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Le Festival KOMIDI de La Réunion fait son marché dans le Off d’Avignon

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Des acteurs collent des affiches de leur spectacle au festival d'Avignon, en juillet 2017. ©ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP
Le festival de théâtre KOMIDI de La Réunion, qui vient de fêter cette année son 10e anniversaire, s'est déplacé au Off d’Avignon avec une mission : faire sa sélection qui conduira en grande partie au programme auquel auront droit les Réunionnais l’an prochain.
Il en va du théâtre avec le Festival d’Avignon comme du cinéma avec le Festival de Cannes : derrière les scènes proposées pour l’un ou les films pour l’autre, se cache un véritable marché où fourmillent les programmateurs de salles ou de festival. Et littéralement, ces derniers viennent faire leur marché, assistent à des dizaines ou des centaines de spectacles, rencontrent les compagnies et composent un an à l’avance ce qui fera le programme de la manifestation ou du lieu dont ils s’occupent.
 
C’est à cette tâche que les organisateurs de festivals de théâtre comme celui de KOMIDI à la Réunion s’attèlent. Une fois leur manifestation achevée en mai, ni une ni deux, il leur faut déjà préparer la saison suivante et arpenter en juillet les rues d’Avignon afin de trouver les perles rares qui égaieront petits et grands durant la quinzaine de l’an prochain. Choix difficiles à faire, parmi quelque 1500 spectacles, choix qui doivent à terme se révéler payants…
 

Dix ans d'existence 

Petit retour en arrière : le festival de KOMIDI de la Réunion a fêté cette année ses dix ans d’existence. Créé à l’origine pour amener la culture - et singulièrement le théâtre - dans les lieux de l’île où celle-ci avait du mal à se faire une place, notamment auprès des élèves, le festival a rapidement évolué pour s’intéresser à toutes les formes théâtrales existantes et intéresser le plus large public réunionnais.

Des troupes locales d’amateurs du début, les co-fondateurs de cette initiative se sont rapidement dit qu’il n’y avait aucune raison de ne pas faire se rencontrer professionnels et public en demande. Dès lors quoi de mieux que le grand carrefour théâtral du festival Off d’Avignon pour repérer, sélectionner et faire venir sur place à La Réunion les spectacles qui tournent toute l’année en France métropolitaine. C’est chose faite aujourd’hui et l’équipe déplace 5 personnes qui assistent en quelques jours à quelque 130 spectacles pour n’en retenir au final que 35 qui feront le sel de la programmation de KOMIDI. Ajoutés à cela, une quinzaine de spectacles issus de la création théâtrale locale.

 
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©DR

Quatre communes dans l'aventure 

Et de l’aveu même des responsables de KOMIDI, bien des choses ont changé au cours de ces dix ans ; auprès, au départ, de la seule commune de Saint-Joseph, quatre autres communes se sont jointes à cette aventure : Petite Île, Saint-Philippe, Saint-Pierre et Saint-Louis. La fréquentation n’a eu de cesse d’augmenter, preuve d’un intérêt croissant du public pour le spectacle vivant, pour peu qu’un programme varié et de qualité puisse continuer à lui être proposé. Toutes les pièces venant d’Avignon ne donnent pas la garantie du succès d’un spectacle mais avouons-le, il y a là un label qui incite le public à naturellement faire confiance.

Quand l’auteur et metteur en scène du moment Alexis Michalik déplace l’an dernier à KOMIDI ses comédiens en proposant pas moins de deux de ses pièces à succès « Le cercle des illusionnistes » et la toute dernière-née promise, elle aussi, à un bel avenir « Intra-muros », il y a sans doute là la récompense d’un travail de détection, de relation voire de fidélité – car il ne s’agissait pas de la première visite de Michalik à la Réunion à une époque où le succès n’était pas aussi retentissant que maintenant.
 

Spectacles variés

Vu encore à Avignon cette année et présent à l’édition 2017 de KOMIDI, des spectacles variés et de haute tenue comme « La main de Leïla » d’Aïda Asgharzadeh et Kamel Isker, « Bashir Lazhar » d’Evelyne de la Chenelière ou encore « La Fossette Bleue » de Raphaële Moussafir. Et l’édition 2018 du festival réunionnais, à l’issue des emplettes faites à ce festival d’Avignon qui va bientôt fermer ses portes, se dessine déjà avec des pièces comme « Le bois dont je suis fait », « Résistantes », et autre « Flonflon » dont la sélection est d’ores et déjà quasi-assurée…
 
Si le pari de faire circuler la culture jusque dans les hauts de la Réunion et dans tout le Sud de l’île se gagne d’édition en édition, si l’enthousiasme de cette poignée d’irréductibles amateurs de théâtre a fini par payer au fur et à mesure du développement du festival, la question peut se poser – et se pose sûrement d’année en année - sur la pérennité d’une telle opération.

Fin provisoire d'un marathon 

Structurellement, il faut assurer le passage et le séjour des troupes théâtrales de métropole à La Réunion, faire construire les décors sur place quand ceux-ci sont trop contraignants à transporter, faire fonctionner toute cette organisation en accueillant des milliers de spectateurs sur l’ensemble des sites du Festival… Le tout en maintenant des tarifs qui oscillent entre 1 euro pour les scolaires à 3 euros pour le grand public (il faut d’ailleurs être rapide car les places, paraît-il, s’arrachent et on le comprend en moins de trois heures sur le site du festival !)… Bref, c’est un pari d’une autre nature – économique, celle-là - qu’il faut là remporter en s’assurant chaque année que les partenaires publics et privés suivent.
 
En attendant, le Festival Off d’Avignon s’achevant, c’est aussi la fin provisoire d’un marathon pour les organisateurs du Festival KOMIDI de La Réunion qui pendant quelques semaines cesseront de courir mais s’attacheront dès la rentrée à peaufiner la sélection de leur programmation. Un autre type de marathon, un vrai casse-tête cornélien.
 
Le Festival KOMIDI de La Réunion a lieu tous les ans à Saint-Joseph, Petite Île, Saint-Philippe, Saint-Pierre et Saint-Louis. Prochaine édition à compter du 27 avril 2018. 
 
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