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La faune sous-marine de Nouvelle-Calédonie étudiée au microscope à Concarneau

Dix-huit biologistes venus du monde entier terminent à Concarneau leurs observations sur des échantillons prélevés en 2016 et 2017 au sud et à l'ouest du Caillou. L'étude de ces coraux, éponges, mollusques et crustacés permettra de comprendre le fonctionnement des habitats sous-marins.

Issus des campagnes océanographiques Kanacono (2016) sur la ride de Norfolk et Kanadeep (2017) sur la ride de Lord howe, ces spécimens rares ou inconnus iront enrichir les collections du Muséum d'histoire naturelle. © Julie Straboni
© Julie Straboni Issus des campagnes océanographiques Kanacono (2016) sur la ride de Norfolk et Kanadeep (2017) sur la ride de Lord howe, ces spécimens rares ou inconnus iront enrichir les collections du Muséum d'histoire naturelle.
  • Par Julie Straboni
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Eric Panté ouvre délicatement le petit bocal contenant une gorgone minuscule : "Je lui ai donné un nom, c'est une hypothèse. Il s'appelle Peltastisis cornuta." Le chargé de recherche du CNRS à l'université de La Rochelle est émerveillé par cette trouvaille. "Nous nous sommes rendus compte que c'est un spécimen qui a été collecté une fois en 1900. C'est donc quelque chose d'extrêmement rare et d'assez précieux. On va pouvoir faire une analyse génétique et le placer dans l'arbre de la vie."

Réseau international de spécialistes

Cet arbre informe sur les liens de généalogie entre les individus. Est ce qu'il s'agit de la même espèce que celle de 1900 ? Ou une nouvelle espèce qui lui ressemble ? "Je viens d'envoyer un courriel à un collègue qui est en Tasmanie, qui est spécialiste de cette famille et qui va pouvoir me dire si je me suis trompé ou pas."

Eric Panté, de l'université de La Rochelle, est un spécialiste des coraux. A droite, la fameuse gorgone Peltastisis cornuta. © Julie Straboni
© Julie Straboni Eric Panté, de l'université de La Rochelle, est un spécialiste des coraux. A droite, la fameuse gorgone Peltastisis cornuta.

C'est le Muséum d'histoire naturelle qui organise ces ateliers, grâce au développement d'un réseau international de biologistes hyper spécialisés. Celui-ci, qui concernait les coraux et les éponges, aura duré trois semaines à la Station de biologie marine de Concarneau, en Bretagne. Dans les prochains mois on triera et identifiera les crustacés, les mollusques et les polychètes (des sortes de vers) ramenés dans le cadre de ces mêmes expéditions sous-marines. Prélevés en 2016 et 2017 entre 100 et 1000 mètres de profondeur, ces organismes sont préservés dans de l'alcool ou du formol. Ils seront ensuite stockés au Muséum à Paris, où d'autres scientifiques étrangers pourront les étudier.

La station de biologie marine et le Marinarium de Concarneau © Julie Straboni
© Julie Straboni La station de biologie marine et le Marinarium de Concarneau

"C'est intéressant en terme de biodiversité, mais aussi en terme de compréhension de l'évolution de groupes taxonomiques (Ndlr : qui regroupe des espèces partageant des critères spécifiques et un même ancêtre commun), explique Eric Planté. D'une part on veut savoir ce qui a fait qu'un groupe en particulier est riche en espèces, mais on a aussi des grandes questions en écologie et en évolution. Par exemple : est ce qu'il y a beaucoup de connectivité entre les monts sous-marins de la ride de Norfolk (au sud de l’île des Pins) et les pentes de la Nouvelle-Calédonie (grande terre) ? Cela nous permet de réfléchir aux moyens de préserver la biodiversité, il y a un angle de conservation."

Étonnés d'une telle diversité

Ils sont venus d'Australie, des États-Unis, sont originaires du Portugal ou d'Italie. Penchée sur un microscope, l'Americaine Catherine Mc Fadden, experte en octocoralliaires, s'extasie devant chaque spécimen. "C'est incroyable la variété d'espèces que l'on trouve ici ! On a fait de nouvelles découvertes vraisemblablement. On ne sait pas très bien de quoi il s'agit, il semblerait que cela soit des coraux que l'on n'a jamais vus auparavant ! C'est passionnant." 

Catherine Mc Fadden est venue de Los Angeles pour une semaine. Elle aurait aimé avoir plus de temps pour étudier la faune de Nouvelle-Calédonie © Julie Straboni
© Julie Straboni Catherine Mc Fadden est venue de Los Angeles pour une semaine. Elle aurait aimé avoir plus de temps pour étudier la faune de Nouvelle-Calédonie

Magalie Castelin, du Muséum d'histoire naturelle, encadre ces travaux. La maître de conférence confirme l'impression générale : "La faune de Nouvelle-Calédonie est extrêmement riche. Au début de l'atelier les chercheurs nous on dit "Mais pourquoi avez-vous récolté autant ?". Mais à l'ouverture des sacs il se rendent compte qu'à chaque collecte il y a 15, 16 espèces de coraux différentes, ou d'éponges, ou de crustacés... Et donc au bout de quelques jours ils nous disent "Ah oui, vous n'avez pas trop récolté puisqu'à chaque fois c'est des nouvelles espèces !" C'est une zone qui est l'une des plus riches du Monde pour ces profondeurs. Les chercheurs sont très contents et en même temps très étonnés de cette diversité."

Magalie Castelin, maître de conférence au Muséum d'histoire naturelle, observe un corail dentelle © Julie Straboni
© Julie Straboni Magalie Castelin, maître de conférence au Muséum d'histoire naturelle, observe un corail dentelle

Ces découvertes permettront peut-être un jour de déboucher sur des applications thérapeutiques, car certains organismes (comme les éponges) vont apporter des connaissances sur les molécules chimiques et pharmaceutiques.

Kanadeep 2 en 2019

Une nouvelle campagne océanographique est programmée pour l'an prochain sur la ride de Norfolk (au sud de l'île des Pins) et celle des Loyautés. On change de dimension cette fois avec un plus gros navire (L'Atalante, un bateau de l'Ifremer) et un robot submersible embarqué (Victor 6000). 

Pour la première fois, on pourra explorer les pentes des monts sous-marins, faire des vidéos et des prélèvements. Les images permettront d'avoir une meilleure idée de la structure des habitats, de mieux connaître les associations entre espèces (tel crustacé vit sur telle gorgone par exemple), et de se rendre compte de l'impact des collectes initiées il y a 40 ans.

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