Education, santé, emploi, quelle est exactement la situation en Guyane ?

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Elèves à Saint-Laurent du Maroni, en Guyane (archives). ©Philippe Triay
Les principales revendications des collectifs guyanais portent sur les questions de l’éducation, de la santé et de l’emploi. Quelle est la situation réelle dans ces secteurs ? Eléments de réponses avec le rapport de l’Institut d’émission des départements d’Outre-mer. 
Publié en juin 2016, le rapport de l’Institut d’émission des départements d’Outre-mer (IEDOM) a été établi à partir des statistiques de l’année 2015. Ce document de 188 pages passe en revue la quasi-totalité de l’économie guyanaise, ses principaux secteurs d’activité ainsi que son évolution monétaire et financière. Nous avons retenu les données principales se rapportant aux revendications des collectifs, dans les domaines de l’emploi, de l’éducation et de la santé.
 

Emploi : plus de 46% des jeunes au chômage   

Selon l’IEDOM, « le marché du travail en Guyane se caractérise par un faible taux d’activité, un poids encore relativement important de l’informel et une inadéquation entre l’offre et la demande d’emploi. Le taux de chômage s’élève à 22 % en 2015 et le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A a augmenté de 1 % en glissement annuel à fin décembre 2015. Les femmes ainsi que les personnes entre 25 et 49 ans sont celles qui rencontrent le plus de difficultés sur le marché du travail. Elles représentent respectivement 58 % et 64 % des demandeurs d’emploi. Le nombre de jeunes de moins de 25 ans inscrits à Pôle Emploi recule de 8,2 % sur un an, mais leur taux de chômage augmente de 6,7 points passant de 40 % à 46,7 %. »
 
Avec 18.000 chômeurs officiellement recensés en 2015, la Guyane présente un indicateur de chômage supérieur de près de 11,5 points à celui de la France hexagonale, remarque l’Institut d’émission des départements d’Outre-mer. En outre, cette institution et l’Insee ont constaté « un important "halo" autour du chômage, constitué de presque 22.000 personnes, classées en tant qu’inactifs mais souhaitant travailler. Ce halo correspond aux personnes "découragées" estimant leurs chances de trouver un emploi quasiment inexistantes. »

Répartition de la population active 
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©INSEE/IEDOM
 
Au 31 décembre 2015, 25.054 allocataires bénéficiaient du RSA en Guyane (+9,7 % sur un an). « Parmi eux, 11 % relèvent du régime du RSA activité et 84 % de celui du RSA socle. La part des bénéficiaires du RSA représente 9,8 % de la population totale de la Guyane et le nombre de personnes concernées par le RSA (les allocataires, leurs conjoints, leurs enfants et les autres personnes à charge) est estimé par la Caisse des allocations familiales à 74.985 personnes, soit 29,5 % de la population du département. » En 2015, la part des bénéficiaires du RSA représentait 30,8 % de la population active âgée de 15 à 64 ans.
 

Education : des retards structurels importants 

En 2013, selon l’IEDOM, « le Rectorat a réalisé une dépense de 450 millions d’euros pour l’éducation en Guyane, soit 2,3 % de plus que pour 2011. Ainsi, la dépense moyenne pour un élève du premier degré s’élève à 3.856 € et celle d’un élève du second degré est de 6.989 €. L’évolution démographique nécessite des moyens croissants tant au niveau du personnel enseignant que des établissements scolaires. D’ici 2020, les besoins sont estimés à plus de 700 classes dans le premier degré, et 500 dans le second. »
 
Le département rencontre des retards structurels importants dans ce secteur. Alors que la scolarisation des enfants de 3 ans est totale en France métropolitaine, ce taux atteignait 80 % en Guyane en 2013. Selon les recensements de l’Insee, « la population guyanaise apparaît en moyenne moins diplômée qu’en métropole ou aux Antilles. En effet, en 2011, près de 50 % des Guyanais de 16 ans ou plus non scolarisés déclarent ne posséder aucun diplôme, soit 14 points de plus qu’en Guadeloupe et 33 de plus qu’en métropole. L’amélioration du niveau de formation demeure donc un objectif prioritaire, sachant que le niveau de chômage s’explique en partie par le faible niveau d’études. » Par ailleurs, l’IEDOM note qu’en 2015, 60,1 % des collégiens étaient scolarisés dans un établissement relevant de l’éducation prioritaire (Réseau Eclair ou Réussite scolaire). Par rapport à la moyenne française, quinze fois plus d’enfants sont scolarisés en éducation prioritaire en Guyane.
 
