Des JO de Tokyo à la caserne : Rénelle Lamotte et Enzo Lefort passent le treillis

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Enzo Lefort et Rénelle Lamote
Enzo Lefort et Rénelle Lamote. ©AFP
78 sportifs membres de "l'armée de champions" ont suivi un stage de cohésion d'une semaine au 21e Rima de Fréjus. Parmi eux, la maréchale des logis Rénelle Lamote, championne de France en titre du 800m et le caporal Enzo Lefort, champion olympique de fleuret par équipe à Tokyo.

Au programme, des parcours du combattant, du maniement d'armes, de la marche au pas, ou encore de la descente en rappel, le tout en treillis et rangers, encadrés par des Marsouins. Point commun de tous ces sportifs, dont 23 médaillés olympiques et paralympiques l'été dernier à Tokyo : ils sont sous contrat avec l'armée, qui leur verse environ 1 350 euros par mois "pour les aider dans leur carrière mais aussi pour porter haut les couleurs de l'Armée française", explique le commandant François, commandant du bataillon de Joinville.

"Je déteste l'eau froide, j'ai peur du vide et j'ai peur des armes", éclate de rire Rénelle Lamote, encore grelottante après avoir franchi des fosses et buses remplies d'eau noirâtre ou des plans inclinés et glissants. Nous sommes dans une lagune, semée de parcours inondés, au Centre d'instruction et d'entraînement au combat amphibie (Cieca) du 21e Régiment d'infanterie de marine. Ici, la devise est simple : "Tremper pour endurcir".

 

Contrat de travail

Rénelle Lamote, triple championne d'Europe, membre de l'armée des Champions depuis 2016, dans la gendarmerie, n'en est pas à son premier stage: "ici on découvre un autre univers, mais surtout on comprend l'importance de la cohésion et de la solidarité". L'athlète spécialiste du 800 m, présente aux JO de Tokyo en a "bavé" dans le passage de la "mangrove".

"Pour eux nous ne sommes pas juste un simple sponsor", explique encore le commandant François: "Nous leur offrons un vrai contrat de travail, une sécurité. Toutes ces années donnent droit à des cotisations retraite. En retour, nous leur demandons un peu de présence, et qu'ils nous ramènent des médailles".

Et c'est ce qu'a parfaitement réussi Marie Patouillet, médecin dans le civil, double médaillée de bronze paralympique en cyclisme sur route et sur piste à Tokyo. Particularité : elle avait déjà entamé une carrière militaire, avant de devoir l'interrompre. "Je suis devenue médecin en étudiant à Santé navale et j'en suis sortie avec le grade de capitaine", explique la jeune femme: "Mais j'ai une malformation à la jambe qui m'empêche de courir et j'ai donc été réformée".

Ration de combat pour tous

Qu'à cela ne tienne. Elle se spécialise dans le cyclisme sur piste, décroche une première médaille de bronze mondiale en 2018 et s'entraîne depuis deux ans avec Grégory Baugé, multiple champion du monde de vitesse. "Aujourd'hui je continue à exercer une journée par semaine et le reste du temps je m'entraîne", confie la sportive, qui n'a resigné avec l'armée qu'en mai 2021.

Le stage "est fortement recommandé", reconnaît-elle, "mais ça me fait plaisir d'être là". Dans la perspective des Jeux olympiques et paralympiques de Paris-2024, le bataillon de Joinville va porter à 173 le nombre de sportifs sous contrat, avec 140 valides et 33 paralympiques. Tendance forte, la féminisation, avec 41% de femmes sur les 148 sportifs aidés aujourd'hui.


Avant une après-midi consacrée à de la descente de falaise en rappel, la troupe fait une pause déjeuner. On oublie le mess, ce sera ration de combat pour tout le monde. "J'échange mon gratin de macaroni contre du saumon", lance à la cantonade le caporal Enzo Lefort, champion olympique de fleuret par équipe à Tokyo. Proposition acceptée par le caporal Manuel Cornu, multiple médaillé mondial en escalade, qui grimace et se dirige vers le camion infirmerie pour "une douleur derrière le genou". La blessure, c'est ce qu'ils redoutent tous. "Les JO-2024, c'est demain, donc on va faire attention", confie encore Marie Patouillet.