En Guadeloupe, la question foncière au coeur de nombreux conflits

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En Guadeloupe, les revendications foncières, qui renvoient parfois jusqu'à la distribution des terres datant de l'abolition de l'esclavage, sont le sujet de nombreuses tensions.
"Nous voulons la justice et la vérité", martèle Jean-Luc Nestor, le secrétaire général du syndicat de défense du patrimoine agricole des Îles de Guadeloupe, résumant des revendications foncières qui renvoient parfois jusqu'à la distribution des terres datant de l'abolition de l'esclavage.
 

Un conflit qui s'enlise

Depuis plus de 10 ans, le syndicaliste mène un combat pour faire reconnaitre l'irrégularité de la possession de plusieurs milliers d'hectares par Hubert de Jaham, gérant d'une société la Compagnie agricole du Comté de Lohéac (CACL), et plusieurs fois confirmé par la justice française comme légal propriétaire.

Las. Pour le Syndicat de défense du patrimoine agricole des Îles de Guadeloupe, la CACL ne serait plus en activité et ne paierait plus d'impôt depuis 1973, date de la fermeture de l'usine de sucre qu'elle exploitait et pour laquelle les champs étaient cultivés en cannes. Et surtout, selon Jean-Luc Nestor, aucun titre de propriété de ces terres n'aurait été produit.

Résultat: Le conflit s'enlise et tente de se régler à coup d'avocats, de jeu d'influence sur les autorités, de manifestations, de blocage, de violence parfois, ou d'avis d'expulsion ou de démolition de certains édifices. "Ma patience est infinie, sourit Jean-Luc Nestor, qui a maintes fois dû calmer ses amis, "prêts à partir au combat physique", assure Jean-Luc Nestor. Il a mandaté "un cabinet d'expert en écriture près la cour d'appel de Basse-Terre" pour avoir des "preuves" de sa bonne foi.

Cette affaire qui convoque l'histoire de la colonisation, le droit et la question de l'appropriation foncière datant de quatre siècles est loin d'être terminée. Elle reste pourtant un exemple parmi d'autres, en Guadeloupe qui, malgré leur récurrence restent contenus. "On se soutient, mais chacun sa lutte", résume Jean-Luc Nestor.
 

"A coups de fusil" 

Début septembre, des agriculteurs de Goyave, une commune de Guadeloupe, ont trouvé, encore une fois, leurs bananiers à terre, coupés nets ou arrachés sur plusieurs hectares. Ces champs, où l'ONF a installé sept jeunes agriculteurs en 2018, sont aussi le théâtre d'un conflit. Au coeur du sujet, la gestion des terres par l'ONF, donc par l'Etat, que certains refusent depuis les années 1980.

Des plaintes ont été déposées et une enquête est en cours. "Ca a commencé en 2019, avec des menaces", raconte Yani Guillaume, un agriculteur touché par les saccages.

Au total, "les pertes dépassent les 50.000 euros depuis le début de cette année", estime Sony Flason, secrétaire général de la SICA-LPG, groupement de producteurs qui s'est accordé avec l'ONF pour installer une culture de bananes à Blonzac. "Depuis notre installation sur cette zone, nos plants sont régulièrement détruits", indique Yani Guillaume, désabusé.

Certains avouent craindre que cela finisse "par se régler à coup de fusil". "Ce foncier est à nous depuis que la Colonie (avant le Département, ndlr) nous a donné toutes les terres agricoles de 0 à 600 mètres d'altitude" en 1895, affirment André et Willy Guyon, président et vice-président du syndicat des petits planteurs de Cadet Sainte-Rose, qui revendique "la récupération du foncier et sa redistribution au peuple guadeloupéen". Ils vont jusqu'à lancer régulièrement des actions coups de poing, qui se terminent parfois devant les tribunaux.
 

Une question complexe

Face aux tensions, Christiane Taubira avait souhaité en 2013, alors qu'elle était garde des Sceaux, revoir la répartition des terres, déterminée à l'abolition de l'esclavage, et qui "fait que, d'une façon générale, les descendants d'esclaves n'ont guère accès au foncier", expliquait-elle. "La question foncière en Outre-mer est compliquée", confirme Georges Calixte, politologue guadeloupéen. "La problématique est celle du titre de propriété, qui, du fait du passé du territoire est parfois inexistant juridiquement mais ancestral". Comme pour des familles installées depuis l'abolition de l'esclavage sur le littoral, qui appartient à l'Etat.

D'autres conflits fonciers tirés de l'Histoire font régulièrement l'actualité de l'île. Récemment, à Port-Louis, Jean-Marie Hubert, le nouveau maire qui se dit "patriyot gwadeloupéyen" s'est opposé à l'achat permis par l'ancienne mandature, par deux porteuses d'un projet touristique d'origine corse, d'une parcelle sur le littoral. Une opération illégale selon le maire qui en a appelé à l'Etat pour résoudre le problème.
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