Selon le député européen Younous Omarjee, Emmanuel Macron a "commis une faute" en passant à côté d'un mouvement historique

racisme
Younous Omarjee au parlement européen
Younous Omarjee, à Bruxelles, février 2020 ©Martin Bertrand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Le Parlement européen s'apprête à débattre ce 17 juin des manifestations anti-racistes à la suite de la mort de George Floyd. Le député européen Younous Omarjee (LFI) réclame que le Parlement européen reconnaisse l'esclavage comme crime contre l'humanité. Interview.
Alors que le Parlement européen s'apprête à débattre ce 17 juin des manifestations anti-racistes à la suite de la mort de George Floyd, le député européen Younous Omarjee (LFI), Réunionnais, revient sur la gestion de cette crise en France ces derniers jours par le chef de l'Etat. Le député européen, président de la Commission du Développement Régional, évoque aussi son souhait de voir le Parlement européen reconnaître la traite négrière, l'esclavage et les crimes contre les Amérindiens comme crime contre l'humanité. Younous Omarjee, qui prend la parole aujourd'hui à Bruxelles, a contribué à mettre sur pied une résolution sur la question.

Outre-mer la 1ère : D’abord, pour revenir sur la déclaration du président de la République de ce dimanche, comment analysez-vous les déclarations,  ou les non-déclarations du président de la Républque sur le décès de George Floyd et les mouvements anti racistes de ces derniers jours?

Younous Omarjee : D'évidence, le président de la République est passé à côté d’un mouvement qui est aujourd’hui mondial. Il etait resté silencieux suite au crime raciste de George Floyd quand beaucoup de dirigeants dans le monde s’étaient exprimés, et en Europe, Angela Merkel elle-meme. Parce que tout le monde a bien compris qu’il s’agit d’un mouvement planétaire pour faire avancer la lutte contre le racisme et les discriminations et que cela peut représenter un point de rupture, un moment historique. Le président de la République s’etait abstenu d’intervenir dans le débat, on attendait donc tous avec beaucoup d’interêt ses positions. Et à la surprise générale, il a eu un accès de violence réactionnaire en renvoyant tous les militants, tous les afro-descendants, les Ultramarins également qui sont engagés dans ces combats, sur des positions de séparatisme, de communautarisme. Je pense que cela n’est pas acceptable.

Outre-mer la 1ère : Comment vous le comprenez ce mot séparatisme? Qu’est-ce que cela signifie pour vous?

Younous Omarjee : C’est la question qu’on pose: qu’est-ce que cela signifie? J’étais moi-même dans les manifestations, aussi bien à Bruxelles qu’à Paris, animé par une volonté de faire reculer les discriminations qui sont prégnantes en Europe, qui le sont également ailleurs dans le monde et aux Etats-unis, et en aucune manière je me situe en dehors du champ républicain, c’est exactement l’inverse.

Ce sont des combats qui permettent d’aller vers la cohésion, vers l’unité et je crois que c’est une faute qu’il a commise vis-à vis-de ce mouvement qui est un mouvement historique.


Outre-mer la 1ère : Vous président, qu’auriez vous dit, qu’aurait-il fallu dire? Vous souhaitez par exemple que le parlement européen reconnaisse la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité? ( Younous Omarjee a exprimé son souhait sur les réseaux sociaux la semaine dernière, ndlr)

Younous Omarjee : Le président de la République est garant de l’unité de la nation. Donc dans ces mouvements ou il y a des tensions, dans ces moments ou il y a des risques de fracture, de déchirement de la sociéte, il ne faut pas avoir un discours d’une France contre l’autre ou un discours qui aggrave les fractures. Être président de la République, c’est exactement avoir ce discours qui crée les conditions d’une sortie pacifique de tous les débats qui sont mis sur la table.
Parce que ce déferlement dans le monde, en Europe de toutes ces questions apparait après qu’il y a eu des années et des années de débats mis sous le tapis, de questions qui étaient tabous et qui trouvent aujourd’hui un débouché dans le mouvement #BlackLivesMatter.
 
En tout cas, ce sont des questions qui agitent toute l’Europe. Le parlement européen a décidé de s’en saisir. Il y a un débat aujourd’hui sur cette question, je vais prendre la parole et il y a également une résolution qui a été décidée par l’ensemble des groupes du Parlement européen et dans laquelle nous demandons communément, sur ma proposition, que l’Union Européenne reconnaisse la traite négrière et l’esclavage comme crime contre l’Humanité, comme la France l’avait fait et ainsi décide également d’une Journée européenne pour la mémoire de cette histoire(*). Je crois que c’est le minimum et j’espère que cette résolution sera adoptée avec cette mention.

(*Il souhaite que cette journée soit instaurée le 2 décembre de chaque année, en référence à la journée internationale pour l’abolition de l’esclavage de l’ONU, ndlr)

Outre-mer la 1ère :  Faut-il, selon vous, déboulonner des statues, certaines statues,  et que feriez-vous de Colbert, puisqu’on en parle beaucoup en ce moment?

Younous Omarjee : Disons que les statues nous enseignent beaucoup moins sur l’Histoire que les actes qui appellent à ce qu’on s’interrogent sur elle et il ne viendrait à l’idée de personne d’ériger la statue d’un nazi.

Ce qui est certain, c’est que tout le monde a compris aujourd’hui, à la faveur de ce débat, que Colbert n’est pas seulement celui qui a planté des forêts en France mais qu’il a aussi laissé son empreinte indélébile sur le Code noir qui a chosifié les Noirs et qui a fait des esclaves des biens meubles.


Ce qui est très important, c’est de faire augmenter la connaissance sur ces pages de l’Histoire. L’Histoire de France, ce sont des pages de lumière, mais ce sont aussi des pages sombres et il faut avoir une lecture juste et complète de l’Histoire.
 
Vous pouvez réécouter l'interwiew :

Interview de Younous Omarjee par Serge Massau