En Outre-mer, l’existence timide du cheerleading n’empêche pas son développement

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Island Cheer
Island Cheer à La Réunion ©© Méline Haudry

Si la fédération française de football américain, qui encadre le sport en France, ne compte officiellement aucune délégation en Outre-mer, des structures commencent à sortir de terre pour ancrer la discipline dans les territoires ultramarins.

Des sauts à plus de quatre mètres. Des pyramides à dix. Des figures de gymnastiques complexes, voire dangereuses. Loin d’être de simples passe-temps, tous ces enchaînements demandent beaucoup de concentration et font partie d’une discipline à part entière : le cheerleading. Sport tout droit venu des Etats-Unis, il regroupe l’ensemble des mouvements, figures et portées réalisés de façon synchronisée par des athlètes, appelés cheerleaders, pour supporter des équipes de sport. 

Un sport encore trop peu connu en France 

 

Aujourd’hui encore, alors que la fédération française de football américain (FFFA) revendique plus de 23 000 licenciés dans toute la France, répartis entre le football américain, le cheerleading et le flag football, force est de constater que ces disciplines ne sont pas encore connues du grand public. 

Je ne savais même pas que ce sport existait en France”, confesse Tanya Geremy. La Guadeloupéenne de 23 ans, installée de longue date en région parisienne, pratique le cheerleading depuis cinq ans. Un sport qu’elle a d’abord découvert “dans des films américains”, avant d’y être initiée quand elle était au lycée. “J’étais élève dans un établissement à Savigny-sur-Orge (Essonne) qui était assez porté sur la culture américaine. Un jour, j’ai vu arriver des filles en tenue de cheerleaders, j’ai été bluffée par leur prestation et j’ai voulu m’y mettre”.

Aussitôt, la jeune femme, qui a débuté la danse à l’âge de trois ans, se met en tête de devenir cheerleader. Quand elle rejoint le club des Lions de Savigny, Tanya Geremy est persuadée d’avoir “trouvé un sport qui rassemble un peu tout”. Gym, danse, cardio, portées… Au sein de cette équipe, celle qui est originaire de la commune de Trois-Rivières à Basse-Terre va remporter les championnats régionaux en 2017 et être sacrée vice championne de France en 2018. Devenue coach de cheerleading, la jeune athlète espère devenir professeure des écoles lorsque son corps lui “fera comprendre qu’il faut arrêter”. 

“On était six au début, on est 35 aujourd’hui” 

Quand je suis arrivée à La Réunion, je n’ai pas été du tout étonnée de voir qu’il n’existait pas de club de cheerleading sur l’île. C’est parfois compliqué dans l’Hexagone de trouver une équipe, alors là-bas…”, explique Méline Haudry.  Elle est à l’origine de la création de Island Cheer, la toute première équipe de cheerleading de l’île.

Cette jeune parisienne s’est installée à Saint-Denis il y a trois ans. Elle-même cheerleader depuis de longues années au sein d’un club parisien, elle a voulu créer une structure sur place qui lui permette de poursuivre ses entraînements. “Je ne me suis pas posé plus de questions. J’ai mis une annonce sur les réseaux sociaux et j’ai commencé à recruter des volontaires. Et très vite, ça a eu du succès. On était six au début, maintenant on est 35 et la demande progresse encore”. 

Victime de son succès, cette Réunionnaise de cœur a même décidé de lancer un compte TikTok pendant le confinement pour se faire connaître. Résultat : elle compte aujourd’hui plus de 17 000 abonnés et certaines de ses vidéos avoisinent les 100 000 vues. “Et j’ai tout fait toute seule”, précise Méline Haudry, qui assure ne recevoir aucune subvention de la mairie ou de la région et n'adhère pas à la fédération française de football américain, instance qui encadre la discipline en France. 

@meylineh

On a toujours de brillantes idées de bon matin 💁‍♀️ #enhaut #enhautenbas #synchro #up

♬ Direction Dance - Marianny Holguín

Un ancrage  difficile dans les Outre-mer

Lorsqu’elle se rend en Guadeloupe pour rendre visite à sa famille paternelle, la championne Tanya Geremy se rend bien compte que son sport favori pourrait connaître un franc succès s’il parvenait à se développer sur l’île. “Je vois toutes mes cousines qui font du twirling bâton depuis qu’elles sont petites. Ce n’est pas la même chose, certes, mais je suis certaine que le cheerleading plairait là-bas”. En effet, le twirling bâton est une discipline en vogue notamment pendant le carnaval, où les adeptes du sport accompagnent parfois les groupes carnavalesques. 

À La Réunion, en dépit du succès que peut connaître Island Cheer, Méline Haudry reconnaît que l’essor du cheerleading dans les Outre-mer reste compliqué. “On est quand même très limité au niveau des infrastructures. On travaille sur du gazon et ça peut être très dangereux donc je fais attention à mes élèves, je ne leur montre pas les mouvements les plus risqués. Le matériel coûte cher, on doit se contenter de ce que l'on trouve ici", déplore Méline Haudry.  

Malgré l'intérêt pour la discipline, reconnue comme pratique sportive depuis 2003 en France, la fédération française de football américain peine à s’installer en Outre-mer. Pierre Trochet, directeur de la communication de la FFFA, explique qu’un ancrage dans les territoires ultramarins a déjà été envisagé. Mais bémol : tout cela coûte cher. Il rappelle que la fédération “reste une petite structure  de sport amateur qui tourne avec un budget avoisinant 1,5 million d’euros”. Impossible, donc, d’investir dans les territoires ultramarins lorsque l’on sait que le seul acheminement du matériel peut se chiffrer à plusieurs milliers d’euros. “On avait mis sur pied des sessions de formation en Nouvelle-Calédonie”, glisse Pierre Trochet, qui déplore leur arrêt “faute de financements”. “Le prix des billets d’avion, les taxes sur le matériel… Tout était hors de prix et c’est hors de notre contrôle”, reconnaît-il.

Une aide exceptionnelle d’un montant total de 210 000 € déployée dès cette année doit permettre de relancer les activités d’un secteur complètement à l’arrêt à cause de la crise sanitaire liée au Covid-19. “Une attention particulière a été portée aux pratiquants de la discipline du cheerleading, sport d’intérieur qui (...) n’a quasiment pas pu organiser la moindre pratique de la saison”, a indiqué la fédération dans un communiqué.