Essai : Priscillia Ludosky et Marie Toussaint partent à l’assaut des injustices environnementales

écologie
Priscillia Ludosky et Marie Toussaint
Priscillia Ludosky (en bleu) et Marie Toussaint ©Bruno Levy / Divergence-images
L’une des figures emblématiques des Gilets jaunes, la Martiniquaise Priscillia Ludosky, et la députée écologiste européenne Marie Toussaint (EELV), font dans un essai le tour de l’Hexagone et des Outre-mer des "violences environnementales", et proposent des solutions pour l’avenir.
Des gens du voyage de l’Hexagone aux Kali’na de Guyane en passant par la condition des ouvriers du bâtiment, les auteures sont allées à la rencontre de la France dite profonde - celle que l’on entend jamais dans les médias dominants - ou "périphérique", "grande victime des politiques publiques". Usine de Lubrizol, collège rempli d’amiante (établissement dénommé Versailles !) à Marseille, virus de la leucose bovine à La Réunion, pollution aux algues vertes en Bretagne, écocide dû au chlordécone aux Antilles, poissons chargés de métaux lourds à Cassis, orpaillage illégal en Guyane, les scandales environnementaux ne manquent pas. Didactiques, et avec empathie, Priscillia Ludosky et Marie Toussaint témoignent dans leur livre "Ensemble nous demandons justice. Pour en finir avec les violences environnementales", de la réelle souffrance de populations marginalisées et souvent réprimées quand elles veulent revendiquer leurs droits.
 

Crise démocratique

D’entrée, elles balaient une prétendue opposition Gilets jaunes - Gilets verts, "comme si les classes populaires vent debout contre l’injustice ne mesuraient pas l’urgence environnementale, comme si la transition écologique devait forcément se faire au détriment des plus précaires. Comme si nos combats ne convergeaient pas, comme si des vents contraires nous animaient". Priscillia Ludosky et Marie Toussaint considèrent que l’écologie est une question de justice sociale, prenant notamment en compte des déterminations historiques, comme la colonisation, l’extermination de peuples premiers et un productivisme outrancier menant à l’exploitation abusive de l’humain. Tous ces éléments, combinés avec de graves violences environnementales (pollutions diverses, déchets toxiques, émissions en hausse constante de gaz à effet de serre), ont entraîné également, selon elles, une importante crise démocratique. A la fin leur parcours documenté et détaillé de l’Hexagone et des Outre-mer, leur constat est sans appel :
 

Il est temps d’abattre le mythe largement nourri par celles et ceux qui ont dominé les êtres et exploité la Terre : celui d’une croissance infinie, dont les richesses pourraient ruisseler sur chacun et sur tous, dans un monde fini. Non, la production infinie dans n’importe quelles conditions n’apporte pas que du bonheur aux habitants de cette planète. Non, les lois de l’économie ne sont pas au-dessus de la nature. Et non, le respect et la protection de notre Terre mère ne détruit pas l’emploi, ni ne creuse les inégalités.
- Priscillia Ludosky et Marie Toussaint


Comment sortir de la spirale de la destruction environnementale ? Les auteures proposent des pistes. Pour commencer, la reconnaissance et la pénalisation des écocides (dommages majeurs à la planète), ce qui n’est pas le cas actuellement, en temps de paix comme en temps de guerre (le crime contre l’environnement ne figure toujours pas en tant que tel dans le Code pénal français) ; une nouvelle protection socio-environnementale, qui mette à contribution les pollueurs pour à la fois indemniser les pollués et construire la résilience ; et un plan français et européen pour la justice environnementale, comprenant entre autres des instituts d’étude indépendants et contrôlés pour produire les connaissances sur l’exposition des populations aux toxiques. Tout cela impliquerait de nouveaux investissements, et des agences, pour alerter et aider les populations à se renseigner et mieux lutter en faveur de l’environnement.

"Ensemble nous demandons justice. Pour en finir avec les violences environnementales", par Priscillia Ludosky et Marie Toussaint, Massot éditions, 224 pages, 15 euros.

Les auteures parlent de la genèse de leur livre et de leurs engagements