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Interdiction des bouledogues dans les avions : la mobilisation Outre-mer fait reculer les compagnies aériennes

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Particuliers, associations et vétérinaires se sont mobilisés en Outre-mer et dans l'Hexagone pour protester contre l'interdiction des chiens brachycéphale (au nez retroussé) dans les avions. Face à la grogne, Air Caraïbes, Corsair et Air France proposent des alternatives.
C'est une petite victoire pour le meilleur ami de l'homme en Outre-mer. Les chiens brachycéphales, reconnaissables à leur face aplatie, pourront désormais prendre l'avion pour se rendre dans l'Hexagone. Mais sous certaines conditions.
 

Rentrer sans son chien « lui déchirerait le cœur »

En juin dernier, la mort du bouledogue Joy, laissé trop longtemps sur le tarmac guyanais dans l'attente de son vol Cayenne-Paris, avait poussé Air France à interdire les chiens brachycéphales à bord de ses avions. Une décision suivie quelques mois plus tard par les compagnies aériennes Air Caraïbes et Corsair. 

L'annonce a provoqué un tollé, notamment auprès des familles résidant en Outre-mer qui, suite à une mutation, souhaitaient rentrer dans l'Hexagone.

C’est le cas de Stéphanie Morcely. Cette trentenaire réside en Martinique depuis deux ans avec son époux militaire. Rentrer dans l’Hexagone sans Jude, son bouledogue, et Prada, son american bully, est pour elle inenvisageable.
 

J’étais en colère et triste. J’ai regardé mon bouledogue, Jude, en lui disant : ne t’inquiète pas, maman va trouver une solution. Tu as pu venir, tu repartiras avec nous. Mon fils n’a que quatre ans. Il est impensable pour lui que les chiens restent ici. Il a grandi avec eux et cela lui déchirerait le cœur. 
- Stéphanie Morcely

chiens interdits avions
Stéphanie et Jude, son bouledogue.

Fin octobre, la jeune femme décide alors d’ouvrir le groupe Je n’abandonnerai pas mon animal DOM TOM sur Facebook qui compte à ce jour plus de 700 membres.
Le jour-même, elle lance une pétition qui récolte plus de 3 000 signatures.
 

Risques d'euthanasies

Elle est loin d’être la seule à se mobiliser. Vétérinaires et associations se sont saisis de l’affaire.

Dans un courrier adressé à plusieurs organisations, dont le Conseil de l’Ordre des Vétérinaires d’Île de France et des DOM, Jean-Louis Chiche dresse un bilan inquiétant de la situation. Le président de l’association des vétérinaires de Martinique fait notamment état d’une "pression des propriétaires désemparés qui demandent aux vétérinaires de faire des faux certificats en modifiant la race (de leur chien, ndlr) sur les documents officiels".

Mais pour le vétérinaire les conséquences pourraient être plus grave encore. Il y a un risque de "demandes d'euthanasie, voir d'assasinat des animaux" en cas de refus du vétérinaire de pratiquer l'euthanasie. "On ne me l'a pas demandé en direct, mais cela a été envisagé devant moi", confie-t-il.
 

Marche arrière

Après avoir reçu de nombreux témoignages, l’association 30 millions d’amis s’est, elle aussi, penchée sur le sujet. La mobilisation a fini par faire mouche, et les compagnies aériennes ont (presque) fait marche arrière.
 
Ainsi dans un article, l’association précise qu’Air France,  Air Caraïbes et Corsair proposent des dérogations, sous plusieurs conditions.

Les conditions d’Air France :
 

Afin de prendre en compte ces situations, Air France a pris la décision d’étudier, au cas par cas, l’acceptation au transport des animaux répondant aux conditions suivantes :
•    Races bouledogue, boston terrier et carlin ;
•    Pour un retour définitif, un trajet unique, pas de connexion intra-domestique ;
•    Transport de l’animal aller impérativement effectué sur un vol Air France (documents à nous fournir : dossier de réservation, numéro de LTA dans le cas d’un acheminement via le fret) ;
•    Le parcours retour devra être identique au parcours aller (connexion intra domestique interdite au retour) ;
•    Certificat vétérinaire de bonne santé autorisant son transport datant de moins de 1 mois et documents obligatoires au transport. 


Les conditions de Corsair :
 

Une dérogation exceptionnelle (est possible pour les) passagers pour leur vol "retour", suite à une mutation professionnelle et pour les clients partis avec leurs chiens avant la mise en place de l’interdiction soit en octobre 2019 


La réponse d’Air Caraïbes au tweet de 30 millions d’amis :
 
Une avancée que Stéphanie juge insuffisante et qui, selon elle, fait des oubliés. Pour les personnes désirant s’installer en Outre-mer, "l’embargo est total au départ de la métropole".

Pour le président de l’association des vétérinaires de Martinique, les compagnies aériennes se trompent de problème. "L'argument invoqué a été que depuis 2015, l'animal transporté est considéré comme un être vivant et non un objet. Donc on ne peut pas les mettre en danger", explique-t-il. "Or les chiens brachycéphales ne sont pas les seuls chien à risque", poursui-t-il en citant les caniches, race sujette à des pathologies pouvant entraîner l'insuffisance cardiaque, mais autorisée à voyager.

Pour lui, "on ne met pas assez en lumière" les conditions de transport."Est-ce qu'il ne faudrait pas tout simplement des manutentionnaires formés au transport des animaux ? Est-ce que ce n'est pas là le vrai problème ?"