Entre retour au pays et développement des territoires, le télétravail total gagne les Outre-mer

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Démocratisé par les confinements successifs, le télétravail à 100%, ou "full remote", séduit de plus en plus d'Ultramarins. Les entreprises et territoires y trouvent un moyen d'attirer les travailleurs qualifiés, tandis que les salariés peuvent (re)découvrir les Outre-mer.

"Honnêtement, c'est la meilleure décision de ma vie". Après presque deux années de Covid passées à Paris, Méryl décide de rentrer en Nouvelle-Calédonie, où elle a grandi. Et deux ans plus tard, aucun regret chez cette journaliste freelance de 28 ans. En plus de retrouver ses proches et son quotidien calédonien, rien n'a changé professionnellement. Car après avoir quitté son CDI, Méryl a noué "très vite" des contrats avec des médias dans l'Hexagone. "J'ai tout de suite prévenu mes clients que je résidais à l'étranger avec 9 ou 10 heures de décalage horaire, raconte-t-elle. Si ça ne leur posait pas de problème, tant mieux, sinon tant pis." La Calédonienne est désormais une travailleuse full remote, c'est-à-dire en télétravail à 100%. 

"Gagnant-gagnant"

Comme Méryl, Heritiana Rabenandrasana, ingénieur en informatique originaire de La Réunion, n'a pas eu de mal à convaincre son employeur parisien de l'intérêt du télétravail total, très peu pratiqué à ce moment-là. Son île n'a qu'un petit décalage horaire avec l'Hexagone et puisqu'il est l'un des premiers salariés de l'entreprise, il est un élément important qu'il aurait été dommage de perdre. Bilan : le test de quelques mois se transforme en une expérience de quatre ans. Un projet "gagnant-gagnant", résume ce précurseur du télétravail. "Il a été plus facile pour mes employeurs de passer au télétravail partiel voire total pendant le Covid, ayant déjà expérimenté la chose avec moi."

Le télétravail s'est développé en France grâce à l'accord interprofessionnel de novembre 2020, à l'issue des confinements. Selon une étude de l'Insee, en 2021, il concernait chaque semaine un salarié sur cinq en moyenne. Il n'existe pas de données chiffrées pour les Outre-mer, mais "c'est très clairement une réalité", confirme Hervé Mariton, président de la fédération des entreprises d'Outre-mer (Fedom).

Décalage horaire

L'ancien ministre des Outre-mer cite ainsi l'exemple d'un patron qui trouvait avantageux d'installer un centre d'appel pour sa société à Tahiti, qui a un décalage de 12 heures avec l'Hexagone. La société peut alors proposer à ses ingénieurs des postes en journée, dans un cadre idyllique, "sans impacter leur niveau de vie". Une solution qui permet de fournir une assistance quasiment 24h/24 aux clients hexagonaux. "La question du décalage horaire est essentielle", précise Hervé Mariton.  

Économies sur les transports, repos, autonomie... les avantages du télétravail sont nombreux pour les salariés, mais Me Nicolas Mancret, avocatspécialisé en droit du travail, le rappelle : "le télétravail ne doit pas être un moyen de contrevenir aux règles sur la durée journalière maximale du travail, les horaires ou la durée du repos entre deux journées de travail." 

Attractivité 

"Les entreprises ultramarines ont parfois des difficultés à recruter sur un certain nombre de compétences", rappelle le président de la Fedom. Certaines recourent alors au télétravail total, "en mobilisant des cadres mobiles entre la métropole et l'Outre-mer, qui peuvent travailler parfois à distance pour leur entreprise ultramarine". L'enjeu aujourd'hui est donc de convaincre la jeunesse ultramarine qualifiée de rester dans les territoires, où la population est vieillissante. 

Il y a aussi un enjeu sur ce télétravail, qui est de maintenir sur place les jeunes des territoires formés, et de les inciter à revenir une fois qu'ils ont été formés en métropole ou à l'étranger. Et aussi d'attirer les talents métropolitains et étrangers. 

Hervé Mariton

Le travail à distance devient alors un moyen de renforcer l'attractivité des territoires ultramarins. La Réunion, par exemple, séduit par son mode de vie très européen et ses équipements numériques solides. "Pour jouer cette carte, on a clairement besoin de mieux sécuriser les liaisons et les câbles". Un appel d'offre est en cours à Mayotte pour étendre le raccordement à la fibre optique. 

Et si les personnes qui viennent travailler à distance dans les Outre-mer ne travaillent pas forcément pour des entreprises locales, elles s'insèrent malgré tout dans les économies locales. De quoi faire fonctionner les commerces, les écoles, les systèmes de santé, les milieux culturels, sportifs et associatifs, ou encore le tourisme.