Existe-t-il un lien entre chlordécone et cancer de la prostate ? Un nouveau programme de recherche est lancé

chlordécone
Chlordécone bananes
©Jean-Pierre De Mann / Robert Harding Heritage / robertharding
Il est mené par l’Institut National du Cancer à la demande de la ministre de la santé Agnès Buzyn. La chlordécone, une molécule contenue dans un pesticide a été répandue dans les champs de banane aux Antilles entre 1972 et 1993.
 
Ce n’est pas la première fois que des recherches sont menées pour tenter de connaître les effets nocifs de la chlordécone sur la santé. Cette question préoccupe énormément les populations en Martinique et en Guadeloupe, exposées à cette molécule. Elle s’est installée dans les terres et se retrouvent dans certains aliments, comme les légumes racines, des poissons et crustacés ainsi que certaines viandes.  Santé publique France estime que 95% des Guadeloupéens et 92% des Martiniquais sont contaminés.
 

Quels impacts sur la santé ?

Dans ces territoires où les cancers de la prostate sont augmentation, il existe un doute sérieux. Des études ont été menées à partir de 2004 en Guadeloupe, et 2012 en Martinique. Mais pour l’Institut National du Cancer, ces études n’ont pas permis de répondre à la question posée : "Quelle est la part du risque d’occurrence de cancer de la prostate et particulièrement les cancers évolutifs, liée à la chlordécone, parmi l’ensemble des facteurs de risques connus et/ou potentiels ? "
 

Un programme sur 5 ans

Pour répondre à cette question, une méthodologie a été mise en place par un comité scientifique. Constitué d’experts internationaux, le comité scientifique accompagnera l’ensemble du programme de recherche. Des domaines multiples comme la toxicologie, l’onco-urologie, l’épidémiologie environnementale, ou encore la génomique seront explorés. Un programme doté d’un budget de 3 millions d’euros. Des points d’étape sur l’évolution des travaux devront être faits régulièrement.

L'intégralité de l'interview du directeur général de l'Institut National du Cancer, Thierry Breton. 
 

Thierry Breton, directeur général de l'Institut National du Cancer



  

Une autre étude en cours

Ce programme qui doit voir le jour bientôt, n’est pas le seul mené sur le sujet. Le dernier en date est celui de l’Inserm. Les travaux à l’Institut National de la santé et de la Recherche médicale, ont été demandé par "5 directions générales de l’Etat (la prévention des risques, la santé, le travail, l’alimentation) et le ministère de l’agriculture et de l’alimentation".

Les experts se sont basés sur toutes les dernières études sur le sujet. L’étude conclut "que la relation causale entre l’exposition au chlordécone et le risque de survenue du cancer de la prostate est vraisemblable". Les experts relèvent toutefois que c’est un exercice difficile car le cancer peut se développer longtemps après le début de l’exposition ce qui rend la démonstration scientifique compliquée. Le résultat est donc un "jugement sur la convergence des conclusions issues d’études épidémiologiques et des données toxicologiques et mécanistiques qui permet d’apprécier la vraisemblance d’une relation causale". Des résultats mis à jour début 2020 afin de tenir compte des nouveaux travaux publiés au printemps dernier. Une autre étude sera mise en place dans le cadre du plan national chlordécone. 

Ecoutez l'intégralité de l'interview du professeur Luc Multigner de l'Inserm auteur de plusieurs études sur le sujet. 

Professeur Luc Multigner de l'Inserm


 
Les Outre-mer en continu
Accéder au live