Répartition de la population de 16 ans ou plus selon le diplôme (2011)
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©INSEE/IEDOM

De bonnes nouvelles au niveau du lycée cependant. « Le taux moyen de réussite au baccalauréat est en nette hausse (80,0 % en 2015 contre 74,5 % l’année précédente). L’écart avec la moyenne nationale diminue sensiblement : de 13,4 points l’année dernière, il passe à 7,8 en 2015 », relève l’IEDOM. Le taux de réussite des séries générales et technologiques progresse aussi (respectivement de 81,0 % en 2014 à 86,7 % en 2015 et de 77,1 % en 2014 à 82,2 % en 2015) à l’instar de celui des séries professionnelles (+67,2 % en 2014 à +72,9 % en 2015). « L’écart avec la France hexagonale se réduit pour l’ensemble des séries : de 9,9 à 4,8 points pour les séries générales, de 13,5 à 8,4 points pour les technologiques et de 14,7 à 7,4 points pour les professionnelles », souligne le rapport.
 

Santé : manque de personnel et défi sanitaire 

Le système de santé constitue l’un des gros points faibles de la Guyane. Selon l’IEDOM, la couverture sanitaire est peu satisfaisante et la densité des personnels de santé y est très faible. « Pour les médecins généralistes, la densité est la plus faible de France (après Mayotte), bien loin des standards nationaux : avec une densité de 73, la Seine-Saint-Denis, avant dernière du classement national, se situe bien devant la Guyane (51). Le nombre de spécialistes par habitant est trois à quatre fois plus faible qu’en métropole (selon la spécialité) », détaille l’institution. En 2013, l'espérance de vie à la naissance était inférieure de 2,1 ans aussi bien pour les hommes que pour les femmes comparée à celle de la métropole. « Cette situation résulte d'un taux de mortalité infantile élevé (8,8 % contre 3,3 % en France hexagonale), mais également de décès liés à certaines pathologies plus répandues dans le département (diabète, hypertension artérielle, tuberculose) », indique le rapport.
 
« Les capacités d’accueil hospitalières pour des séjours de courte durée n’ont progressé que de 13 % entre 2000 et 2015 alors que la population a doublé sur la même période » poursuit le texte. Le taux d'équipement (mesuré par le nombre de lits pour 1000 habitants) s’est ainsi dégradé par rapport à 1990, sauf pour la gynécologie – obstétrique, « service pour lequel un effort particulier est produit, compte tenu du fort taux de natalité dans le département ».
 
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©IEDOM

Dans ses conclusions sur le secteur de la santé, l’IEDOM observe que « la Guyane est confrontée à un véritable défi sanitaire en raison du manque de personnel médical, du dynamisme démographique, de la présence plus accentuée de certaines pathologies par rapport aux autres régions françaises, mais aussi à cause de l’immensité de son territoire. » Il faut aussi souligner le paradoxe suivant : La Guyane fait appel à des médecins étrangers, qui représentent un tiers des médecins en exercice. Cependant, pour répondre aux besoins de formation, l’Université de la Guyane ne disposait en 2015 que d'un numérus clausus de 5 places en médecine, 1 en odontologie, 1 en pharmacie, 1 en masseurs-kinésithérapeutes et 1 en maïeutique (sages-femmes).
 

L’Institut d’émission des départements d’Outre-mer en bref

L’IEDOM est une banque centrale déléguée, composée de la Banque centrale européenne et des banques centrales nationales. Cette institution est notamment chargée « d’assurer la continuité territoriale en matière monétaire par délégation de la Banque de France dans les cinq départements d’Outre-mer et dans les collectivités de Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Barthélemy et Saint-Martin. » L’IEDOM publie également des informations financières, des notes de tendances conjoncturelles et des rapports généraux ou sectoriels sur les départements d’Outre-mer.