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Des gardiens bloquent des prisons partout en France pour dénoncer l'insécurité

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Entre craintes et colère, les surveillants bloquent la prison d’Osny après l’agression de leur collègue martiniquais
©LP
Fresnes, Osny, Fleury-Mérogis en région parisienne mais aussi Valence, Nice, Montauban : des surveillants pénitentiaires bloquent, jeudi 29 septembre, de nombreuses prisons pour dénoncer l’insécurité qui y règne. Une nouvelle action après l’attaque terroriste contre un gardien martiniquais.
Feux de palettes, pas de parloirs ni d'extractions : des agents pénitentiaires ont mené, jeudi 29 septembre, des actions de blocage devant plusieurs prisons pour dénoncer la "dégradation constante" de la sécurité après une série d'agressions. Ils étaient mobilisés à Osny, Fleury-Mérogis, mais aussi Valence, Nice et Montauban pour répondre notamment à l'appel du syndicat Force Ouvrière, le deuxième chez les surveillants après l'Ufap.
 
"Cette journée s’inscrit dans la continuité du dernier mouvement. On hausse le ton timidement, mais sûrement", assure Didier Kandassamy, président de la commission Outre-mer de FO pénitentiaire qui fait partie des gardiens qui participeront ce soir au blocage de la prison de Fresnes où une opération "Nuit Debout" est organisée.

 

Plus de moyens et de sécurité

Les principaux syndicats pénitentiaires avaient déjà lancé à la mi-septembre un cri d'alarme, interpellant le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas sur la montée de la tension dans les prisons, où le nombre des détenus a battu un record en juillet. "Nous avons conscience de la surpopulation carcérale, de la difficulté du problème, mais il faut plus de moyens pour la sécurité. Nous défendons seulement nos conditions de travail", affirme Didier Kandassamy qui fait partie des nombreux ultramarins gardiens de prison en Ile-de-France.

Agressions en série

Cette tension s'est traduite ces dernières semaines par une succession d'incidents visant notamment des surveillants. Après l'agression de deux fonctionnaires, dont un Martiniquais, Philippe, par un détenu radicalisé à Osny (Val d'Oise) et une mutinerie à Vivonne (Vienne), un détenu a agressé cinq surveillants mardi au centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe (Orne). Deux gardiens ont aussi été blessés à Valence, dimanche par trois détenus.
 
"Le personnel est épuisé, fatigué, remarque Didier Kandassamy, président de la commission Outre-mer de FO. Honnêtement, l’administration pénitentiaire est défaillante et nous n’arrivons plus à avoir d’autorité sur la population pénale". Signe du mal être, "le taux d’absentéisme du personnel ne cesse d’augmenter", remarque le syndicaliste réunionnais.  
 
Quelque 4 000 actes de violence visant des surveillants ont été comptabilisés en 2015 et plus de 2 760 depuis début 2016, avait récemment précisé le garde des Sceaux.

La colère des gardiens de prison après l’attaque terroriste contre leur collègue martiniquais
Des gardiens de la prison de Fresnes (photo d'illustration). ©JACQUES DEMARTHON / AFP
 

La peur au ventre

"Tous les jours des collègues sont menacés. Depuis l’attentat terroriste à la prison d’Osny, la menace est réelle et pèse chaque jour sur les surveillants. Nous venons travailler la peur au ventre", avoue Didier Kandassamy. Une peur qui se propage aussi Outre-mer dont son originaires une grande partie des surveillants de prisons d’ile de France. "Nos familles s’inquiètent et nous appellent plus souvent, elles ont conscience du danger et la distance et l’éloignement renforcent leur angoisse", explique-t-il.
 
A sept mois de la présidentielle, le ministre a annoncé la semaine dernière un plan à long terme de construction de nouvelles cellules pour en finir avec la surpopulation carcérale. Quarante millions d'euros ont été inscrits au budget 2017 pour "la sécurisation ", a-t-il dit jeudi en vantant l'effort consenti notamment pour les prisons.
 
"Des annonces insuffisantes" assurent les syndicats qui ont d’ores et déjà prévu une assemblée générale à Fleury Mérogis le 3 octobre pour décider des suites à donner à leur action.