"En quittant La Réunion, j'ai cassé des barrières sociales", Damien Gara Basketteur

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Damien Gara
C’est en vacances chez sa grand-mère Lucile, sur les hauteurs de Saint-Leu à La Réunion, qu’il découvre le basket ©Christelle Bréchet
Après avoir découvert le basket tardivement, Damien Gara a réussi à réaliser son rêve, faire de ce sport son métier. À 29 ans, il évolue à Niort en Nationale 2, quatorze ans après avoir découvert le basket un peu par hasard au Saint-Pierre basket, club de son île.

"À partir du moment où j’ai commencé à m’entraîner en club… Le basket a rythmé ma vie. Tous les jours, je marchais trente minutes pour rejoindre le gymnase Nelson Mandela à Terre-Sainte. Mon ballon dans la main. Ma musique dans les oreilles. Je n'avais que 15 ans.” se remémore Damien Gara, le sourire aux lèvres, du haut de ses 2 mètres 04.

C’est en vacances chez sa grand-mère Lucile, sur les hauteurs de Saint-Leu à La Réunion, qu’il découvre ce sport. Après avoir dévoré un plat de riz chauffé, avec ses cousins et son oncle, Damien s’initie au basket. “J’étais plutôt branché football. Mon oncle, Hector, handballeur mais street-basketteur le dimanche, m'a proposé d'essayer. Il me disait que j’avais de bonnes aptitudes. C’est comme ça que l’idée a germé. Petit à petit, il m'a convaincu que ce sport était fait pour moi.” Le Réunionnais grandit dans le quartier de Basse-Terre. Il est alors repéré par Philippe Grondin, un coach du club Saint-Pierre Basket. 

Et là, c'est devenu ma passion. D’autant plus lorsque l’entraîneur m’a expliqué que j’avais les capacités pour évoluer au plus haut niveau.” Très vite, il rattrape le retard technique face à ses coéquipiers qui ont commencé plus jeunes. Damien est même surclassé. Cela lui ouvre les portes des Jeux des îles de l’Océan Indien en 2008, où il remporte la médaille d’or avec l’équipe junior.

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Le joueur espère continuer d'évoluer au sein du club de Niort. ©Christelle Bréchet

Une vie rythmée par la passion

Déterminé à vivre du basket, il commence à participer à des détections dans différents centres de formations de l'Hexagone. Comme d'autres jeunes talents de La Réunion, il finit par intégrer le centre de formation de Vichy dans l'Allier. Il a alors 17 ans et en garde un très bon souvenir. “On vivait tous ensemble la difficulté de l'éloignement et notre passion à 100%”.

Le bac en poche et une vie rythmée par les entraînements et les études, l'ailier fort commence sa carrière en 2012 au club de Roanne comme stagiaire-pro. Son rêve se réalise. Il va ensuite jouer en National 1 avec Cognac. Avant de connaître différents clubs de l’Hexagone : Trappes, le Puy-en-Velay, Cambrai. Cette saison, il revient en Nouvelle-Aquitaine au sein de l’AS Niort dans les Deux-Sèvres. "Le coach avait entendu parler de moi. Il m’a vendu son projet pour le club. De plus, revenir dans la région me plaisait bien", confie le membre des Ducks.

Tous les soirs de 19 heures à 21 heures, il enfile sa tenue de sport. Damien Gara conjugue sa vie de sportif semi-professionnel avec un emploi du temps de surveillant dans un collège du centre-ville. "Ce travail me permet d’avoir un pied dans le monde extérieur. C’est important de penser à l’après dans une carrière sportive. Sans compter qu'il s'agit d'une belle expérience humaine. Que ce soit avec les élèves ou les collègues."

La Réunion ancrée dans son ADN

Heureux d’avoir accompli son rêve, le Réunionnais garde les pieds sur terre. "Je suis conscient de la chance que j'ai. Pour la Ligue de mon île, il est parfois compliqué de miser sur un jeune. Cela représente un coût financier conséquent. Sans cette détection, je n’en serais pas là aujourd’hui. De plus, l’éloignement avec notre territoire est parfois dur à gérer. Me concernant, le bilan est positif. Cette opportunité m’a permis de prendre mon envol, c’est une vraie richesse", assure Damien. 

Ma mère, Claudette, a toujours voulu le meilleur pour moi. Elle a poussé ma scolarité. Sans le basket, ma vie aurait été complètement différente. En partant, j’ai cassé des barrières sociales. Telles que : l’ouverture d’esprit, sortir des coutumes pour découvrir de nouveaux horizons, accepter ce qui est étranger à nos coutumes, par exemple.

Damien Gara, basketteur

Le champion reste très attaché à La Réunion. "J’aime partager ma culture, sa chaleur, les différences culturelles avec lesquelles on grandit." Cette chaleur, elle irradie dans sa vie quotidienne. "C’est un ami fiable, généreux et qui aime les moments conviviaux. Que ce soit pour une soirée jeux de société ou une balade dans la nature, Damien est toujours partant, raconte son coéquipier Nicolas Arnolin. C’est vraiment une personne qu’il faut découvrir. Même si la première fois que je l’ai vu, je me suis dit que nous ne serions jamais amis ! Hors du terrain, il est toujours souriant. Mais en match, c’est autre chose. Un de ses défauts est qu’il communique peu sur le terrain.

En effet, sur le parquet, le Réunionnais ne lâche rien, concentré, le regard fermé. Juste guidé par sa détermination. "Ça fait quelques années que je surveille Damien, explique Laurent Haye, son entraîneur chez les Ducks. Avoir pu le faire signer à Niort est une réelle chance. En plus d’être un pilier de l’équipe sportivement parlant, il apporte de la sérénité au collectif. Tout en respectant les prises de positions que je peux avoir… même s’il n’est pas forcément d'accord."

Damien Gara, lors d'un match contre Garonne avenir basket du Marmandais

Damien Gara continue de rêver et de travailler dur. Le basketteur espère rester à Niort, la saison prochaine. "L’entraîneur m’a fait comprendre qu’il comptait sur moi. Je dois être un leader dans l'équipe et faire profiter les autres joueurs de mon expérience." Il espère que d’autres jeunes Réunionnais tenteront leur chance. À leur tour. Comme lui.

J’ai envie de leur dire, allez-y foncez, continuez d’avancer. Ce n’est pas facile de partir, mais vous découvrirez des choses auxquelles vous ne pensiez pas accéder.

Damien Gara, basketteur

En attendant, il prépare l’édition 2023 des Jeux des îles. Il espère être à nouveau sélectionné, ce serait l’occasion de rejouer avec ses coéquipiers de la sélection et de défendre des couleurs si chères à son cœur.