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Grenelle contre les violences conjugales : "Je pense que la place des Outre-mer n’est pas suffisante", estime la Martiniquaise Chantal Clem

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Chantal Clem
Chantal Clem, en novembre 2019 à France Ô. ©PT / FTV
A quelques jours de la fin du Grenelle contre les violences conjugales, Chantal Clem, qui a organisé en avril les premières Assises nationales des violences faites aux jeunes filles et aux femmes dans les Outre-mer, appelle l’Etat à plus de concertation avec les associations ultramarines.
« Respecter le pacte républicain ». C’est le leitmotiv de la Martiniquaise Chantal Clem, responsable du projet Figures de Femmes Totem des Outre-mer et organisatrice au mois d’avril des premières Assises nationales des violences faites aux jeunes filles et aux femmes dans les Outre-mer. Alors que le Grenelle national contre les violences conjugales se termine lundi 25 novembre, cette militante associative passionnée fait le point sur les travaux concernant les territoires ultramarins.

Avant la parution prochaine du Livre blanc sur les violences faites aux jeunes filles et aux femmes dans les Outre-mer, à la suite des Assises nationales que vous avez organisées en avril sur ce sujet, quelle est votre position sur le Grenelle contre les violences conjugales mis en place par le gouvernement, auquel vous avez participé ?
Chantal Clem : Je pense que la place des Outre-mer n’est pas suffisante. Je considère qu’il y a encore ce fameux rapport entre centre et périphérie qui demeure et qui selon moi va contre le pacte républicain. J’ai été reçu deux fois par le cabinet de madame Schiappa (secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, ndlr) pour un travail de concertation et j’ai demandé qu’il y ait un processus de co-construction qui se mette en place. Il faut arrêter le travail jacobin et aller vers un travail de concertation et de consultation. En ce qui concerne notre Livre blanc, je ne veux pas qu’il aille seulement dans les institutions. Je souhaite qu’il soit à la portée de tous. Aussi, il sera rendu public de manière digitale sur le site Figures de Femmes Totem des Outre-Mer (FFTOM) et il sera téléchargeable.

Quelles sont les principales recommandations que vous faites dans ce Livre blanc sur les Outre-mer ?
Premièrement, que le ministère des Outre-mer et la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa fassent davantage un travail de co-construction et de concertation avec les associations afin de définir ensemble une vraie politique d’orientation stratégique en direction des Outre-mer, car les structures existantes ne sont pas suffisantes. Elles sont trop centralisées et trop loin des réalités ultramarines. Dans cette suite logique j’ai demandé que soit mise en place une délégation interministérielle avec un référent dans chaque territoire pour qu'il y ait un groupe de pilotage afin de définir ensemble des projets transversaux. Cette délégation aurait pour mission entre autres de préparer les Assises de 2021, car je pense qu’il faut qu’il y ait une suite aux Assises actuelles. Je souhaite aussi qu’il y ait un guichet unique, un observatoire digital qui soit mis en place. Il collecterait par transversalité toutes les données sur les Outre-mer. Il faut continuer à évaluer, faire des états des lieux et innover, améliorer, car le fléau grandit en permanence. Pourtant, il n’y a jamais eu autant de droits par rapport à avant. Nous devons revoir la méthode et la pédagogie, il faut peut-être revoir les paradigmes.

>>> Ecoutez l’intégralité des propositions de Chantal Clem

Chantal Clem


Considérez-vous qu’il existe des spécificités relatives aux violences envers les femmes dans les Outre-mer, vu le nombre plus élevé de ces violences dans ces territoires ?
Il y a déjà le problème de l’exiguïté des territoires, notamment aux Antilles, qui fait qu’il est plus facile pour les hommes de retrouver éventuellement leurs victimes. Il y a aussi le fait culturel, qui ne doit aucunement justifier des choses, mais qui peut en expliquer certaines. Nous les Antillais, sommes pudiques, même si nous sommes plutôt extravertis, et nous touchons au domaine le plus intime qui soit. Donc c’est très difficile pour certaines de s’exprimer. Beaucoup de femmes disent aussi « ma grand-mère vivait cela, ma mère vivait cela »… Donc il y a des choses qui s’expliquent par l’histoire et la construction sociale.
Voilà pourquoi le travail des associations est très important, celui de libération de la parole. Cela permet de sortir d’une prison et d’entrer dans un chemin de reconstruction, même si les violences se sont produites il y a des dizaines d’années. Je peux dire que la qualité du travail des femmes dans les associations dans les Outre-mer est extraordinaire, ces femmes sont des héroïnes. C’est un travail discret, qui n’est pas affiché sur la place publique, mais qui sauve et libère des vies.
 
Regardez le spot de sensibilisation contre les violences faites aux femmes et aux jeunes filles d'Outre-mer 
Comment expliquer selon vous qu’en dépit de toutes les campagnes de sensibilisation et de prévention, les féminicides et les violences envers les femmes continuent d’augmenter en France ?
Si nous mettons en place des outils que nous n’évaluons pas, qui ne sont plus adaptés, comment voulez-vous que cela n’augmente pas ? Concernant les Outre-mer, si toutes les décisions sont prises par le haut dans un Etat jacobin où il n’y a pas de concertation, où l’on a pas été voir ni écouté les associations, comment voulez-vous que ce soit autrement ? Par exemple quand le Grenelle national s’est ouvert, il n’y avait pas une seule représentation des Outre-mer, alors que ce sont les territoires les plus sinistrés. Ce n’est pas normal que la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa n’ait jamais mis les pieds dans ces territoires à part un voyage fugace à La Réunion. Il faudrait une tournée complète. Il y a un problème de méthode et également de moyens, qui sont insuffisants actuellement pour une politique publique qui est une des priorités du gouvernement. Il faut des moyens adaptés et proportionnés à l’ampleur de la situation. Et je répète que dans une problématique qui doit faire l’unité nationale nous devons avoir une réponse d’union nationale. Pas une réponse qui soit spécifique à l’Hexagone et une autre différenciée pour les Outre-mer. C’est contre le pacte républicain.
 
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