sera arrivée nettement plus vite, pour la théorie darwinienne, même s’il se trouve encore quelques esprits chagrins, pour la mettre en doute.

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Itinéraire du voyage du Beagle de Darwin. ©DR

Controverse sur l’interprétation de Darwin, d’abord l’esclavage

Plus que leur acceptation, c’est l’utilisation et l’interprétation abusives des théories de Darwin qui poseront problème. Une sélection naturelle qui conserve les plus aptes. Cela n’a pas tardé à inspirer nombre de penseurs, souhaitant étayer des théories hiérarchisant les humains. Du coup, on a reproché à Darwin de leur fournir des arguments. Et même d'autoriser, indirectement, une justification de l'esclavage. Pourtant quand on le lit attentivement, on s'aperçoit c'est exactement l'inverse.
 
Darwin fut un adversaire résolu de l'esclavage. Une tradition familiale d'abord. Ses deux grands-pères étaient de fervents abolitionnistes. L'un d'eux créa même un médaillon dans ce but. Cette conviction fut renforcée, chez le jeune explorateur, par des scènes choquantes liées à l'esclavage, auxquelles il assista, notamment au Brésil. Selon Patrick Tort, Darwin trouve  que  « le Brésil est une terre splendide mais dont il regrette infiniment qu’elle soit une terre d’esclavage. Il dit qu’un pays aussi merveilleux avec les ressources qui sont les siennes est malheureusement pollué par les conséquences de cet état de fait. »

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Eugénisme, Racisme, Colonialisme ? Non ! 

Reste que la sélection naturelle a bien été instrumentalisée par des penseurs ultralibéraux, voire eugénistes comme Galton, ou même carrément racistes. Leur défaut : ne s’inspirer que d’une partie de l’œuvre de Darwin. Ils ont oublié que dans son ouvrage sur l'homme, paru en 1871, le naturaliste explique que celui-ci a transformé favorablement son milieu de vie. Du coup, une sélection par les instincts sociaux a pris le pas sur la sélection naturelle. A la clef, l'entraide, l'altruisme, la coopération, la religion, l'éducation, la sympathie... En un mot, la civilisation.
 
« L’horizon de la civilisation n’est pas celui de la nature », explique Patrick Tort : « là où la nature élimine, la civilisation protège. Le racisme est totalement exclu par Darwin. Il dira même : combien de temps faudra-t-il malheureusement encore, pour que nous considérions comme nos semblables, les peuples qui diffèrent considérablement de nous, par leur aspect extérieur, ou par leurs coutumes ? » Quant au colonialisme, Darwin n'a pas de mots assez durs pour les conquérants. En revanche, il salue l'action des missionnaires, notamment en Polynésie. Il est vrai que bien avant d'être athée, le savant avait failli devenir pasteur.