Guyane: face au Covid-19, des villages amérindiens se referment sur eux

A l'entrée du village arawak de Sainte-Rose de Lima à Matoury, en Guyane, on ne passe plus. Dans ce hameau amérindien de 600 habitants, le chef coutumier et ses adjoints imposent depuis plus d'une semaine le filtrage des entrées après plusieurs cas de Covid dans un village arawak voisin, Cecilia.
"On a mis des barrières d'abord à cause de l'histoire au village Cécilia, où vivent des membres de nos familles, et puis on s'est dit que comme les gens ne veulent pas respecter le confinement et le couvre-feu (décidé pour l'ensemble de la Guyane, actuellement en stade 2 de l'épidémie, ndlr) on allait fermer le village", explique, debout contre la barrière, Dominique Visser, le "basia" (adjoint) au chef coutumier de Sainte-Rose de Lima, proche de l'aéroport de Cayenne.

Pas de masques pour la majorité de ceux qui réglementent l'entrée du village, mais ordre est donné d'interdire l'entrée à toute "personne étrangère" hormis les "infirmiers et les pompiers". Pour le reste, paradoxalement, les villageois continuent à sortir à pied, en voiture ou en scooter ou à tondre à plusieurs les abords du terrain de foot.

"Quand un village est touché, les autres vont l'être, car nous sommes tous en lien", s'alarme Claudette Labonté, présidente de l'association des Pahikwene (une des sept nations améridiennes, ndlr) de Macouria, commune de Guyane où deux villages amérindiens ont aussi décidé de se barricader.

Le 9 avril, un arrêté préfectoral avait placé le village arawak Cécilia, sur la commune de Matoury (en périphérie de Cayenne) en quarantaine "pour 14 jours" avec un accès réglementé par les gendarmes suite à la découverte d'un "foyer épidémique" au Covid-19. Ici, pas question de sortir. "Le risque de propagation du coronavirus (...) est important", souligne l'arrêté.

C'est dans ce village que vivait la première victime du Coronavirus en Guyane, un homme de 70 ans dont le décès a été annoncé lundi.

Mercredi dernier, Cécilia comptait 20 cas positifs, selon les dernières informations officielles recueillies par l'AFP.

Sous les chants des coqs, Chovanit Sabajo raconte son quotidien sous "quarantaine". "Le village est carrément désert, le seul moment où il y a un petit rassemblement c'est quand il faut venir chercher du pain", commente ce père de famille. "Ceux qui sont guéris sont rentrés chez eux après une hospitalisation mais ils n'ont pas le droit de sortir, alors du monde leur apporte à manger à domicile".


Mégaphone 

Des ravitaillements ont été décidés dans cette enclave de près de 300 habitants. "La distribution alimentaire se passe bien. On essaye de bien nous organiser pour que tout se passe dans la convivialité avec les distances de sécurité. Mercredi, nous avons reçu du poisson frais, des légumes et tous les matins on a du pain frais", poursuit-il. La livraison, d'un total de 700 kg, a été réalisée par la collectivité territoriale de Guyane.

Selon des informations recueillies par l'AFP, les chefs de six villages amérindiens du littoral ont déjà instauré par eux-mêmes des restrictions de déplacement.

100 villages amérindiens existent en Guyane pour environ 10.000 habitants. Ils sont l'équivalent d'un hameau mais sont régis par une organisation communautaire bien orchestrée et possèdent chacun un nom et au moins un chef, homme ou femme, au statut reconnu.

"Les chefs s'organisent. Au village Bellevue (commune d'Iracoubo) notre cheffe passe avec le mégaphone, elle fait du porte à porte, donc les gens commencent à respecter le confinement, et en plus il y a des contrôles de la gendarmerie", note Alain Mindjouk, militant kali'na (autre peuple amérindien, ndlr) et natif de la commune.

Mme Labonté qui ne cache pas son inquiétude pour les "anciens" : "chez nous, beaucoup ont du diabète ou de l'hypertension à cause du changement brutal de leur alimentation". La militante s'inquiète aussi pour "ceux qui vivent à cinq-six familles sous le même toit".

"Nous voulons êtres associés aux prises de décision et travailler en collaboration avec l'Agence régionale de santé", affirme-t-elle.