L’administration Obama juge le Zika "plus inquiétant" que prévu, tandis que des experts européens rassurent

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Le virus Zika, le Dr Anne Schuchat et le Dr Anthony Fauci à la Maison blanche
Le virus Zika, le Dr Anne Schuchat et le Dr Anthony Fauci à la Maison blanche ©SAUL LOEB / HANDOUT / PURDUE UNIVERSITY/ KUHN AND ROSSMANN RESEARCH GROUPS / AFP
Le virus Zika est "plus inquiétant" que prévu, ont affirmé plusieurs responsables des autorités sanitaires américaines demandant avec force au Congrès de débloquer des fonds supplémentaires pour la recherche. Toutefois, d’autres experts européens pensent qu’il ne faut pas paniquer.
L'administration Obama a demandé en février au Congrès, dominé par ses adversaires républicains, 1,9 milliard de dollars pour la recherche d'un vaccin et d'antiviraux contre l’épidémie de Zika en Amérique latine et dans les Caraïbes.
 

Complications du virus              

Transmis par la piqûre des moustiques Aedes aegypti, présent en Amérique latine et dans les Caraïbes, le virus Zika est tenu pour responsable de nombreux cas de malformations congénitales chez les nourrissons, notamment la microcéphalie (malformation de la boîte crânienne) et de maladies neurologiques rares chez les adultes.

Un virus "plus inquiétant" que prévu 

"Nous devons absolument être prêts. Tout ce que étudions sur ce virus semble être un peu plus inquiétant que ce que nous pensions initialement", a déclaré le Dr Anne Schuchat, directrice adjointe des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), lors du point de presse quotidien de la Maison Blanche. "Nous continuons à apprendre chaque jour (sur le virus). Et la plupart de ce que nous apprenons n'est pas rassurant", a poursuivi le Dr Anne Schuchat.

De l'argent pour la recherche

Insistant sur la nécessité de débloquer rapidement des fonds, le Dr. Anthony Fauci, directeur de l'Institut national des allergies et des maladies infectieuses (NIAID), a souligné l'étendue des recherches restant à mener sur "ce virus très étrange". "J'ai dû prendre l'argent initialement dédié à d'autres recherches, nous ne pouvions attendre", a-t-il expliqué, tout en soulignant que cela restait "insuffisant""Lorsque le président a demandé 1,9 milliard (de dollars), nous avions besoin de 1,9 milliard", a-t-il insisté.

Zika à Porto Rico

L'archipel américain de Porto Rico, dans une situation économique très difficile, pourrait compter des centaines de milliers de personnes contaminées par le virus d'ici la fin de l'année, selon les autorités sanitaires américaines.

Arrivée du Zika en Europe ?

Avec l'été qui approche, le Zika pourrait par ailleurs se frayer un chemin vers l'Europe, ont averti lundi des experts réunis à Amsterdam, mais les infections dues à ce virus y seront localisées et de courte durée. Il n'y a aucune raison de paniquer et il serait inutile de dépister systématiquement les voyageurs au retour d'un pays où sévit l'épidémie, selon des médecins et des scientifiques participant à la conférence européenne sur les maladies infectieuses.
 

Maladie virale begnine

"Le sud des États-Unis et l'Europe méridionale sont à risque", a expliqué à l'AFP Eskild Petersen, professeur de médecine tropicale à l'université danoise d'Aarhus en marge de la conférence. Cependant, il a souligné que le risque de transmission ne devait pas être exagéré. "C'est une maladie qui, dans la grande majorité des cas, est une maladie virale bénigne."  De rares cas de transmission du virus par voie sexuelle ont déjà été enregistrés.
 

La crainte du moustique tigre

En Europe, la menace potentielle provient de l'Aedes albopictus (moustique tigre),qui a commencé à se répandre en Europe du Sud il y a environ 25 ans. La transmission du virus par le moustique tigre a été démontré en laboratoire mais pas encore chez l'homme. 

Existe-t-il un réel risque pour l'Europe? "Non, je ne le pense pas", a déclaré Jean-Paul Stahl, expert des maladies infectieuses au Centre Hospitalier Universitaire de Grenoble en France.  "Le vecteur (le moustique) est présent dans les régions méditerranéennes, mais nous n'avons pas le virus. Pas encore", a-t-il précisé. Il y a un risque que "quelques petits foyers" se développent autour d'un cas importé, a-t-il ajouté, "mais je ne pense pas, à ce stade, que le virus s'installe en Europe".

Beaucoup de choses à découvrir sur le Zika 

Le principal défi, selon Eskild Petersen, va être d'empêcher que le sang infecté par le virus Zika contamine les banques de sang et soit administré à un patient avec une faible protection immunitaire. Selon Nick Beeching de la Liverpool School of Tropical Medicine, il est difficile de prédire la menace à partir des données disponibles. Il reste beaucoup de choses à découvrir sur le Zika: combien de temps peut-il resté caché dans un corps humain, le niveau du risque de transmission sexuelle, et les maladies qu'il peut causer.
 

Moustiques vecteurs            

"Nous pensons que le Zika est principalement transmis par les moustiques vecteurs de la dengue et des infections similaires, c'est pourquoi nous croyons qu'il ne va probablement pas être un gros problème dans les pays où ces moustiques n'existent pas", a déclaré Nick Beeching. Mais "nous ne sommes pas sûrs", a-t-il ajouté.

Retour en Afrique

Des études sont en cours pour définir si d'autres moustiques peuvent transmettre le virus. Eskild Petersen a indiqué qu'il pouvait aussi y avoir un risque de propagation du virus en Afrique, où Zika a été identifié en Ouganda en 1947. Si le virus a évolué génétiquement, cela pourrait signifier que les populations originaires d'Afrique tropicale - qui pouvaient à l'origine avoir été immunisées - ne le sont plus.

Zika au Cap-Vert

"Le dernier rapport que j'ai lu indique qu'il (Zika) a été identifié sur les îles du Cap-Vert qui sont à mi-chemin entre le Brésil et l'Afrique", a précisé Eskild Petersen. Mais le chercheur souligne que le dépistage systématique de tous les voyageurs en provenance d'Amérique du Sud est "absolument impossible" et ne serait pas la solution. "Enormément d'avions arrivent en Europe chaque jour en provenance d'Amérique du Sud. Et si des personnes veulent éviter tout dépistage, il leur suffit de prendre du paracétamol une demi-heure avant l'atterrissage pour ne pas être déclaré fiévreux."