"Jetés aux ténèbres", le roman des communards en Nouvelle-Calédonie

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"Jetés aux ténèbres"
©Outre-mer la 1ère

"Jetés aux ténèbres" : ce roman retrace la vie des milliers de communards déportés sur le caillou. L'autrice, élève de l'ENA, a vécu en Nouvelle-Calédonie de 3 à 18 ans, avant ses études supérieures et une 1ère carrière dans l'industrie. Son vécu sur place l’a beaucoup aidée dans la rédaction.

Emprunté à Victor Hugo, le titre donne le ton. "Jetés aux ténèbres" relate l'existence très rude des communards déportés en Nouvelle-Calédonie. De l'embarquement sur le bateau, jusqu'à la fin du séjour. 

Quand la fiction complète les vides de l’histoire

Le livre est en grande partie basé sur des faits et personnages historiques (Bauer, Rochefort, Louise Michel). La part de fiction permet de comprendre la vie, les peines, les espoirs, les doutes. Comment certains craquent, et d'autres résistent. Sandrine Berthet, l’autrice de "Jetés aux Ténèbres" précise :

"C'est l'intérêt de la fiction : inventer ce qu'on ne sait pas, inventer ce qu'il y a dans les interstices de l'Histoire. C'est vraiment ça qui m'intéressait. Et aussi parler des gens en tant qu'êtres humains. Pas en tant que symboles historiques d'une aventure passée... Comment ils avaient vécu leur engagement, la défaite, l'exil, le fait de découvrir un pays tout nouveau."

Un roman réaliste basé sur la connaissance du terrain

Un roman d'autant plus réaliste que Sandrine Berthet a passé sa jeunesse sur le caillou. Elle sait très bien ce qu'ont pu  ressentir les communards, durant des cyclones, par exemple. De même, si la révolte du Grand chef Ataï, en 1878, a été quasiment ignorée de ces déportés, elle a marqué les colons de l'époque. L'autrice l'imagine grâce au vécu de son milieu, lors d'un épisode similaire au siècle suivant :

"Ce qu'on a appelé les évènements, dans les années 80. Ce sentiment de peur d'être envahi, en quelque sorte, d'être dans Nouméa comme la peur d'être assailli. Ce sont des sentiments que j'ai perçus dans mon enfance et mon adolescence que j'ai réutilisés."

Le livre relate aussi les débuts de la colonisation…

Le livre nous fait aussi revivre les débuts de la colonisation. Outre les communards, on y évoque les bagnards, véritables esclaves; les Vanuatais, sous-payés, et qui ne rentreront jamais chez eux. Des catégories exploitées notamment par John Higginson, fondateur de la première usine de nickel à la Pointe Chaleix, dans laquelle le narrateur communard, sera ingénieur.  Un John Higginson dont Sandrine Berthet souligne l’importance dans l’histoire économique calédonienne :

"Tout a reposé sur des industrieux, des hommes très entreprenants comme ce Higginson qui manifestement n'avait ni froid aux yeux ni beaucoup d'états d'âme. Et donc, c'est sur les épaules de quelqu'un comme ça qu'a reposé le développement de la Nouvelle-Calédonie, au tout début."

Avec une administration française plus soucieuse d'assurer une présence militaire et religieuse, de faire expier des condamnés, forçats ou communards, que de développement économique. Peut-être une leçon à tirer pour l'avenir, aux yeux d'une autrice qui est aussi élève de l'ENA, future haute fonctionnaire.

Le récit de Bruno Sat, Emmanuel Gire, avec des archives d'Outremer la 1ère, des archives Nouvelle-Calédonie , Sophie Lasserre et Erwan Mirabeau :