Eramet chute : des analystes évoquent la Nouvelle-Calédonie et le nickel

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SLN
Usine de nickel de Doniambo (SLN-ERAMET) en Nouvelle-Calédonie ©Alain Jeannin
Mardi soir, la presse économique avait salué les résultats du groupe minier et métallurgique français. Mercredi matin, Eramet a subi le tir de barrage d’analystes internationaux concernant le redressement de la SLN, sa filiale calédonienne.
 
Le coût de production "cash" de la Société Le Nickel (SLN), la filiale calédonienne d'Eramet, s'est établi, hors endettement, à 5,04 dollars la livre à fin juin, une mauvaise performance liée à la météo, à un contexte syndical retardant la hausse des temps de travail sur les mines, mais aussi à la difficulté du groupe à renégocier ses coûts en matière d'énergie et à obtenir des autorisations d’exportation de minerais. Le titre a chuté brutalement à Paris, dans un climat de tensions commerciales qui masque les bonnes performances du groupe métallurgique et minier français.


Exercice sensible 

"L'action Eramet est sous une forte pression, apparemment pénalisée par des avis négatifs de brokers en ce qui concerne les pressions sur les alliages de manganèse et sur le coût du nickel (calédonien NDLR) ainsi que le risque lié au commerce mondial", commentent les analystes de Société générale dans une note.

La scène se passe au sous-sol d’un centre de conférence mercredi matin à Paris. Une salle placée dans la pénombre, éclairée par le tableau de présentation des résultats du groupe Eramet. Christel Bories, sa présidente, vient de terminer son exposé présentant la belle croissance de ses bénéfices semestriels. L’exercice est sensible, essentiel, il paraît réussi.


Des questions sans concession

Arrivent les questions, posées dans la salle ou depuis la City de Londres. Et là, c’est la douche écossaise ou plutôt londonienne. La rafale de questions cible la situation de la SLN, la filiale du nickel en Nouvelle-Calédonie. Des questions sans concession posées par des analystes internationaux et entre autres celui de Bank of America-Merril Lynch, la première banque américaine du secteur des matières premières :

 

Pourquoi ne pouvez-vous pas exporter plus de minerais calédoniens ? Craignez-vous des tensions dans les approvisionnements au moment du référendum ? Pourquoi payez-vous votre électricité si chère ? Pourquoi vos syndicats bloquent-ils les réformes sur la flexibilité ? Pouvez-vous réellement atteindre vos objectifs de réduction de coûts en Nouvelle-Calédonie ou est-ce un pari impossible ? 


Ces analystes de la finance des matières premières ont pointé du doigt leur vision du groupe en Nouvelle-Calédonie, que l’un d’eux décrit peu après la présentation comme « contraint de faire face à une concurrence mondiale avec une main attachée dans le dos ».

Surtout rester calme et répondre point par point aux questions posées, c’est le difficile exercice auquel se livre ensuite Christel Bories, la présidente du groupe Eramet :
 

La Nouvelle-Calédonie est calme et nous espérons tous que le référendum se déroule dans les meilleures conditions. Nous pensons que sur le moyen et le long terme nous avons la capacité d’améliorer significativement la situation, et notamment si nous pouvons exporter plus de minerais. Nous avons des étapes de réductions de coûts et nous avançons, nous simplifions l’organisation de la SLN. Si nous obtenons des autorisations d’exportation, la montée en puissance du domaine minier peut aller relativement vite. Sur la question du coût de l’énergie, nous négocions afin d’être performant, mais il faut tenir compte des contraintes de notre fournisseur calédonien d’électricité (Enercal NDLR).

La SLN avance 

Les ventes de la branche nickel (20 % de l’activité du groupe) ont progressé de 17 % (365 millions d’euros) grâce à l’envolée des cours du nickel (+42 %). Malgré ces bons résultats et l’amélioration notable des résultats de l’usine de Doniambo, les chiffres de la filiale calédonienne apparaissent fragiles et insuffisants aux investisseurs, notamment pour l’activité minière.

Mercredi, l’action Eramet dégringolait de près de 20 %, signant la moins bonne performance de l’indice SBF120. En soirée, le comité de direction d’Eramet partait pour Londres à la rencontre des principaux acteurs du marché mondial des métaux. Au LME, le nickel regagnait du terrain autour de 13.690 dollars la tonne (6,20 dollars par livre), un prix dont se satisferait presque...la SLN. Pour l'opérateur historique du nickel calédonien, la bataille pour la compétitivité se poursuit.