De la finance au basket, le Guadeloupéen Fabrice Néjin a changé d'univers mais pas de philosophie

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Le Guadeloupéen Fabrice Néjin.
Selfie du Guadeloupéen Fabrice Néjin, patron de Fly High Communication. ©FN.
Il aurait dû devenir basketteur professionnel. Son genou gauche en a décidé autrement. Fabrice Néjin s'est ensuite fait un nom dans la finance. Jusqu'à la crise de 2008. Le Guadeloupéen a alors souhaité revenir dans le basket. Pour jouer un rôle inédit au service des joueurs. Retour gagnant.

C'est la faute à Eddy. Eddy Néjin, l'aîné de la fratrie. Le basket l'a envoûté le premier. En 1985, son petit frère Fabrice n'a pas encore dix ans. Tous les deux partent quelques jours en vacances aux États-Unis. À cette époque, Fabrice joue au tennis au Gosier. C'est son truc. Or tout va changer. Radicalement. Et à cause d'un seul homme. "Lors de ce séjour américain, j'ai eu l'occasion de suivre trois matchs de la finale NBA à la télévision, raconte Fabrice. Sans doute une idée de mon frangin. Les Lakers de Los Angeles affrontaient les Celtics de Boston. Affiche mythique. Je n'avais jamais vu un truc pareil. Je découvre alors le phénomène Magic Johnson. Il devient mon héros. Et du jour au lendemain, le basket transforme ma vie."

Comme son idole Magic, Fabrice sera meneur. Les débuts se révèlent prometteurs. Enchanteurs. Dans son club de l'AS Vatable, les dirigeants se frottent les mains. "Je tournais à 25 points de moyenne par match. Je n'étais que cadet et on me faisait déjà évoluer dans l'équipe senior. Je me sentais comme sur un nuage." Jusqu'à ce jour terrible de 1994. Game over ou presque. "Sur une action alors que je vais au dunk, je sens que le cartilage de mon genou gauche me lâche." Fin de l'histoire. Le rêve passe. Fabrice Néjin, 18 ans, ne sera jamais Magic Johnson. Mais le Guadeloupéen ne se doute pas encore que son aventure dans le basket marque juste un petit temps de pause.

Le basketteur américain Magic Johnson.
Le basketteur américain Magic Johnson, idole de jeunesse de Fabrice Néjin. ©Basket USA.

 

Le financier va rentrer au bercail

La pratique du basket lui étant déconseillée, Fabrice se tourne vers d'autres défis. Titulaire d'un Master en finance, il s'impose dans la banque d'investissement et de financement. "J'ai fait mes gammes à Zebank, l'ancêtre de la banque en ligne avant d'intégrer Fininfo qui diffusait de l'information financière. Après quoi, j'ai changé d'entreprise tous les deux ou trois ans." Car le profil du Guadeloupéen attire les chasseurs de tête. Société Générale, BNP Paribas… Fabrice Néjin devient une référence dans le middle office, ce service de vérification si crucial derrière les fameux traders. "J'avais toujours été fasciné par ce monde-là. Mon parcours m'a permis de l'analyser de l'intérieur. J'en garde un très bon souvenir. Jusqu'en 2008."

Car en 2008, deux événements viennent se télescoper dans la vie de Fabrice : la naissance de son premier enfant et la crise financière. "Je me suis retrouvé papa d'un petit garçon. Professionnellement, je rentrais dans une phase d'incertitude qui risquait de durer une bonne année. En période de crise dans le monde de la finance, votre activité devient inexistante." Alors que faire ? Attendre sagement la fin de l'orage ou passer à autre chose ? "Comme je n'avais pas totalement coupé avec le basket, j'ai replongé. Même s'il est vrai que Rodrigue Beaubois a beaucoup insisté…"

 

Naissance de Fly High Communication

Fabrice Néjin a grandi aux Lauriers à Pointe-à-Pitre. Comme les Beaubois. Aussi quand Rodrigue, le fils, découvre la NBA et que son agent semble aux abonnés absents, Maman Beaubois supplie Fabrice de prendre les choses en main. "Sans même m'en rendre compte, je me suis mis à faire des allers-retours à Dallas, tous les deux mois. Je m'occupais des finances de Rodrigue. Je le conseillais. Et j'ai fini par monter ma boîte. Le bouche-à-oreille a fait le reste. Alexis Ajinça, Mickaël Gelabale, Stéphane Gombauld… La liste de mes clients s'est vite allongée."

N'allez pas pour autant penser que Fabrice Néjin est un agent de joueurs. "Je n'ai jamais rêvé de devenir agent. Même si ma société peut apporter ce service spécifique puisque je travaille avec un avocat mandataire sportif." En réalité, Fly High Communication propose autre chose. Un package de services. À la carte. Depuis l'analyse patrimoniale jusqu'au suivi personnalisé dans le domaine de la nutrition. En passant par toute une gamme de préparations physique et technique. "Il y a encore des joueurs pros qui ne savent pas s'alimenter correctement. Ça peut prêter à sourire et pourtant, la différence se fait sur des détails comme ceux-là. Idem pour l'argent. Si vous en gagnez beaucoup mais que vous dépensez deux fois votre salaire tous les mois, la banqueroute est assurée."

Avec Rodrigue Beaubois comme fer de lance, la société de Fabrice Néjin a vite connu le succès. Il y eut cependant aussi quelques trous d'air. Le business du sport ne se compose pas uniquement de gentils bisounours. "Au début, j'étais tout petit. Ma structure était naissante. Et certains vautours rôdaient. Une année, j'ai dû perdre 80 % de mes joueurs sous contrat. Mais c'était aussi la preuve que j'avais bien bossé... Et ce qui m'a fait chaud au cœur, c'est que tous les joueurs partis n'ont pas été meilleurs ensuite. Ceci étant, la fidélité me touche toujours. Travailler depuis si longtemps avec Rodrigue Beaubois ou Jessie Begarin est quelque chose d'extraordinaire."

Le Guadeloupéen Fabrice Néjin avec Alexis Ajinça et Admiral T.
Du plus grand au plus petit. De gauche à droite : Alexis Ajinça, Fabrice Néjin et Admiral T. ©FN.

 

Continuer à transmettre la flamme

En marge de son activité de conseiller-facilitateur pour basketteurs professionnels, Fabrice Néjin organise régulièrement des camps. Les célèbres Skills and Challenge. Le premier eut lieu en Guadeloupe en 2010. Rendez-vous en 2022 pour la onzième édition. Des pros viendront encadrer des jeunes ravis de vivre de tels moments. "J'ai envie de montrer aux Guadeloupéens qu'ils ont le droit de rêver. Des joueurs comme Kenny Baptiste, Krisley Castard ou Anthony Andrémont sont passés par ces camps. Les voilà aujourd'hui professionnels dans l'Hexagone. L'objectif suprême des jeunes ne doit plus être de finir titulaire au Ban-e-lot."

Alors que la nouvelle saison semble vouloir se dérouler normalement, Fabrice a des idées plein la tête. Des envies. "Je compte recruter de nouveaux collaborateurs. Histoire d'étoffer mon équipe." Une équipe élargie pour aider de nouveaux joueurs en Pro-A, en Pro-B, en Europe et pourquoi pas… en NBA ? "Revenir en NBA comme hier avec Rodrigue et Alexis ? Figurez-vous que j'y pense très sérieusement. Mais cette fois-ci, je serai mieux armé. Je ne peux encore rien dévoiler. Si ce n'est que je place de grands espoirs dans deux belles pépites. Tous les deux sont nés dans l'Hexagone, de pères guadeloupéens. Deux grands et beaux potentiels."