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Feux en Amazonie : sous pression, Jair Bolsonaro autorise l'envoi de l'armée

Le président brésilien Jair Bolsonaro a autorisé, vendredi 23 août, la mobilisation de l'armée en Amazonie pour lutter contre les incendies, en réponse à la pression internationale croissante contre le Brésil.

© Fabio Teixeira, DPA, AFP
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  • La1ère avec AFP
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La mesure a été prise par décret par Jai Bolsonaro. Le président d'extrême droite a autorisé, à partir de samedi et pour une durée d'un mois, les gouverneurs des États concernés à mobiliser l'armée pour "l'identification et la lutte contre les foyers d'incendies", ainsi que pour "des actions préventives et répressives contre les délits environnementaux".

De l'autre côté de l'Atlantique, l'Amazonie est devenue "une priorité" à la veille du sommet du G7 de Biarritz (sud-ouest de la France). Vendredi, le président Emmanuel Macron a accusé Jair Bolsonaro d'avoir "menti" sur ses engagements climatiques et a décidé de s'opposer à l'accord de libre-échange UE-Mercosur.

De son côté, le Premier ministre britannique Boris Johnson a estimé que les incendies constituaient une "crise internationale", avant le sommet de ce week-end dont devraient sortir des "initiatives concrètes".

"Le feu le plus ardent est celui de notre souveraineté sur l'Amazonie" a tweeté le président brésilien avant de répondre à Emmanuel Macron, l'accusant sur Twitter de vouloir "fomenter la haine contre le Brésil par simple vanité".
 

700 nouveaux feux en 24 heures

La ville de Porto Velho, dans l'Etat amazonien de Rondonia (nord ouest), était recouverte vendredi d'un fin nuage rougeâtre de fumées. "Cette situation n'est pas normale", a commenté le réceptionniste d'un hôtel situé dans cette zone. "C'est à cause des feux de forêt."
À une soixantaine de kilomètres de Porto Velho, d'épais rideaux de fumée grise étaient visibles au-dessus de la végétation tropicale où des flammes dévoraient des arbres, les vents forts attisant la fournaise.

Le gouverneur de l'Acre, un État voisin, a quant à lui décrété une situation d'urgence.

Quelque 700 nouveaux feux ont été enregistrés en 24 heures jeudi, selon les chiffres communiqués vendredi par l'Institut national de recherche spatiale (INPE).

L'INPE, dont le patron a été limogé début août après avoir publié des données sur la déforestation jugées mensongères par Jair Bolsonaro, a indiqué que 76 720 feux de forêt avaient été enregistrés dans le pays de janvier jusqu'au 22 août - soit 85% de plus que l'an dernier sur la même période. Plus de 52% d'entre eux concernent l'Amazonie.
 

"Psychose environnementale"

Des manifestations en défense de l'Amazonie se déroulaient en fin de journée à Sao Paulo et Rio de Janeiro, d'autres ont eu lieu devant les ambassades et consulats du Brésil dans le monde, à l'appel de nombreuses ONG. Parmi celles-ci le mouvement de la jeune Suédoise Greta Thunberg, "FridaysforFuture".

À Brasilia, jeudi déja, Jair Bolsonaro, après avoir évoqué une "psychose environnementale", a finalement tenu tard jeudi une réunion de crise avec une demi-douzaine de ses ministres, dont ceux de l'Environnement Ricardo Salles et de la Défense Fernando Azevedo e Silva. Cette réunion a visiblement été convoquée en réaction aux pressions qui s'accentuaient sur le président pour sauver l'Amazonie, dont 60% se trouve en territoire brésilien.

Les feux de forêt, essentiellement dus à la déforestation, aggravée par la saison sèche (qui se poursuivra en septembre, NDLR) ont pris une dimension internationale jeudi. L'ONU et Emmanuel Macron ont interpellé vivement Jair Bolsonaro tandis que se multipliaient sur les réseaux sociaux les appels de la planète politique, sportive ou hollywoodienne en faveur du "poumon de la planète".

"La suggestion du président français selon laquelle les affaires amazoniennes seraient discutées au G7 sans la participation de la région évoque une mentalité colonialiste dépassée au XXIe siècle", a-t-il rétorqué au président français.

Les alliés du président se déchaînaient sur Twitter, tel son fils Eduardo, un député et possible prochain ambassadeur du Brésil aux États-Unis, qui retweetait une vidéo de violentes manifestations de gilets jaunes en France avec le texte : "Macron est un idiot".
 

Risque de sanctions et représailles

Le puissant secteur de l'agro-négoce, gros exportateur au Brésil et jusqu'ici soutien politique actif de Jair Bolsonaro, commençait toutefois à s'inquiéter des répercussions économiques de la montée de tensions avec les partenaires commerciaux de la première puissance économique d'Amérique latine.

Pour l'analyste Thomaz Favaro, le président brésilien a "mis de l'huile sur le feu avec ses commentaires (...) sur le rôle des ONG et sur Macron". "Il a aggravé le risque de sanctions et de représailles, y compris contre l'accord UE-Mercosur".

Suivant le modèle de la France, dont la Guyane abrite une petite partie de la forêt amazonienne, l'Irlande a, elle aussi, menacé de bloquer l'accord si le Brésil ne réagissait pas.

La presse brésilienne déplore l'impact très négatif des positions de Jair Bolsonaro sur l'image du Brésil à l'étranger. "La relation à court terme avec l'Europe va vraiment être difficile", a déclaré à Oliver Stuenkel, de la Fondation Getulio Vargas (FGV), groupe de réflexion brésilien fondé en 1944 et ayant pour mission de stimuler le développement socio-économique du Brésil.

Le président d'extrême droite, climato-sceptique notoire, a affirmé avoir des "soupçons" sur une responsabilité des ONG dans les incendies en Amazonie. Une déclaration qui a provoqué l'ire de 118 ONG qui l'ont accusé d'"irresponsabilité".

En début de semaine, il avait également accusé les gouverneurs des États amazoniens "de ne pas avoir levé le petit doigt" contre les incendies et même de "connivence".
 

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