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Guyane : nouvelle vague de suicides chez les jeunes Amérindiens

Cinq suicides et 13 tentatives de pendaison ont eu lieu en trois mois au sein de la jeune population amérindienne de l'ouest guyanais, entraînant le recours à des renforts sanitaires pour tenter d'endiguer un phénomène apparu depuis les années 80.

Maripasoula © JODY AMIET / AFP
© JODY AMIET / AFP Maripasoula
  • LA 1ère (avec AFP)
  • Publié le , mis à jour le
La communauté amérindienne guyanaise a été frappée par plusieurs vagues de suicide ces dernières décennies, les plus récentes remontant à 2011 et 2015. Le phénomène est notamment lié au déchirement de ces jeunes, partagés entre la société traditionnelle dans laquelle ils sont nés et la société plus moderne à laquelle ils se trouvent ensuite confrontés très jeunes, avait souligné un rapport parlementaire de 2015.
 

Apprendre aux enfant à "s'adapter"

Depuis la Saint-Sylvestre, 13 tentatives de suicides de jeunes adultes ou mineurs scolarisés, dont un collégien de "12 ans", ont été recensées, quasi exclusivement dans deux villages amérindiens de la commune de Maripasoula, à l'intérieur des terres, a révélé à l'AFP sous couvert d'anonymat une source proche du dossier. De même source, parmi les 13 tentatives de pendaison, "10" ont eu lieu en 4 jours à Elahé et Kayodé, petits villages autochtones éloignés de 300 habitants, soit une tentative de suicide pour 30 habitants.

Le 6 janvier dernier, la cheffe coutumière de Bellevue, prenait la parole sur Guyane La 1ère après les suicides qui avaient endeuillé Maripasoula. "Moi je me souviens que j'avais dit à quelqu'un 'j'ai peur de mon avenir', se remémore Cécile Kouyouri. Le fait de vivre en ville et de revenir chez nous, dans notre milieu familial, c'est deux choses différentes. Il faut concilier les deux pour pouvoir avancer." "Les parents doivent apprendre aux enfants qu'il y a une autre vie à l'extérieur, leur apprendre à s'adapter. Pas être assimilé, mais s'adapter parce que tout le monde ne vit pas comme les Amérindiens.
 

La jeunesse doit trouver sa place dans la société dans laquelle nous vivons. 

 
Cécule Kouyouri : "il y a une autre vie à l'extérieur"
 

Un mal-être profond

Ces tentatives s'ajoute aux cinq suicides - dont un jeune de 14 ans - depuis octobre 2018, dans cette même aire géographique, où les enfants sont obligés de quitter leurs parents à l'entrée du secondaire pour aller dans des collèges du littoral. Là, ils vivent dans des conditions d'hébergement (internats, familles d'accueil, proches) dégradées, souvent dénoncées par les familles et le monde enseignant. "Ça fait longtemps que ce problème existe", les ministères des Outre-mer et de la Santé "ne nous donnent même pas de moyens pour agir. Il ne suffit pas d'envoyer un hélicoptère en urgence lorsqu'il y a un suicide", a déploré un professionnel de santé à l'AFP.

Le rapport "Suicides des jeunes Amérindiens en Guyane française" dressé en 2015 par Marie-Anne Chapdelaine (ancienne députée PS) et Aline Archimbaud (ancienne sénatrice EELV) avait dénoncé un "scandale" national. Ces drames traduisent "le mal-être profond de ces jeunes, une immense désespérance, la souffrance de se sentir obligés de choisir entre deux mondes : celui de leurs parents, de leur village, auxquels ils sont vitalement attachés, ou celui, découvert au collège ou à la ville, d'une modernité qui se présente à eux de façon brutale", écrivaient leurs auteures. Elles décrivaient plus globalement des populations confrontées à "d'immenses difficultés pour accéder à des droits fondamentaux" (eau, électricité, téléphone).

La population des Amérindiens est estimée à environ 10.000 personnes en Guyane, en l'absence de statistiques ethniques. Si le taux de suicide du département est moins élevé qu'en métropole (8 pour 100.000 habitants contre 16,2 pour 100.000), "il existe une forte concentration des suicides sur les zones peuplées par les Amérindiens", selon le rapport.
 

Des initiatives

Face à l'ampleur du phénomène, les chefs des villages, le grand conseil coutumier et les parents d'élèves ont organisé des réunions de crise. Depuis début janvier, la préfecture organise des "réunions de coordination" hebdomadaires sur le sujet, mais sans les autorités coutumières. La réserve sanitaire, notamment en psychiatrie, a été mobilisée du 19 décembre au 19 janvier. Et l'agence régionale de santé (ARS) "réfléchit à la mobilisation notamment d'experts en ethnopsychiatrie et en contagion suicidaire", en plus des équipes mobiles qui interviennent régulièrement, a expliqué Fabien Laleu, son directeur adjoint.

Un programme "Bien être des populations de l'intérieur", a par ailleurs été lancé début 2018 et une vingtaine de "projets communautaires" ont été accompagnés pour améliorer le quotidien, pour un coût de "1 million d'euros". Annoncé depuis 2016, l'observatoire du suicide "devrait être opérationnel en juin 2019", selon M. Laleu. Parmi les "37 propositions prioritaires" du rapport parlementaire, figuraient la nécessité de "renforcer le dispositif de prise en charge psychiatrique", mettre en place un "programme de santé communautaire", "développer des politiques vigoureuses de lutte contre les addictions", mais aussi, déjà, résoudre le problème du "logement des lycéens amérindiens".

Le 11 janvier dernier, le préfet Patrice Faure assurait, au micro de Guyane La 1ère, avoir pris toutes les dispositions pour un renforcement de la cellule de suivi afin de juguler cette crise qui impacte cruellement la communauté amérindienne. Il soulignait qu'il fallait travailler avec les communautés et le grand Conseil coutumier afin que cette mobilisation commune porte ses fruits à court terme.

La réaction du Préfet Patrice Faure

 

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