L’île d’Ischia, une fenêtre sur le futur des océans

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Château Aragonese
Château Aragonese - Dans ses eaux, les niveaux d'acidification sont très élevés ©Maria-Cristina Gambi
Plus il y aura de CO2 dans l’atmosphère et plus il y en aura dans les océans. Cette présence de dioxyde de carbone provoque ce qu’on appelle l’acidification des mers. Quel sera l’effet sur la faune et la flore marine dans les années à venir ?
Située dans le golfe de Naples au sud de l'Italie, Ischia est un laboratoire naturel d’acidification des mers. Son caractère volcanique fait qu'elle possède des sites sous-marins où l’acidité est comparable à celle que connaîtront, à moyen et à long terme, les océans du monde entier sous l’effet du réchauffement climatique.
Station Zoologique
Station Zoologique Anton Dohrn ©Tiziana Marone
Perchée sur les hauteurs du port de l’île, la Station Zoologique Anton Dohrn est dédiée à l’étude des fonds marins de cette zone.
Station Zoologique Anton Dohrn
Station Zoologique Anton Dohrn ©Tiziana Marone
Depuis 30 ans, les chercheurs analysent les effets de la présence du CO2 sur la faune et la flore marines. A Ischia, l’acidification est un phénomène tout à fait naturel explique la chercheuse Maria-Cristina Gambi, qui mène des études dans ce centre depuis 35 ans : "C’est dû à la nature volcanique de l’île. Dans les eaux d’Ischia, il y a plusieurs failles de la plaque terrestre et c’est d’ici que le gaz remonte. La particularité est qu’ici se concentre essentiellement du dioxyde de carbone à 95%".
Maria-Cristina Gambi
Maria-Cristina Gambi

Tout ne disparaît pas avec l’acidification

Situées à 4-5 kilomètres sous la mer, les failles de la plaque terrestre laissent donc s’échapper du CO2 sous forme de petites bulles.

Autour de l’île, et notamment sous le château ​Aragonese, existent plusieurs sites sous-marins présentant des concentrations différentes de dioxyde de carbone. Ces niveaux d’acidité sont comparables à ceux que connaîtront les océans du monde entier à la fin du siècle, dans certaines zones, l’acidification est comparable à celle qui surviendra dans 300 ans, selon Maria-Cristina Gambi : "Nous avons constaté qu’à des niveaux faibles de présence de ce gaz, près d’un tiers des espèces marines disparaît. A des niveaux plus élevés, la disparition touche la moitié de certaines organismes, alors qu'en acidification sévère, seules quelques espèces de végétaux résistent".

Les algues, un système tampon contre le CO2

A l’instar des forêts sur Terre, les algues représentent un système tampon contre l’acidification : "Elles se servent du CO2 comme carburant pour la photosynthèse. Les poissons, eux, sont très mobiles, dès qu’ils ressentent un dérangement excessif dû à l’acidification, ils se déplacent… par contre, le CO2 détruit les procédés de calcification indispensables pour les coraux qui ont besoin de ces maisons en calcaire pour vivre… c’est comme si le gaz leur volait les briques pour construire leurs maisons !"

"Mon inquiétude, c’est l’espèce humaine"

Maria-Cristina Gambi se sert de ces modèles de prospection marine pour documenter les scénarios futurs. Et comme tout scientifique, elle ne se dit pas pessimiste quant à l’avenir de la nature qui arrivera toujours à trouver son équilibre : "Le système naturel peut se régénérer. Mon inquiétude est l’espèce humaine. Sa survie est strictement liée à l’environnement, alors que la nature n’a pas besoin de l’Homme pour vivre !"
 
Les modèles et les prospections réalisés à la Station Zoologique d’Ischia à partir de ces analyses ont été le point de départ de nombreuses études dans le monde entier : à Villefranche dans le sud de la France, en Californie, au Japon, en Indonésie, en Nouvelle-Calédonie, les chercheurs de la planète utilisent ces modèles pour envisager la vie future des océans.

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