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Haïti: le président Moïse s'attaque à marche forcée à la crise énergétique

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Jovenel Moïse
Jovenel Moïse ©Nicholas Kamm / AFP
Une poignée d'heures de courant par jour dans la capitale, même pas d'électricité dans certaines villes: le président haïtien Jovenel Moïse a décidé de s'attaquer à marche forcée à la crise énergétique qui mine depuis des décennies le développement du pays.
 
Quand la chance est de son côté, Edine Célestin, qui vit dans un quartier résidentiel de Port-au-Prince avec sa fille de 5 ans, peut avoir "entre deux et six heures" de courant dans la journée, mais il lui arrive aussi de passer "plusieurs jours sans électricité". 

Les rares Haïtiens qui peuvent financièrement se le permettre équipent leur domicile de générateurs. La jeune maman jongle elle avec deux ampoules rechargeables et deux batteries de secours pour son téléphone portable.
 

Quelques heures de courant par jour

Disposer d'électricité en permanence lui permettrait de manger plus sainement pour moins cher.
 

Les fruits et légumes ne se gardent pas longtemps, alors j'achète juste pour la journée ou je privilégie les aliments non périssables. Au détail, ça coûte plus cher et ça fait une dépense de plus pour le trajet.
- Edine Célestin, Haïtienne 


Production insuffisante, équipements vétustes non réparés... L'entreprise publique Electricité d'Haïti (EDH) ne fournit au mieux chaque jour que quelques heures de courant aux trois millions d'habitants de Port-au-Prince et de ses banlieues.   
 

"Marchands de black-out" 

"La demande sur le réseau métropolitain est d'environ 450 mégawatts, alors que nous produisons aujourd'hui 90 mégawatts. Tout le monde peut constater l'écart terrible entre la puissance disponible et la demande", regrette le directeur de l'Autorité nationale de régulation du secteur de l'énergie (ANARSE), Evenson Calixte.

Ce dernier accompagnait en début de semaine le président Jovenel Moïse lors de sa visite d'une centrale électrique de la capitale, récemment nationalisée dans ce contexte de pénurie endémique. Parce que le pouvoir en place dénonçait des surfacturations opérées par des "marchands de black-out", la centrale a été saisie par l'Etat en dépit du contrat signé en 2005 avec l'entreprise Sogener. 
 

Contestations

"On respecte ce qui appartient au secteur privé, mais si vous êtes quelqu'un qui disposez du peu qui devrait revenir au peuple, sachez que l'on va venir sur vous", s'est justifié lundi Jovenel Moïse --élu il y a trois ans sur un programme populiste-- à l'issue de sa rapide visite de l'usine aux murs d'enceinte fraîchement repeints
aux couleurs de l'EDH. 

Controversée sur le plan légal, cette saisie l'est aussi politiquement, car le directeur de l'entreprise Sogener compte parmi les principales voix de l'opposition au président. Me Guerby Blaise, avocat de Sogener, dénonce un "usage abusif de la puissance publique" et une "répression politique".

Les organisations patronales haïtiennes voient quant à elles dans cette décision le signal "d'une tentation autoritaire et d'une tyrannie naissante".
 

Aide taïwanaise en souffrance

Contestée par ses adversaires, la démarche de Jovenel Moïse pour améliorer la couverture énergétique du pays ne bénéficie pas non plus de l'appui de son propre
camp. 

Taïwan avait accordé en mai 2018 une enveloppe de 150 millions de dollars à Haïti pour l'aider à étendre les réseaux sur son territoire. Mais le parlement, à la majorité acquise au président, n'a jamais ratifié ce prêt. 
 

Quand le président a une vision, une volonté, il faut qu'il y ait une quantité d'éléments qui s'ajoutent, c'est un puzzle. Si les autres pouvoirs n'emboîtent pas le pas, c'est un problème.
- Jovenel Moïse, président d'Haïti


Sans avoir encore de garantie de financement, le pouvoir exécutif ne suspend pas pour autant les procédures d'appels d'offres pour rénover ou créer des réseaux
à travers le pays.
 

Troubles politiques

Souhaitant profiter de l'ensoleillement privilégié encore inexploité en Haïti à l'échelle industrielle, l'ANARSE affirme désormais privilégier l'énergie solaire, mais aussi le gaz naturel et la biomasse. 

Peu de propositions du secteur privé, au niveau national ou de l'étranger, ont toutefois été déposées à cause des troubles politiques qui ont paralysé le pays entre août et décembre. 

La saisie de la centrale gérée par Sogener refroidit également les potentiels investisseurs. 
 
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